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Les violences systémiques envers les femmes aggravées par la pandémie

Une femme accroupie dans un coin d'une pièce, levant la main pour se protéger.

La pandémie a exacerbé les comportements violents.

Photo : Radio-Canada

Alors que les 12 jours d’action contre la violence faite aux femmes battent leur plein, force est de constater que la violence systémique est le point commun qui relie de plus en plus de femmes, particulièrement en temps de pandémie, dans l’Est-du-Québec comme ailleurs.

Le concept de violences systémiques englobe toutes les formes de violences dont les femmes sont victimes en raison de la façon dont notre société fonctionne, explique Isabelle Fournier, intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Rimouski.

On peut parler du patriarcat, du colonialisme, du capitalisme, du racisme, de l’âgisme ou de personnes victimes en raison de leur identité de genre, de leur choix religieux ou de leur handicap.

Une concierge nettoie une vitre dans un couloir.

Au Canada, de nombreux travailleurs racisés, dont beaucoup de femmes occupant des emplois peu qualifiés, se trouvent au premier front du combat contre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

On parle aussi de celles qu’on a appelées les travailleuses essentielles dans le domaine de la santé, des enseignantes, des éducatrices en garderie, ajoute Mme Fournier.

La violence systémique touche aussi celles qui travaillent dans les commerces et qu’on disait essentielles à notre survie. Elles travaillent dans des conditions très précaires.

Le confinement a exacerbé les comportements violents

Ces 12 jours d'action, qui se déroulent chaque année et culminent le 6 décembre, jour commémorant le massacre de 14 femmes de l’École Polytechnique de Montréal, prennent une importance particulière en cette année marquée par la pandémie de COVID-19. Le confinement, rapporte-t-on, a exacerbé les comportements violents.

Une jeune femme vit une grande détresse, dans une pièce peu éclairée.

Selon la directrice de la Fédération des femmes du Québec, Manon Monastesse, le confinement qui découle de la pandémie de coronavirus est un facteur aggravant de la violence conjugale.

Photo : Shutterstock

Vinciane Cousin, co-coordonnatrice de La Débrouille, maison d'hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale située à Rimouski, a constaté une baisse du nombre d’appels à l'aide pendant le confinement.

Ç'a été suivi par une vraie vague de demandes, indique-t-elle. Aujourd’hui, on est obligées de référer des femmes ailleurs parce qu’on déborde.

Citant un sondage réalisé auprès de 87 femmes par le Regroupement des maisons d’hébergements pour femmes victimes de violence, Vinciane Cousin rapporte que 42 % de ces femmes déclaraient que la violence était plus grave et plus fréquente pendant le confinement et que dans 51 % des cas, la violence envers les enfants était plus grave.

Une des chambres de la résidence La Gigogne.

La maison d'hébergement La Gigogne de Matane est régulièrement contrainte de refuser des femmes et leurs enfants, faute de places disponibles (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Vinciane Cousin et Isabelle Fournier soulignent l’accès restreint aux services en temps de pandémie et l'isolement comme facteurs aggravants.

Elles notent aussi une hausse importante des consultations avec le mouvement #Moiaussi.

Heureusement, on a développé des outils virtuels qui nous ont aidées, mentionne Isabelle Fournier. Aujourd’hui, on voit que les femmes viennent consulter davantage, mais que les ressources sont insuffisantes.

Les contacts virtuels : une bonne solution sur la Côte-Nord

Pour Guilaine Lévesque, qui est coordonnatrice de Lumière Boréale, le CALACS de Baie-Comeau, le développement des outils de communication virtuels est plus que bénéfique.

La pandémie nous a poussées à nous organiser pour faire du télétravail et finalement, ç’a aidé à des femmes éloignées à entrer en contact plus facilement, constate-t-elle.

On couvre quatre MRC : Caniapiscau, Basse-Côte-Nord, Manicouagan et Haute-Côte-Nord, précise-t-elle. Notre territoire est immense. Les femmes nous appelaient pour des problèmes d’anxiété, d’insomnie, parfois pour des flashbacks d’expériences traumatisantes. La pandémie a marqué un net recul de leur bien-être.

Le village de Harrington Harbour sur la Basse-Côte-Nord en février 2018 photographié d'un peu plus haut sur la rive. On peut y apercevoir la patinoire et quelques maisons et au loin le fleuve.

Le CALACS Lumière boréale couvre un immense territoire sur la Côte-Nord, dont plusieurs villages isolés.

Photo : Jonathan Cox

Les hommes font partie de la solution

L’Association provinciale À cœur d’homme a par ailleurs choisi de s'associer à la campagne des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes. Répartis dans 16 régions administratives du Québec, dont la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, les 31 organismes membres de l’Association se définissent comme des acteurs essentiels dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

Le directeur de l’organisme Convergence, service d’aide aux hommes de la Gaspésie, Jean-Jacques Élie, qui est aussi membre du conseil d’administration d’À cœur d’homme, aime répéter que les hommes font aussi partie de la solution.

Il rappelle que la directrice de la Fédération des maisons d'hébergement, Manon Monastesse, a lancé la campagne des 12 jours en insistant sur l’importance des hommes dans la lutte contre la violence faite aux femmes.

Jamais on ne va pouvoir contrer les violences faites aux femmes sans les hommes, a-t-elle déclaré.

Un homme dans la chambre de son enfant.

L’association À cœur d’homme regroupe 31 organismes communautaires qui viennent en aide aux hommes aux prises avec des comportements violents.

Photo : Getty Images / Graham Oliver

Jean-Jacques Élie souligne le fait que À cœur d’homme est dirigé par une femme, Valérie Meunier, et que dans les six organismes dédiés aux hommes en Gaspésie, la moitié du personnel est féminin.

Il explique que Convergence vient en aide aux femmes indirectement en aidant les hommes à changer.

Souvent, on reçoit des hommes qui sont obligés de venir parce qu’ils sont envoyés par les instances judiciaires ou autres. Ils vont tenter de justifier leurs comportements alors que la violence n’a aucune justification possible. On tente de changer la mentalité de l’homme dur qui n’a peur de rien. Souvent ça vient des pères, des grands-pères. On va fouiller les raisons profondes de ces comportements-là.

M. Élie mentionne aussi qu’il faut valoriser l’estime de soi des hommes, les encourager à prendre leur place, mais de façon appropriée et non au détriment des autres.

Les 12 jours d’action contre la violence faite aux femmes se poursuivent jusqu’au 6 décembre, sous le thème « Les violences systémiques, qu’on en finisse ». Les organismes qui viennent en aide aux femmes victimes de violence de l'Est-du-Québec les soulignent à leur façon, le plus souvent virtuellement.

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