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Racisme systémique et VIH, un cocktail dangereux pour les Autochtones

Le Réseau canadien autochtone du sida donne le coup d'envoi d'une semaine de sensibilisation, une occasion de mettre en lumière un combat mené toute l'année durant alors que les Premières Nations sont touchées de manière disproportionnée par cette épidémie.

Une femme tient dans ses mains un ruban rouge.

En cette Journée mondiale du sida, le Réseau canadien autochtone du sida lance une semaine de sensibilisation.

Photo : La Presse canadienne / AP/Alvaro Barrientos

« Aujourd'hui, le VIH est devenu une maladie chronique, et pourtant les gens en meurent. Comment se fait-il que, sur ce territoire – un pays développé –, les Autochtones continuent d'en mourir tandis que nous avons les solutions, et de la médication? » demande d'emblée Margaret Kisikaw Piyesis, présidente-directrice générale du Réseau canadien autochtone du sida (RCAS).

L'organisme qu'elle dirige depuis la Saskatchewan est au front de cette rude bataille pour enrayer le VIH chez les Autochtones, qui sont 2,7 fois plus susceptibles de le contracter que le reste des Canadiens.

Les dernières estimations de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), qui remontent à 2016, dressent un portrait inquiétant de la situation dans ces communautés : environ 11,3 % des nouvelles infections au VIH touchent des personnes autochtones, alors que celles-ci ne forment que 4,9 % de la population au pays.

Ils comptent également pour 10 % de tous les Canadiens vivant avec le VIH.

Devant cette surreprésentation, Margaret Kisikaw Piyesis n'est pas tendre envers le gouvernement. Les chiffres sont épidémiques dans les communautés autochtones. Pourtant, le gouvernement en fait bien trop peu pour les aider. S'il en faisait assez, on n'aurait pas de cas de VIH parmi des nouveau-nés.

Selon elle, une grande partie du problème est liée à la consommation de drogues injectables dans les communautés. Elle estime que des sites d'injections sécuritaires doivent voir le jour pour arriver à enrayer l'épidémie de VIH. Le RCAS a d'ailleurs financé, et inauguré en octobre dernier, un projet de ce type à Saskatoon, où l'on note même une augmentation des nouvelles infections.

Margaret Kisikaw Piyesis répond aux questions de journalistes lors d'une conférence de presse.

Margaret Kisikaw Piyesis, lors de l'inauguration du centre à Saskatoon. Elle a notamment fustigé le gouvernement de la Saskatchewan pour ne pas avoir financé le projet.

Photo : Radio-Canada / Morgan Modjeski

Mme Kisikaw Piyesis trace un lien direct entre la consommation de drogues ou d'alcool, le racisme systémique, et les décès de personnes autochtones souffrant du VIH. Trop de gens émettent des jugements à savoir qui devrait se faire soigner et qui ne devrait pas, dit-elle.

Les professionnels de la santé et les travailleurs de première ligne devraient prodiguer les plus grands soins à ceux qui sont les plus mal en point, et non les repousser ou leur demander de partir parce qu'ils sont en état d'ébriété ou qu'ils ont consommé de la drogue. Et pourtant, c'est ce que l'on voit. Il y a beaucoup de racisme systémique.

Une citation de :Margaret Kisikaw Piyesis, présidente-directrice générale du Réseau canadien autochtone du sida

Ce racisme systémique est à l'origine du refus de nombreux Autochtones vivant avec le VIH de se procurer les soins nécessaires, selon elle. Si un Autochtone franchit la porte de n'importe quelle institution ou agence financée pour prendre soin de toute personne malade, ça risque de mal tourner. On le sait. Les médias l'ont déjà dépeint.

Des Autochtones ne franchissent donc pas ces portes parce qu'ils ont fait l'expérience de ce racisme et de ces mauvais traitements, soutient-elle, donc ils meurent de maladies qui sont pourtant traitables, comme le VIH l'est aujourd'hui.

Nous avons des solutions basées sur le savoir autochtone qui conviennent à nos communautés, plaide-t-elle, assurant qu'il est encore temps de travailler en collaboration avec ceux qui sont venus sur ces territoires avec d'autres types de solutions.

Et alors que nous entamons l'année, nous voulons offrir plus d'avenues aux peuples autochtones pour apporter ces solutions.

En cette Journée mondiale du sida, le RCAS lance ainsi sa semaine de sensibilisation sous le thème « responsabilité partagée », et dont l'un des objectifs est de travailler avec les autorités afin d'offrir une réponse adéquate aux personnes autochtones atteintes du VIH. Des conférences et événements virtuels – COVID-19 oblige – seront accessibles à travers le pays.

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