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Les hôpitaux du Tigré débordés après la victoire annoncée par l'Éthiopie

 Un soldat tient un fusil mitrailleur.

Un membre des forces spéciales d'Amhara tient son fusil devant le 5e bataillon du commandement nord de l'armée éthiopienne à Dansha, le 25 novembre 2020.

Photo : Getty Images / EDUARDO SOTERAS

Agence France-Presse

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avertit que de nombreux blessés affluaient, dimanche, vers les hôpitaux de Mekele, 24 heures après la prise annoncée par le gouvernement éthiopien de cette ville, capitale du Tigré, et sa victoire militaire dans cette région dissidente.

La communauté internationale s'est maintes fois inquiétée des conséquences pour les civils de l'opération militaire lancée le 4 novembre par le premier ministre Abiy Ahmed afin de remplacer les autorités tigréennes, issues du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), par des institutions légitimes.

Aucun bilan précis du conflit n'est encore disponible, mais plus de 43 000 Éthiopiens ont fui au Soudan voisin.

Samedi, les dirigeants tigréens avaient dénoncé des tirs à l'arme lourde contre Mekele, où vivent habituellement 500 000 habitants. Quelques heures plus tard, Abiy Ahmed a affirmé sur Twitter que l'armée avait pris la capitale régionale et mené à bien et terminé les opérations militaires dans la région du Tigré.

Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix en 2019, a aussi assuré que tout était fait pour s'assurer que les civils ne soient pas ciblés.

Dimanche, 24 heures après la prise de Mekele, les médecins peinent face à l'afflux de patients en raison d'équipements et de stocks limités, trois semaines après que les chaînes d'approvisionnement ont été interrompues par le conflit, selon le CICR.

L'ONG avait pu se rendre la veille à l'hôpital Ayder, l'un des plus grands de la ville, où sa branche éthiopienne a transporté des blessés et des morts et où manquaient nourriture, médicaments et matériel – jusqu'aux sacs mortuaires.

Le calme – constaté dimanche par le CICR – qui règne à Mekele laisse penser, comme le sous-entend le gouvernement, que le TPLF s'en est retiré plutôt que d'affronter dans la ville les troupes gouvernementales.

Un garçon assis sur un mur observe l'activité d'un marché en contrebas.

Un garçon observe un marché à bétail de Mekele, capitale du Tigré, à l'occasion du Nouvel An éthiopien, le 10 septembre 2020. Un demi-million de personnes vivaient dans cette ville avant l'assaut des forces éthiopiennes.

Photo : Getty Images / AFP/EDUARDO SOTERAS

Il n'était pas possible de vérifier de manière indépendante si Mekele était totalement sous le contrôle de l'armée fédérale, en raison de la panne de courant quasi totale qui touche le Tigré depuis le début du conflit. Aucune image de Mekele, même à la télévision officielle éthiopienne, n'était disponible.

Affirmant que l'armée a pris le contrôle de l'administration régionale, Abiy Ahmed a insisté samedi sur la priorité d'un retour à la normale pour les habitants du Tigré.

Nous avons maintenant devant nous la tâche critique de reconstruire ce qui a été détruit, de réparer ce qui a été endommagé, de faire revenir ceux qui ont fui.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed

Les analystes s'interrogent désormais sur la réaction des quelque six millions de Tigréens ainsi que sur la capacité éventuelle du TPLF à continuer une résistance armée contre le gouvernement fédéral.

Le parti, fer-de-lance durant plus de 15 ans de la guérilla contre le régime militaro-marxiste du Derg (1974-1991), a dominé, après la chute de ce dernier, l'appareil politique et sécuritaire éthiopien pendant près de 30 ans.

Depuis la nomination d'Abiy Ahmed en 2018, il a été écarté du pouvoir à Addis Abeba, mais reste influent au Tigré, où il contrôlait les importants effectifs des forces régionales de sécurité.

Charnier retrouvé?

Dimanche, un haut responsable des opérations militaires au Tigré, Bacha Debele, a déclaré que l'armée était prête à prévenir tout éventuel attentat-suicide de la junte du TPLF, selon la radio et la télévision d'État Fana.

La télévision publique éthiopienne a fait état dimanche de la découverte d'un charnier de 70 corps dans la ville d'Humera, citant des témoins affirmant que les victimes avaient été abattues par des combattants du TPLF.

De son côté la télévision régionale du Tigré, contrôlée par le TPLF, a assuré que les forces régionales avaient repris les villes d'Axum et de Mai-Tsebri, et abattu un avion de l'armée fédérale.

Aucune de ces informations ne pouvait être vérifiée par l'AFP.

La chute de Mekele était un des principaux objectifs de la dernière phase de l'intervention militaire, avec l'arrestation des leaders tigréens désormais pourchassés par l'armée et injoignables dimanche.

Tirs de roquettes vers l'Érythrée

Une série de roquettes a cependant été tirée samedi soir depuis le Tigré sur la capitale de l'Érythrée, pays voisin honni par le TPLF.

L'ambassade américaine à Asmara a fait état de six explosions, tandis que deux diplomates basés à Addis Abeba ont dit à l'AFP que plusieurs roquettes avaient visé, semble-t-il, l'aéroport et des installations militaires de la capitale érythréenne.

Aucun détail n'a été fourni sur d'éventuels victimes ou dégâts.

C'est la troisième fois qu'Asmara, déjà ciblée vendredi soir et mi-novembre, est visée par des roquettes venant du Tigré.

Le TPLF avait revendiqué le premier tir, accusant l'Érythrée de prêter main-forte à l'armée éthiopienne, mais ne s'est pas prononcé sur les deux suivants. Ni l'Éthiopie ni l'Érythrée n'ont réagi.

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