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La suppression d'une liste de livres suggérés par François Legault sème la controverse

François Legault tient le livre de Mathieu Bock-Côté dans ses mains.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a recommandé la lecture de « L'empire du politiquement correct » lors d'un Facebook Live organisé par l'Association des libraires du Québec mercredi dernier.

Photo : Facebook/Association des libraires du Québec

L’Association des libraires du Québec (ALQ) fait volte-face et republie sur ses réseaux sociaux une liste de coups de cœur littéraires du premier ministre François Legault qu’elle avait préalablement supprimée.

Dans un message publié lundi matin sur sa page web et sa page Facebook, la directrice de l’ALQ, Katherine Fafard, admet avoir commis une erreur et présente ses excuses.

Le message précise d’emblée que le conseil d’administration de l’Association a demandé à ce que les publications qui avaient été retirées vendredi dernier par l’équipe de direction soient remises en ligne.

Voyant le flot de commentaires déferler la semaine dernière, j’ai pris la décision trop rapidement de retirer certaines publications sur les réseaux sociaux de l’Association, explique ensuite Mme Fafard.

Je réalise aujourd’hui qu’il s’agissait d’une erreur et je m’en excuse. Mon intention n’a jamais été de heurter qui que ce soit ni de censurer quoi que ce soit, car cela va à l’encontre des valeurs fondamentales de l’Association et de notre engagement envers la liberté d’expression.

Katherine Fafard, directrice de l'ALQ

De plus, nous sommes privilégiés que notre premier ministre soit un grand lecteur et qu’il s’exprime publiquement sur l’importance de la lecture. Nous souhaitons l’en remercier et nous excuser pour cette malheureuse situation, ajoute-t-elle.

Les membres du conseil d'administration n'ont pas été impliqués dans cette malheureuse décision, précise ensuite le message, en invitant les lecteurs à ne pas pénaliser les librairies indépendantes pour cette affaire.

C'est un geste malheureux et regrettable, certes, mais je tiens à préciser qu'il n'est pas représentatif de l'approche de tous nos membres qui défendent quotidiennement et inlassablement la diversité des publications, indique le président de l'ALQ, Éric Simard.

Ce n'est aucunement dans la mentalité des librairies indépendantes de verser dans toute forme de censure. Notre rôle sera toujours de répondre à la demande de nos clientèles respectives. Profitons de cette situation pour nourrir le dialogue ensemble.

Éric Simard, président de l'ALQ

La rétractation de l'ALQ est survenue après que sa décision eut été dénoncée par le cabinet du premier ministre et par Mathieu Bock-Côté, auteur du livre L’empire du politiquement correct, dont M. Legault encourageait la lecture. De nombreuses personnes avaient aussi exprimé leur mécontentement sur les réseaux sociaux de l'ALQ.

Une liste supprimée des réseaux sociaux

La controverse émane de la participation mercredi dernier de M. Legault à la campagne Lire en chœur, dans laquelle une série de personnalités publiques y vont de leurs suggestions de livres, principalement québécois.

Les vidéos des personnalités expliquant leur choix en long et en large étaient suivies d’une publication résumant les prescriptions de lectures de l’invité.

Face à certaines critiques, l’ALQ a cependant décidé de supprimer vendredi la liste des recommandations du premier ministre publiée sur Facebook, Instagram et Twitter, en laissant en ligne la vidéo dans laquelle M. Legault explique ses choix.

Celle-ci avait cependant été assortie vendredi d’un avertissement indiquant que les opinions exprimées par le participant n’engagent que lui.

Cet avertissement, le seul à avoir été ajouté à une vidéo d’un participant à la campagne, n'a été retiré que lundi matin de la page Facebook de l’ALQ, après que l’affaire eut été ébruitée dans les médias.

Avant que l'ALQ ne se rétracte lundi midi, Mme Fafard avait déclaré à l'agence QMI avoir reçu beaucoup de commentaires de gens, notamment du milieu littéraire, qui nous reprochaient d’avoir donné une tribune à M. Legault.

Elle se défendait en outre de s’être livrée à de la censure devant des commentaires de militants, dont certains ont dénoncé le refus de M. Legault de reconnaître qu’il existe du racisme systémique au Québec.

Si on avait retiré la vidéo, ça aurait été de la censure, avait-elle indiqué à QMI.

Mme Fafard n'a pas précisé combien de gens se sont plaints de la participation du premier ministre Legault à sa campagne ou de ses choix littéraires.

C’est une erreur qui a pris des proportions quand même assez grandes, déplore M. Simard. Il ne remet pas en question le choix du premier ministre dans la liste des personnalités retenues pour faire des suggestions de lecture. « Au contraire, soutient-il, plusieurs personnes sont heureuses que le premier ministre s’intéresse à la lecture. On ne fait pas de politique. »

Je trouve que c’est un exemple positif à donner que nos élus fassent des suggestions de lecture.

Éric Simard, président de l'ALQ

Legault soulagé par la volte-face de l'ALQ

Dans un message publié en début d'après-midi sur sa page Facebook, François Legault dit être soulagé de voir que l’Association a finalement reculé dans cette affaire.

