•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : les deux tiers des Canadiens veulent se faire vacciner

Certains Canadiens sont pressés de se faire vacciner alors que d’autres résistent. La transparence sera cruciale pour les convaincre, disent les experts.

Une travailleuse de la santé administre un vaccin contre la COVID-19 lors d'essais cliniques à une femme qui porte un couvre-visage.

Jamais les essais cliniques d'un vaccin n'ont été documentés autant que ceux du vaccin contre la COVID-19, disent des experts consultés par Radio-Canada.

Photo : afp via getty images / CHANDAN KHANNA

Si les Canadiens sont nombreux à affirmer qu’ils se feront vacciner contre le coronavirus, nombre d’entre eux ne sont pas prêts pour autant à le faire dès qu'un vaccin sera disponible, selon un sondage Ipsos réalisé pour le compte de Radio-Canada.

Près de 64 % des répondants disent qu’une fois le vaccin disponible au pays, ils iront certainement ou probablement faire la file pour le recevoir, un pourcentage à l'image de la volonté exprimée dans chacune des provinces.

Par ailleurs, 21 % des Canadiens ne savent pas encore s'ils iront se faire vacciner, 16 % ne pensent pas qu’ils le feront.

Mais sur la question de déterminer le moment de recevoir le vaccin, offert en deux doses, seuls 36 % de ceux répondant par l'affirmative le veulent le plus rapidement possible.

Bref, parmi tous ces Canadiens qui souhaitent se faire vacciner, 38 % préféreraient attendre un ou deux mois, 15 % en laisseraient passer plusieurs avant de prendre une décision et 11 % ne savent tout simplement pas à quel moment ils se feront vacciner.

Un souhait qui sera réalisé par la force des choses

Or, qu’ils le veuillent ou non, une bonne partie des Canadiens devront faire preuve de patience avant de recevoir le vaccin, explique Noni MacDonald, spécialiste de la vaccination et professeure au Département pédiatrique de l’Université Dalhousie, à Halifax.

La plupart d’entre nous, nous allons attendre, lance-t-elle. Il n’y aura qu’un petit nombre de doses disponibles au tout début, les choses bougeront lentement.

En effet, si tout se passe comme prévu, les pharmaceutiques Moderna et Pfizer fourniront au Canada environ six millions de doses qui permettront de vacciner quelque trois millions de personnes entre janvier et mars, suivant les objectifs de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC).

Aussi, comme les quantités seront d'abord limitées, le temps qu'arrivent les millions d'autres doses commandées, certaines populations jugées à plus haut risque seront immunisées en premier.

Le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI), qui travaille de concert avec l’ASPC, a recommandé en octobre dernier de prioriser les aînés, en commençant par ceux de plus de 80 ans, les résidents des foyers pour personnes âgées, le personnel qui s’en occupe ainsi que les travailleurs de première ligne du réseau de la santé.

Toute personne qui, de par son travail ou ses conditions de vie, est plus à risque de contracter la COVID-19, sera aussi en tête de liste, comme le sont les travailleurs essentiels et les membres de communautés autochtones, explique la présidente du comité, la Dre Caroline Quach-Thanh.

Pour l’instant, notre programme ne vise pas une immunité collective, mais une protection des gens les plus vulnérables, ou les gens qui sont en première ligne de la lutte contre la COVID, souligne la Dre Quach-Thanh, qui est à la fois pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste.

On n’a pas encore vu les données des études de phase 3 [des vaccins] et on ne sait pas combien de doses additionnelles vont arriver au deuxième trimestre de 2021, poursuit la Dre Quach-Thanh, selon qui il faudra alors inciter d'autres groupes de la population à se faire vacciner.

Car, si elle comprend que des gens souhaitent attendre, l'épidémiologiste rappelle qu'il est important de ne pas perdre le momentum.

Il faut vacciner avant que la maladie se transmette trop, parce qu'à ce moment, essayer de contenir les foyers d’éclosion devient très difficile.

Une citation de :Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste

Tout comme Mme MacDonald, la Dre Quach-Thanh voit d'un bon œil le fait que près des deux tiers des Canadiens soient prêts à se faire vacciner. Ce 64 %, c'est pas mal, parce que si on visait une immunité de groupe, il faudrait qu'entre 60 et 70 % de la population canadienne soit vaccinée, note-t-elle.

D'après le sondage Ipsos/Radio-Canada, les parents sondés ont répondu à 58 % qu'ils comptaient faire vacciner leurs enfants. Seuls 17 % ont répondu qu'ils ne le feraient probablement pas ou certainement pas.

Pour Noni MacDonald, il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour le moment : les enfants, moins à risque de développer des maladies graves, feront probablement partie des derniers à recevoir le vaccin.


