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L’épuisement professionnel guette les travailleurs de la santé de première ligne

Deux ambulanciers poussent une civière sur laquelle est couchée une résidente du foyer Rockcliffe.

Les ambulanciers font partie des travailleurs de la santé qui ont une charge de travail multipliée en raison de la pandémie. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

CBC News

Un ambulancier de Toronto affirme que le volume d'appels d’urgence reçus depuis le début de la pandémie a un effet dévastateur sur lui et ses collègues. Ceux qui répondent aux appels à l'aide ont eux-mêmes besoin d'aide, dit-il.

Mentalement, physiologiquement, émotionnellement, je suis absolument épuisé, a-t-il déclaré à CBC Toronto. Mais il réalise aussi qu'il ne peut pas s'arrêter pour se reposer : le nombre de cas quotidiens de COVID-19 a atteint un tel niveau que la province a placé Toronto et la région de Peel sous confinement.

Je sais que j'ai aussi un devoir.

CBC News a accepté de ne pas divulguer l'identité de l'ambulancier pour le protéger d'éventuelles représailles. L’ambulancier, qui a 20 ans d’expérience, affirme être inquiet.

J'ai vu des ambulanciers répondre à des appels à la fin de leur journée de travail, et leurs mains tremblaient. Je ne sais pas si c'est la faim, l'épuisement, je ne sais pas, dit-il. Mais ils continuent de répondre à des appels parce qu'ils savent que les citoyens ont besoin d'eux.

Portait photo de Mike Merriman

Le représentant syndical des ambulanciers de Toronto, Mike Merriman. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le système est vraiment dans une situation difficile en ce moment. [...] Nous faisons des heures supplémentaires tous les jours. Il faut faire quelque chose, selon Mike Merriman, qui dirige l'unité syndicale représentant les ambulanciers de Toronto dans la section locale 416 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

Les ambulanciers, explique M. Merriman, ont l'habitude de se surpasser, mais le rythme de travail actuel n'est pas viable. [Beaucoup d’employés] m'appellent tout le temps, certains en pleurs, parce qu'ils ne peuvent pas suivre le rythme et ont besoin d’aide

Ils ne prennent pas leur lunch. Ils ne prennent pas de pauses.

Une ambulance bleu et blanc.

La charge de travail des ambulanciers est décuplée depuis le début de la pandémie. (Photo d'archives)

Photo : CBC/David Donnelly

Les ambulanciers doivent nettoyer leur véhicule et leurs outils en profondeur entre chaque appel. Mettre et retirer les équipements de protection individuelle ajoute une couche supplémentaire à la charge de travail déjà lourde, explique M. Merriman.

Un autre ambulancier qui s'exprimait lors de l'émission Metro Morning à la radio de CBC – lui aussi sous le couvert de l'anonymat par crainte de représailles – a ajouté : Chaque jour où je ne suis pas au travail, je vérifie mon téléphone. Il y a des demandes d'heures supplémentaires pour chaque équipe, parfois jusqu'à une semaine à l'avance.

L'AIIO aussi inquiète

D'autres travailleurs de la santé de première ligne ressentent également de la pression. Vicki McKenna, présidente de l'Association des infirmières et infirmiers de l'Ontario (AIIO), affirme recevoir des témoignages d'épuisement professionnel de la part de ses membres.

Le portrait d'une femme devant le logo de son association.

Vicki McKenna est la présidente de l'Association des infirmières et infirmiers de l'Ontario (AIIO). (Photo d'archives)

Photo : Twitter/@ontarionurses

Je peux l'entendre dans leurs voix, a déclaré Mme McKenna en entrevue à CBC News.

Les infirmières me disent : "Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir continuer comme ça".

Des symptômes et de possibles traitements

Les symptômes de l’épuisement professionnel, communément appelé burnout, comprennent l’épuisement mental et physique, mais le désintérêt en fait aussi partie, explique la thérapeute Amy Deacon.

Nous ne pouvons pas nous permettre que ces travailleurs de première ligne se désintéressent de leur travail. Malgré tout, c'est l'un des signes les plus courants de l'épuisement professionnel, explique-t-elle. Mme Deacon est fondatrice d'une organisation appelée Toronto Wellness Counselling.

Il a été prouvé que les gens sont moins efficaces au travail, qu'ils sont moins productifs. Ils sont tellement épuisés qu'ils n'ont pas la capacité nécessaire pour se présenter au travail et donner le meilleur d'eux-mêmes.

Mme Deacon affirme que quelques gestes simples peuvent aider les gens à gérer ce stress. Posez vos téléphones, délaissez les médias sociaux et prenez une dizaine de minutes pour faire de la méditation. Allez marcher à l’extérieur au lieu de regarder un autre épisode sur Netflix.

Le sommeil, dit-elle, est vital. Et si les travailleurs de la santé de première ligne ne dorment pas bien, elle leur recommande de prendre contact avec un médecin.

Possible changement de carrière

L'ambulancier vétéran, de son côté, songe à changer de carrière. Il explique vouloir continuer à aider les gens, mais il se dit à bout de souffle. Être capable de faire mon travail correctement doit aussi être une priorité, et nous arrivons à un point où nous ne pouvons plus le faire.

Le syndicat représentant les ambulanciers de Toronto demande que le personnel à temps partiel devienne du personnel à temps plein afin de diminuer la pression.

Cette semaine, le conseil municipal de Toronto a adopté un amendement demandant au chef du personnel de la Ville et au chef des services paramédicaux de Toronto, en collaboration et en consultation avec la section locale 416 du SCFP, de se pencher sur la fatigue du personnel et la santé mentale des travailleurs paramédicaux de première ligne. Ils devraient présenter leur rapport en février prochain.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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