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De nouveaux outils de prévention pour contrer les surdoses à Sept-Îles

Une seringue, des pilules et de la poudre placés aléatoirement.

Le nombre de surdoses a augmenté depuis le début de la pandémie de COVID-19 (archives).

Photo : Shutterstock / Chirachai Phitayachamrat

Radio-Canada

Depuis quelques semaines, des tests pour détecter la présence de fentanyl dans des drogues illicites sont distribués par le centre d’intervention le Rond-Point à Sept-Îles. Une augmentation du nombre de surdoses observée par les intervenants les ont poussé à chercher de nouveaux outils de sensibilisation.

Ces tests à bandelette pour détecter le fentanyl permettent de sensibiliser les consommateurs au contenu réel des drogues qu'ils ingèrent.

De plus en plus, à Sept-Îles, il y a une consommation d’amphétamine qui est une drogue abordable et, dans cette amphétamine-là, on retrouve du fentanyl. Donc les tests sont importants, raconte la travailleuse de rue au centre d'intervention le Rond-Point, Nicole Lavoie.

La main d'une femme trempe une bandelette dans un petit récipient d'eau.

Pour comprendre la mécanique du test, nous l'avons effectué avec un comprimé d'acétaminophène.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Les drogues achetées sur le marché noir, comme la cocaïne et les amphétamines, sont souvent mélangées avec d’autres substances. La présence de fentanyl parmi ces substances inquiète des intervenants en toxicomanie à Sept-Îles, car il est un opioïde puissant qui cause souvent des surdoses.

Le fentanyl est trouvé à Sept-Îles mélangé à d’autres drogues. Moi, j’appelle cela de la choppe.

Une citation de :Nicole Lavoie, travailleuse de rue

Plus [les drogues] viennent de loin, plus en s'en venant ici elles vont être coupées davantage. Le fentanyl ne coûte vraiment pas cher, alors il est utilisé par les vendeurs de drogues qui vont l’utiliser pour couper et ça donne une addiction supplémentaire, raconte Mme Lavoie.

Augmentation du nombre de surdoses

Les surdoses sont en hausse dans plusieurs provinces du Canada depuis le début de la pandémie. Une réalité observée au centre d'intervention le Rond-Point et qui a poussé des intervenants à chercher de nouveaux outils de sensibilisation.

J’ai eu des personnes que j’accompagnais cet été dans la rue et qui ont consommé et qui se sont ramassées avec des surdoses. On n’a pas de décès, mais on a des conséquences. Ce sont des effets indésirables qu’ils n’ont jamais vécus. Ce sont des personnes qui consomment régulièrement la même drogue et, à un moment donné, ils vont consommer et ils vont se ramasser paralysés sur le sol, raconte Mme Lavoie.

Nicole Lavoie est dans une ruelle et porte un manteau d'hiver et une tuque noire.

Nicole Lavoie est travailleuse de rue au centre d'intervention le Rond-Point à Sept-Îles.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Des drogues au contenu imprévisible en temps de pandémie

La fermeture des frontières pour contrer la propagation de la COVID-19 a accentué la difficulté de connaître ce qui est vraiment contenu dans les drogues illicites consommées au Québec, indique le conseiller scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec, Éric Langlois.

Jusqu’à présent, il n’y a pas d’évidence, du moins à notre connaissance, qu’il y aurait davantage de fentanyl dans les drogues qu’on retrouve au Québec depuis le début de la pandémie. Par contre, ce qu’on sait, c’est qu’avec la fermeture des frontières, les marchés ont été chamboulés. Il y a donc une imprévisibilité qui est davantage présente pour ce qui est des substances qu’on retrouve sur le marché noir, explique le chercheur.

Le Québec demeure la province du Canada où le fentanyl est le moins présent, précise M. Langlois.

Les limites des tests

Le professeur à l'école de criminologie de l'Université de Montréal, Louis-Georges Cournoyer, voit d'un bon œil l'utilisation de tests de fentanyl comme outils pour diminuer les risques de surdoses chez les usagers.

Cela se fait dans une perspective de réduction des méfaits. Si on ne peut empêcher des gens de consommer, on peut les aider à diminuer les risques associés à leur consommation, affirme le professeur.

Il met cependant en garde devant les limites de ces tests.

Ces kits de détections ne sont pas infaillibles. Ils ne permettraient pas de détecter tous les types de fentanyl. Il y a donc des risques de faux négatifs à savoir que la personne pense que sa drogue n’a pas de fentanyl alors qu’elle en contient, affirme M. Cournoyer.

Distribuer du naloxone, utilisé pour traiter les surdoses d'opioïdes, et apprendre à reconnaitre les signes d’une overdose, demeurent des pratiques essentielles selon le criminologue.

Nicole Lavoie se promène dans une ruelle encombrée de déchets.

La travailleuse de rue Nicole Lavoie ramasse les seringues utilisées dans des lieux comme celui-ci.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

En quelques semaines, la travailleuse de rue Nicole Lavoie a déjà distribué la trentaine de tests qu'elle avait commandé pour dépister le fentanyl. Si elle n'a pas de retour pour l'instant des consommateurs quant à l'utilisation de ces tests, elle demeure toutefois persuadée de l'importance d'utiliser de tels outils pour ouvrir le dialogue avec les consommateurs.

Les gens pensent qu’il n’y a pas de ressources pour les personnes qui consomment alors que c’est le contraire : il y en a. C’est juste qu’on ne les voit pas comme on ne voit pas les personnes qui consomment, affirme la travailleuse de rue.

Avec les informations de Nicolas Lachapelle et de Marie Kirouac

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