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La qualité de l'air influerait sur la sévérité de la pandémie

L'Afrique vue de l'espace.

Les inversions thermiques agissent comme un chapeau et emprisonnent les particules fines.

Photo : iStock / MarcelC

Radio-Canada

Les fortes concentrations de particules fines dans l’air peuvent moduler, et même amplifier, les vagues de contamination au SRAS-CoV-2, montrent les travaux de scientifiques suisses.

Cette réalité expliquerait, en partie du moins, le profil particulier de la pandémie de la COVID-19 selon la région.

Les épidémiologistes ont établi depuis quelque temps déjà un lien entre une concentration élevée de particules fines et la gravité des épisodes de grippe saisonnière.

Nous avons cherché à savoir si un tel lien existait également avec la virulence de la maladie de la COVID-19.

Mario Rohrer, Université de Genève

Le cas de la COVID

Le chercheur Mario Rohrer et ses collègues de l'Université de Genève et de l'École polytechnique fédérale de Zurich ont donc étudié les interactions entre des niveaux très élevés de particules fines et la virulence de la COVID-19.

Les résultats de leurs travaux laissent à penser que l'inversion des températures en présence de brouillard ou de poussières sahariennes favorise la présence de particules fines dans l'air, et que de fortes concentrations de ces particules de moins de 2,5 micromètres favorisent la contamination par le SRAS-CoV-2.

Ces travaux donnent des pistes préventives liées à la pollution de l'air pour limiter les futures flambées de morbidité et de mortalité dues au coronavirus, affirment les scientifiques dans un communiqué publié par l'Université de Genève.

Décalage virologique temporel

Les connaissances actuelles tendent à montrer que la COVID-19 était déjà présente en Italie et en France à la fin de l'année 2019, alors que la forte augmentation de la morbidité et de la mortalité n'a été enregistrée qu'au printemps 2020 à Paris et à Londres.

Ce décalage dans le temps est surprenant. Il laisse à penser qu'en plus du contact entre les personnes, un autre facteur favoriserait la transmission et surtout la gravité de l'infection.

Mario Rohrer

Son équipe de recherche a pu montrer que ces augmentations de cas suivent des phases où les niveaux de particules fines dans l'air sont plus élevés, peut-on lire dans le communiqué.

Le cas suisse

L'équipe a fait des observations similaires dans le canton du Tessin, en Suisse, où la pollution liée aux particules fines avait très fortement augmenté pendant une période de brume peu profonde sur la plaine de Magadino et le Sotto Ceneri, observée à la fin du mois de février 2020.

Peu de temps après, une augmentation explosive des admissions hospitalières dues à la COVID-19 a été enregistrée au Tessin. Le fait qu'une grande manifestation de carnaval avec quelque 150 000 visiteurs ait eu lieu au même moment a probablement eu un impact supplémentaire sur la propagation du virus.

Mario Rohrer
Image satellite de la Suisse.

D’octobre à mars, une grande partie du Plateau suisse peut être recouverte de brouillard ou de brume. Ces inversions thermiques agissent comme un chapeau et emprisonnent les particules fines et aggravent les conséquences de la COVID-19.

Photo : NASA-MODIS

Ces informations sont importantes pour un pays comme la Suisse, puisque l'augmentation des concentrations de particules fines est particulièrement fréquente lors des inversions thermiques, c'est-à-dire lorsque du brouillard se forme sur le Plateau suisse, limitant ainsi l'échange de masses d'air de sorte que les émissions s'accumulent dans la couche d'air située sous le brouillard.

La Suisse est également fréquemment balayée par des poussières issues des tempêtes de sable du Sahara, également pointées du doigt dans cette étude, ajoutent les chercheurs.

Des particules facilitatrices

La présence dans l’air de concentrations aiguës de particules fines, particulièrement les plus petites, entraîne une inflammation des voies respiratoires, pulmonaires et cardiovasculaires, et épaissit le sang.

En combinaison avec une infection virale, ces inflammations peuvent donc entraîner une grave progression de la maladie. L'inflammation favorise également l'arrimage du virus à nos cellules.

Mario Rohrer

Les particules fines pourraient également servir de moyen de transport pour le virus. Des chercheurs ont déjà détecté la présence d'ARN de coronavirus sur des particules fines.

Tout cela reste bien évidemment à démontrer, mais c'est une possibilité, explique le chercheur.

Mieux prévenir pour mieux guérir

Ces travaux montrent qu’il serait ainsi possible de prendre des mesures préventives en cas d'augmentation des concentrations de particules fines.

Il serait ainsi envisageable d’agir pour tenter de limiter une nouvelle flambée de morbidité et de mortalité due à la COVID-19, affirment les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Earth Systems and Environment (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

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