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Un plan de sauvetage pour 102 espèces du fleuve Fraser

Grand plan de la région de Vancouver pris du haut d'un immeuble de Surrey avec des tours de bureaux, une partie du fleuve Fraser et un quartier résidentiel.

La pollution, le dragage, l'exploitation des ressources, l'intensification de l'agriculture, l'étalement urbain, les changements climatiques et le développement industriel feraient partie des menaces qui planent sur la biodiversité de l’estuaire du fleuve Fraser (archives).

Photo : Jesse Johnston/CBC

Une étude jette les bases d’un plan pour sauver 102 espèces d’animaux et de plantes jugées à risque dans l’estuaire du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique. Les interventions coûteraient 15 millions de dollars par année sur une période de 25 ans et permettraient de soutenir des industries comme l’écotourisme et la pêche.

Les populations étudiées incluent notamment les épaulards résidents du sud, cinq espèces de saumon et des oiseaux de proie, comme le faucon pèlerin.

L'estuaire du fleuve Fraser est l'une des zones de biodiversité les plus diversifiées et les plus riches du Canada, observe Tara Martin, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) et coauteure de l’étude. Ce que nous avons constaté, c'est qu'il n'y a vraiment aucun plan global sur la manière de sauver la biodiversité de cette région.

Pourtant, la pression sur la faune et la flore locales est substantielle dans cette région hautement développée où se trouve le Grand Vancouver, le troisième pôle urbain en importance au Canada.

Qui plus est, la Colombie-Britannique n’a pas de loi visant spécifiquement à protéger ses espèces en péril, contrairement au gouvernement fédéral et à la plupart des autres provinces, dont le Québec et l’Ontario.

Selon les auteurs de l’étude, la pollution, le dragage, l'exploitation des ressources, l'intensification de l'agriculture, l'étalement urbain, les changements climatiques et le développement industriel font partie des menaces qui planent sur la biodiversité de l’estuaire.

Une chance de toutes les sauver

Des douzaines de spécialistes ont contribué à l’effort scientifique. Nous avons défini 10 stratégies globales; parmi celles-ci, il existe de nombreuses actions spécifiques, explique la professeure Martin.

La restauration des habitats aquatiques serait l’une des stratégies les plus efficaces. Sont également proposées des actions aussi diverses que la réduction du bruit des navires, la protection d’espaces verts et l’interdiction de la vente de certaines plantes envahissantes.

Mais l’impact de la prévention ne doit pas être négligé, soulignent les scientifiques. Les projets d’expansion du pipeline Trans Mountain et de construction d’un nouveau terminal de conteneurs au sud de Vancouver, par exemple, représentent des menaces importantes qui peuvent être évitées, soulignent-ils.

Il est essentiel d'agir en temps opportun, soutient la professeure Martin. Ce que nous avons constaté, c’est que, si nous n’agissons pas rapidement, dans les 25 prochaines années, bon nombre de ces espèces ne se trouveront plus dans l’estuaire du Fraser.

Si nous agissons rapidement, nous avons une chance de sauver toutes ces espèces, ce qui est assez remarquable compte tenu de la fragmentation et du développement de la région.

Tara Martin, professeure à l'UBC et coauteure de l'étude

Les chercheurs mettent aussi l’accent sur l’importance de la collaboration entre les gouvernements fédéral, provincial, municipaux et des Premières Nations.

Nous devons prendre des mesures immédiates, par l'intermédiaire de structures de cogestion et de cogouvernance, afin de mettre en œuvre les stratégies de conservation nécessaires pour sauver ces espèces, soutient Yeganeh Asadian par courriel.

Mme Asadian est responsable de la gestion de l'environnement pour la bande indienne de Musqueam, près de Vancouver, l’une des nombreuses Premières Nations de l’estuaire. Elle figure également parmi les auteurs de l’étude.

Le rôle de Musqueam impliquerait un leadership au sein de l’organe de cogouvernance environnementale pour veiller à ce que les mesures de conservation nécessaires soient prises, explique-t-elle.

Un investissement qui peut rapporter

Le coût annuel estimé de 15 millions de dollars pour améliorer la persistance des espèces dont la conservation est préoccupante sera probablement plus que compensé par les avantages économiques substantiels générés, notent les auteurs de l’étude.

Ils citent en exemple les revenus de la pêche et de l’écotourisme dans le secteur, des activités qui dépendent de la biodiversité de l’estuaire. À elles seules, ces industries rapportent plus de 20 fois le coût annuel estimé de l’implantation des stratégies proposées.

Et les bénéfices de la protection des espèces ne sont pas qu’économiques.

La société Musqueam, ses relations intercommunautaires, sa culture, sa langue et son économie dépendent des espèces et des écosystèmes du Fraser, note Mme Asadian. La bande indienne de Musqueam reconnaît que toutes les espèces sont interconnectées et que la perte de biodiversité menace ce qu'elle est en tant que peuple.

Invité à réagir, le ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique n’a pas voulu dire s’il prévoyait mettre en œuvre et financer les stratégies proposées dans l’étude.

Le ministère soutient par courriel que la protection de la biodiversité et des espèces est une priorité pour notre gouvernement, mais se contente de faire référence à des programmes existants.

Le Nouveau Parti démocratique de la Colombie-Britannique avait promis de mettre en place une loi sur la protection des espèces menacées lors de la campagne électorale de 2017. Il a depuis renié cette promesse, qui ne figurait plus dans sa plateforme lors des élections d’octobre.

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