Vaccination obligatoire

La majorité des répondants (56 %) est favorable à l'idée de rendre le vaccin obligatoire pour tous lorsque celui-ci sera disponible. Cet appui est davantage marqué parmi ceux qui ont indiqué qu'ils se feront vacciner contre la COVID-19. Mais 34 % des Canadiens s'opposent à cette idée et 10 % ne savent pas quelle est leur position sur cet enjeu.


Les opinions ne sont toutefois pas marquées lorsqu'il est question des lieux et des activités, comme le voyage, le cinéma ou les gyms, dont l'accès pourrait hypothétiquement être accordé seulement aux personnes vaccinées.

Les répondants se disant en faveur du vaccin ont tendance à être d'accord avec l'ensemble des restrictions. L'inverse n'est pas aussi vrai, souligne toutefois Sébastien Dallaire, premier vice-président d'Ipsos Canada.

Ce n'est pas aussi unanime chez les gens qui ne comptent pas se faire vacciner. Il n'y a pas de rejet total, mais plutôt une ambivalence, observe-t-il.

Des effets secondaires redoutés

Selon le sondage Ipsos/Radio-Canada, les inquiétudes quant à de possibles effets secondaires d’un vaccin contre la COVID-19 sont partagées par un peu plus de 71 % des Canadiens.

Sans grande surprise, cette crainte est davantage ressentie auprès des répondants qui ne comptent pas se faire vacciner (88 %).

Mais parmi ceux qui en ont l’intention, 61 % des répondants, tout de même, se disent préoccupés par les risques présumés associés au vaccin.

Selon les experts consultés par Radio-Canada, ces réserves peuvent s'expliquer par la rapidité avec laquelle les vaccins ont été développés.

La Dre Quach-Thanh assure toutefois que malgré cette rapidité apparente, aucune étape n’a été sautée du côté des autorités sanitaires. Un avis partagé par Noni MacDonald, qui assure elle aussi que la santé publique ne coupe pas les coins ronds.

Avant d’homologuer un vaccin, et donc de l’autoriser en territoire canadien, Santé Canada va regarder le moindre petit détail que ces compagnies possèdent sur leur vaccin. Son efficacité, sa sécurité, les essais cliniques; tout sera passé en revue avant d’être approuvé, indique-t-elle.

Il faut noter aussi que Moderna et Pfizer, qui fournissent les 6 millions de premières doses, n’ont pas connu, à ce jour, d’effets adverses sévères ayant nécessité l’interruption de leurs études de phase 3, qui ont chacune été réalisées sur 40 000 personnes. Ce qui est arrivé à d’autres entreprises pharmaceutiques.

Le contexte exceptionnel de pandémie a forcé des scientifiques de partout à travers le monde à travailler en synergie pour développer un vaccin, rappelle pour sa part Ève Dubé, chercheuse au sein du Groupe scientifique en immunisation de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Même si développement s'est fait très rapidement [...], toutes les procédures habituelles pour s’assurer de l’efficacité d’un vaccin ont été respectées. S’il est homologué au Canada, c’est qu’il répond aux critères de sécurité.

Une citation de :Ève Dubé, chercheuse du Groupe scientifique en immunisation de l'INSPQ

Et pour être autorisé au Canada, un vaccin contre la COVID-19 aura pour condition sine qua non de faire l'objet d'un suivi d'un an et demi à deux ans, afin d'identifier tout effet secondaire – surtout les plus rares qui ne sont pas toujours détectés lors des essais cliniques.

Mais les Canadiens doivent tout de même s'attendre à subir des effets secondaires mineurs, explique Ève Dubé, le vaccin développé étant réactogène. De la douleur au bras, un peu de fièvre ou des maux de tête pourraient être observés.

Les données qui émanent des essais cliniques sont [néanmoins] très rassurantes par rapport à la sécurité ou au risque d’effets secondaires graves, ajoute-t-elle.

Tout un système de pharmacovigilance sera mis en place pour assurer le bon déroulement du processus, poursuit Mme Dubé. Et il sera d'autant plus rigoureux pour les vaccins de la COVID-19, compte tenu de la pression qui repose sur les épaules des manufacturiers et des gouvernements, et de toute l'attention médiatique dont ils bénéficient, souligne la chercheuse.

Tous les spécialistes consultés par Radio-Canada s'entendent pour dire que le développement du vaccin contre la COVID-19 fait l'objet d'une attention rarement vue. Selon Ève Dubé, jamais les essais cliniques d'un vaccin n'ont été documentés de la sorte.

