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Attaque au camion-bélier : Alek Minassian manque d'empathie, mais n'est pas psychopathe

La défense avance que son client est incapable de discerner le bien du mal

Un homme avec des lunettes soleil et des écouteurs assis à une table.

Alek Minassian dans une vidéo-réclame qu'il a réalisée durant ses études et dans laquelle il présente un prototype de lunettes-écouteurs qu'il a inventées.

Photo : Bureau du Procureur général de l'Ontario

Jean-Philippe Nadeau

Un psychiatre américain affirme qu'Alek Minassian manque d'empathie envers les autres et qu'il a développé très tôt une peur à l'endroit des femmes. L'individu a plaidé la non-responsabilité criminelle relativement à l'attaque au camion-bélier qui a fait 10 morts et 16 blessés en 2018 à Toronto.

La défense soutient depuis le début du procès que son client ne sait pas que le crime qu'il a perpétré sur la rue Yonge est mal, notamment à cause de son manque d'empathie.

Elle cite à la barre son témoin clef : le psychiatre américain Alexander Westphal, qui se spécialise dans le spectre de l'autisme et dans la corrélation entre l'autisme et la violence en particulier.

Le Dr Westphal a rencontré Alek Minassian en décembre 2019 et en janvier 2020 à Toronto. Il a aussi revu les rapports de ses confrères à son sujet et les rapports de la famille du prévenu.

Une illustration judiciaire qui montre le Dr Westphal.

Le Dr Alexander Westphal est un psychiatre légiste américain qui enseigne à l'Université Yale.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Il rappelle d'abord qu'Alek Minassian a des antécédents familiaux de dépression, des troubles de l'attention, des troubles obsessifs compulsifs, mais aucune histoire de schizophrénie. Il est né plus tard que la date prévue, ce qui est parfois [lié à] l'autisme, explique-t-il.

Le Dr Westphal ajoute que l'accusé vit dans un monde à part. Il était très tôt réfractaire aux changements, dit-il. Le médecin précise qu'il a reçu à 5 ans un diagnostic de trouble envahissant du développement, l'un des 5 troubles de l'autisme.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian semblait écouter attentivement le Dr Westphal par moments, mais cela ne l'a pas empêché de bâiller plusieurs fois.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Le psychiatre ajoute qu'Alek Minassian a éprouvé très tôt des difficultés à établir un contact visuel avec les autres.

Il s'agit d'un trait fondamental, selon lui, dans l'apprentissage de la communication et de l'interaction sociale. Aujourd'hui, son regard fuyant de l'enfance a fait place à un regard fixe, affirme-t-il.

Une enfance introvertie

Le Dr Westphal déclare qu'il ne jouait pas avec les autres enfants et qu'il a appris à parler tard par rapport à d'autres de son âge. Il évitait les conversations à l'enfance et jouait de façon répétitive, mais créative, dit-il.

Le médecin souligne qu'Alek Minassian se frappait souvent la tête contre les murs et que ses parents devaient intervenir pour l'arrêter. Il était par ailleurs violent avec ses jouets, poursuit-il.

Le Dr Westphal affirme que l'accusé émettait des sons comme le personnage britannique de Mr Bean à la télévision, et que ce comportement s'est poursuivi à l'adolescence.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy avait déjà plusieurs questions pour le Dr Wesphal avant même la fin de l'interrogatoire de la défense.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychiatre américain souligne que le prévenu a surtout des problèmes d'empathie envers les autres et qu'il se sent particulièrement inconfortable, gêné, voire effrayé par les femmes.

Il avait peur de parler à une serveuse dans un restaurant, rappelle-t-il, en relevant ce que ses parents avaient noté à ce sujet.

Le Dr Westphal affirme qu'un manque d'empathie, cognitive et affective, chez un individu ne lui permet pas d'avoir des relations avec les autres, de comprendre leurs émotions et de bien saisir le monde autour d'eux.

Le médecin a d'ailleurs fait passer à Alek Minassian un test spécial pour connaître son quotient d'empathie. L'accusé a obtenu un résultat de 22, alors que la barre est de 30 et plus pour un niveau normal d'empathie.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychiatre ajoute qu'un niveau d'empathie normal combine à la fois les empathies cognitive et affective, lorsqu'il s'agit de trouver un écho chez les autres par rapport à leurs émotions.

Il explique en ce sens que les personnes autistes affichent un manque d'empathie cognitive qui ne leur permet pas de comprendre les états d'esprit des autres.

Le médecin affirme que les psychopathes ont en revanche une empathie cognitive, parce qu'ils comprennent les sentiments des autres au point parfois de les manipuler, mais peu d'empathie affective, parce qu'ils se fichent de ce qu'ils ressentent.

Tests de psychopathie

En raison de son manque d'empathie, Alek Minassian a dû passer des examens de psychopathie en détention.

Le Dr Westphal a statué que l'accusé avait obtenu un résultat de 13 sur l'échelle de la psychopathie, ce qui ne fait pas de lui un psychopathe, même s'il ne montre aucun remords ni aucune culpabilité par rapport au crime qu'il a perpétré.

Une illustration judiciaire qui montre 4 personnes, la juge, la défense, le psychiatre et l'accusé.

Dans le sens des aiguilles d'une montre, la juge Molloy, le Dr Westphal, l'avocat Boris Bytensky et Alek Minassian.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychiatre précise que le prévenu ne montre pas les traits caractéristiques des psychopathes, comme la manipulation, le charisme superficiel, la tromperie et le mensonge pathologique. Il reconnaît néanmoins qu'Alek Minassian a menti à de nombreuses reprises.

Le Dr Westphal déclare qu'Alek Minassian n'est ni irresponsable ni impulsif. Il a [en revanche] une estime démesurée de lui-même à cause de son désir de notoriété; il manque d'ambition, parce que ses objectifs sont irréalistes, poursuit-il.

Relations interpersonnelles

Les autres tests du Dr Westphal ont montré que Alek Minassian était déconnecté du monde qui l'entoure et qu'il affichait des déficiences intellectuelles pour fonctionner normalement dans la société.

Dans le test sur le degré de socialisation par exemple, il a un âge qui se situe entre 2 et 8 ans pour sa capacité à entretenir des relations interpersonnelles et à communiquer de façon orale.

Dessin du procureur de la Couronne.

On s'attend à ce que le procureur de la Couronne, Joseph Callaghan, contre-interroge le Dr Westphal.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Son habileté à communiquer de façon écrite est quant à elle celle d'un jeune de 18 ans (alors qu'il en avait 27 au moment des tests). Le Dr Westphal rappelle que l'accusé est incapable de partager ses centres d'intérêt avec les autres.

Le psychiatre ajoute que les problèmes antisociaux d'Alek Minassian se sont aggravés à l'âge adulte. Il avait un cercle d'amis très restreint, il était toujours incapable de parler aux femmes... il n'a d'ailleurs jamais eu de relation romantique ou intime, dit-il.

La majorité des victimes de l'attaque au camion-bélier sont des femmes.

Le témoignage du Dr Westphal se poursuivra mardi matin.

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