On va se le dire franchement : la décision de l’Association des libraires du Québec de retirer mes suggestions de lecture, ça n’avait pas de bon sens. On ne peut pas accepter qu’une poignée de militants radicaux piétinent notre liberté d’expression pour défendre leurs dictats. Ça va beaucoup trop loin.

François Legault, sur Facebook

Le premier ministre admet qu'il a été fâché et attristé par le retrait de sa liste de recommandations des réseaux sociaux de l'ALQ, en réitérant son amour de la lecture.

La beauté des livres, c’est qu’il y a de la place pour toutes les voix. La lecture nous transporte vers des points de vue qui sont parfois loin des nôtres, mais qui nous enrichissent toujours. Ça me rend triste de savoir que des gens au Québec voudraient nous enlever ça, écrit-il.

Il profite en outre de l'occasion pour inviter de nouveau les Québécois à acheter un livre québécois dans une librairie québécoise pendant le temps des fêtes, afin d'encourager nos auteurs d'ici. C’est la meilleure réponse qu’on peut offrir à ceux qui veulent les faire taire.

Il ne faut pas non plus se tromper de cible. On doit dénoncer la censure. On ne doit jamais baisser la garde sur notre liberté d’expression. Sauf qu’on ne doit pas pénaliser nos libraires indépendants qui n’ont rien à voir avec cette histoire. C’est déjà assez difficile pour eux ces temps-ci.

François Legault, sur Facebook

Dans un courriel transmis à Radio-Canada avant la rétractation de l'ALQ, le cabinet du premier ministre Legault indiquait avoir été informé vendredi de plaintes formulées par certains auteurs quant à un des choix de livres du premier ministre.

Il s’agit vraisemblablement de l’essai de M. Bock-Côté, pourfendeur connu de la théorie du racisme systémique et régulièrement pris à partie par certains militants pour ce point de vue.

Nous avons immédiatement, et clairement, indiqué à l’Association que nous nous opposons à la modification ou la suppression de la vidéo, précisait le cabinet de M. Legault, en se disant déçu de la tournure des événements. La lecture est un bien collectif, un refuge, qui doit demeurer intact, ajoutait-on.

Mathieu Bock-Côté dénonce les « nouveaux censeurs »

En entrevue à Tout un matin, Mathieu Bock-Côté avait aussi vertement dénoncé la pusillanimité de l’ALQ. Soit c’est de la trouille, soit c’est une forme de complicité dans la censure, avait-il commenté d’entrée de jeu.

L’Association décide de se coucher. Elle prend peur devant quelques radicaux. Ça nous en dit beaucoup sur le fait que, dans certaines institutions culturelles […], il suffit de quelques contestataires assez sonores pour que les autorités décident de s’aplatir, a-t-il fait valoir.

Ça nous dit en beaucoup aussi à quel point une forme de censure nouvelle s’installe dans le domaine de la culture, dans le monde des idées, dans le monde des livres – on le constate – et la liberté d’expression en général a tendance à régresser.

Tout cela est désolant. Ce n’est surprenant que dans la mesure où ça frappe maintenant le premier ministre du Québec. Ça, c’est quand même loufoque. C’est la suprême discourtoisie : on invite un homme à nous parler de ses choix de livres, mais puisqu’on n’accepte pas ses choix de livres, on décide de retirer la liste.

Mathieu Bock-Côté, auteur de L'empire du politiquement correct

Ça nous en dit beaucoup sur une liberté d’expression à sens unique valorisée par ces nouveaux censeurs qui se présentent paradoxalement comme des défenseurs de la tolérance, poursuit Mathieu Bock-Côté, dont le livre porte d’ailleurs sur de nouvelles formes de censure.

S’il faut censurer les thèmes qui choquent certains militants hypersensibles et hypersusceptibles, on va finir par censurer tout le monde. Ça va être moi aujourd’hui, François Legault, et dans deux trois semaines, ça va être qui? C’est une logique qui ne s’arrête pas.

Lundi matin, les pages Facebook de l'ALQ étaient inondées de commentaires de lecteurs dénonçant quasi unanimement la décision de supprimer la liste de suggestions de livres de François Legault.

Plusieurs accusaient l'ALQ de faire de la censure ou de faire preuve de lâcheté, tandis que certains en appelaient au boycottage des librairies qui en sont membres, au profit de la chaîne Renaud-Bray, sinon de Costco ou d'Amazon.

D'autres notaient aussi que l'ALQ, qui a pour mission de contribuer au développement professionnel des libraires et à l'essor économique de la librairie, s'était tiré dans le pied avec son approche.

Les commentaires publiés sur la page Instagram de l'ALQ, moins nombreux, allaient dans le même sens.

Les dix suggestions de lecture de François Legault

  • La promesse de l’aube, Romain Gary
  • Traverser la nuit, Marie Laberge
  • Les filles de Caleb, d’Arlette Cousture
  • L’énigme du retour, Dany Laferrière
  • Ta mort à moi et La bête à sa mère, David Goudreault
  • Kukum, Michel Jean
  • Une vie sans peur et sans regret, Denise Bombardier
  • Le sommeil des loutres, Marie-Christine Chartier
  • L’empire du politiquement correct, Mathieu Bock-Côté
  • Frida, la reine des couleurs, Sophie Faucher

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