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D’itinérant à bénévole : il redonne à ceux qui l’ont nourri

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Patrick Sigouin à l'accueil du centre Mustard Seed dans le centre-ville d'Edmonton.

Patrick Sigouin à l'accueil du centre Mustard Seed dans le centre-ville d'Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Faire du bénévolat permet d’aider les autres tout en s’aidant soi-même. Certains sont reconnaissants de l'aide reçue et décident de donner à leur tour leur temps pour rendre la pareille et dire merci, autrement.

Le lourd poids de l'alcool

Tous les mardis et jeudis, une distribution de nourriture pour les plus démunis a lieu dans une ancienne église baptiste située dans le centre-ville d'Edmonton.

L'organisme albertain Mustard Seed est à la manœuvre, accompagné de bénévoles comme Patrick Sigouin.

Né à Montréal il y a 46 ans, ce francophone s'est battu contre l'alcoolisme pendant plus de 20 ans. Ce combat lui a fait perdre son travail dans une boulangerie et l'a amené à vivre dans la rue pendant trois ans.

J’étais saoul tous les jours. J’avais de la misère à me réveiller et aller au travail. Je manquais trop de journées, se rappelle-t-il.

Patrick Sigouin doit aussi vivre avec une schizophrénie diagnostiquée. Dans ses moments les plus durs, il a pu compter sur l'organisme Mustard Seed pour se nourrir. J’avais un souper le soir. Je venais ici pour manger et relaxer, se rappelle-t-il.

Le coeur pris, les problèmes s'envolent

Après un passage réussi dans le centre de traitement des dépendances Henwood, au nord d’Edmonton, c'est finalement l'amour qui réussit à lui donner plus de stabilité.

Je me suis trouvé une blonde qui n’aimait pas trop ça avoir un chum qui était tout le temps saoul, avoue-t-il. Ça m’a pris plusieurs années pour diminuer. Maintenant je peux travailler sans avoir d'alcool dans le système.

Maintenant qu'il est accompagné et stabilisé, Patrick Sigouin consacre une partie de son temps à redonner à son prochain. Depuis huit ans, il est bénévole pour l’organisation qui l'a nourri pendant tant d'années.

L’entrepôt obtient des denrées de la banque alimentaire d’Edmonton. Les bénéficiaires reçoivent, une fois par mois, plusieurs sacs avec des pois chiches en conserve, des carottes fraîches, des œufs ou du papier toilette.

Des sacs de plastique contenant des dons pour les plus démunis sont sur une longue table.

À la fin des journées de distribution, il ne reste pas un seul sac de denrées.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Certains dépensent tout leur argent en drogue et alcool. Après ça, il n’y a plus d’argent, alors ils viennent ici pour manger, pour avoir de la nourriture, décrit Patrick Sigouin. C’est important. S’ils ont besoin, ils viennent ici prendre la nourriture jusqu’à tant qu’ils trouvent un autre emploi.

Plus de précarité

Depuis le début de la pandémie, le nombre de personnes qui vient récupérer de la nourriture dans ce centre a augmenté de 40 %.

Les besoins en céréales sont forts en ce moment. Quand vous vivez dans la rue, c’est très pratique à manger, note Cindy Richardson, la coordonnatrice de l'entrepôt de Mustard Seed.

Cindy Richardson est au fond d'une pièce. Devant elle, de dos, un homme attend son tour.

Cindy Richardson supervise la distribution de nourriture depuis 13 ans.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Malgré les besoins grandissants, les dons sont moins importants cette année.

La banque alimentaire d'Edmonton a livré à Mustard Seed plus de 57 000 kg de nourriture en 2020, moins que les 70 000 kg offerts l'année dernière.

Difficile de recruter

Depuis mars, un manque de bénévoles se fait sentir. Mustard Seed a perdu près de 100 bénévoles dans l'ensemble de ces installations en Alberta.

Les personnes âgées représentaient la majorité d’entre eux auparavant. Cette année, ils sont une minorité, préférant rester à la maison afin de diminuer les risques d'exposition à la COVID-19.

La présence de Patrick Sigouin est une bénédiction pour l'équipe. Il est exceptionnel. C'est très utile pour nous d'avoir des personnes qui parlent différentes langues. Patrick nous aide beaucoup avec les clients francophones, souligne Cindy Richardson.

En 13 ans de métier, cette responsable l'assure : il est le seul ancien bénéficiaire à revenir chaque semaine pour donner de son temps comme bénévole.

Donner et recevoir

D'ailleurs, le francophone ne rate aucun jour de distribution. Il voit même des amitiés se tisser avec les gens de passage.

J'aime leur parler et les écouter, mais ça m'énerve de ne pas voir les sourires des gens à cause de la COVID, avoue-t-il.

Patrick Sigouin souhaiterait inciter les gens à donner de leur temps. Ça va dans les deux sens. Tu donnes. Si tu en as besoin dans 5 ou 10 ans, tu peux venir, fait-il remarquer.

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