Les différentes étapes auxquelles est soumis le vaccin contre la COVID-19 sont les mêmes que les autres vaccins avant lui, à l'exception près que nous n'en entendons pas parler d'habitude, explique-t-elle en substance.

D'ordinaire, les compagnies pharmaceutiques ne publient pas leur protocole de recherche. Mais là, c’est le cas, renchérit la Dre Quach-Thanh. Tout ça est disponible publiquement, ce qu’on n’a jamais vu avant. C’est en fait beaucoup plus transparent que d’habitude.

COVID-19 : sondage Radio-Canada sur les vaccins

Vaincre la COVID-19 sans vaccin?

Selon le sondage Ipsos/Radio-Canada, 71 % des Canadiens ne trouvent pas que les risques associés au coronavirus sont exagérés et 72 % ne croient pas qu'il soit possible de vaincre la COVID-19 sans vaccin.

Mais parmi les répondants, bon nombre de ceux qui ne comptent pas se faire vacciner jugent que les risques associés à la COVID-19 sont exagérés (66 %) et se disent d'accord avec l'idée que le corps puisse vaincre naturellement la COVID-19 (75 %).

L'exercice met aussi en lumière le fait qu'une proportion plus grande de gens réfractaires à la vaccination contre la COVID-19 et à la vaccination en général se trouve chez les répondants qui ont indiqué ne pas porter d'attention aux actualités sur le coronavirus.

À l'instar de ces derniers, ceux qui ont pour principale source d'information les réseaux sociaux ou la radio sont beaucoup plus susceptibles d'accepter les idées allant à l'encontre des messages des autorités sanitaires, selon les données colligées par Ipsos.

Rappelons toutefois que les réseaux sociaux sont utilisés par certains pour s’informer, mais que bien des internautes ne jugent pas qu’il s’agisse de la fonction première de ces plateformes. C’est à ce groupe qu’il faut s’intéresser, estime Eric Merkeley, analyste en chef de l'Observatoire de l'écosystème médiatique.

Des études en sciences sociales ont démontré que la désinformation était bien plus fréquente sur ces plateformes. Si vous êtes présent sur [les réseaux sociaux] et que vous n’avez pas d’interactions avec les grands médias, voilà ce qui peut poser problème, dit M. Merkeley, qui est aussi chercheur postdoctoral à la Munk School of Global Affairs and Public Policy de l’Université de Toronto.

Les autorités canadiennes ont annoncé leur intention de lancer une vaste campagne d'information. Des géants des réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, seront mis à contribution, a fait savoir l'administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam.

Selon M. Merkeley, il s'agit certainement d'une cible importante, surtout pour convaincre les plus jeunes, qui ont tendance à penser que la COVID-19 ne représente pas de risques pour eux.

Des recherches menées par l'équipe de M. Merkeley ont permis de constater qu'en communiquant l'information existante sur l’efficacité et la sécurité d’un vaccin candidat, les plus indécis étaient soudain plus enclins à changer d'idée.

Toutefois, ces éléments étaient moins susceptibles de convaincre ceux qui indiquent d’ores et déjà qu’ils ne se feront pas vacciner.

Le chercheur juge toutefois qu'il est encore possible de persuader les indécis et se dit convaincu que les chiffres sur les intentions de vaccination viendront à changer une fois que le vaccin sera rendu disponible.

Tandis que la Dre Quach-Thanh estime qu'un dialogue transparent est de mise, Noni MacDonald estime qu'il sera crucial de déterminer les différentes craintes de ces Canadiens ambivalents pour les convaincre.

Les experts de santé publique et les médias auront par ailleurs un rôle important à jouer, poursuit-elle, pour faire comprendre aux Canadiens que l'arrivée d'un vaccin n'est toutefois pas une solution miracle.

Le port du masque, la distanciation et le lavage des mains fréquent ne seront pas près de disparaître, insiste-t-elle, tant et aussi longtemps que nous n'aurons pas atteint l'immunité collective.

Sondage Radio-Canada sur les vaccins : entrevue avec Gaston De Serres

Avec des informations de Sébastien Desrosiers.

Méthodologie

Le sondage d’Ipsos a été mené sur le web, du 20 au 25 novembre 2020.

Un échantillon de 3001 Canadiens âgés de 18 ans et plus a été sondé à travers le pays. Des suréchantillonnages ont été réalisés en Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et dans les provinces de l’Atlantique.

Afin que l’échantillonnage soit représentatif de l’ensemble de la population canadienne, une pondération a été appliquée en fonction de l’âge, du sexe, de la région et du niveau d’éducation des participants.

Les résultats sont précis à plus ou moins 2,0 points de pourcentage (19 fois sur 20) de ce qu’ils auraient été si tous les Canadiens avaient pris part au sondage.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !