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Treize nouveaux cardinaux pour modeler l'Église du pape François

Le pape François sourit face au pape émérite Benoît XV! et les cardinaux. Personne ne porte de masque.

Le pape François et le pape émérite Benoît XVI rencontrent les 13 nouveaux cardinaux après la cérémonie.

Photo : via reuters / Vatican Media

Agence France-Presse

Le pape François a proclamé samedi les noms de 13 nouveaux cardinaux de tous les continents, continuant ainsi à modeler une hiérarchie de l'Église proche de ses priorités, à l'occasion d'un rite modifié en raison de la COVID-19.

Depuis son élection en 2013, le pape argentin de 83 ans a choisi 95 des 229 cardinaux du collège cardinalice (dont les 13 nouveaux promus samedi).

Parmi eux, 128 sont des cardinaux-électeurs de moins de 80 ans, désormais majoritairement sélectionnés par François. Ils désigneront un jour son successeur.

Sensible aux périphéries reculées et aux communautés catholiques ultra-minoritaires, François a repéré pour sa dernière sélection Cornelius Sim, vicaire apostolique du sultanat de Brunei, sur l'île de Bornéo. Cet État à majorité musulmane compte environ 400 000 habitants, dont seulement 16 000 catholiques.

C'est une église de périphérie cachée, petite comme une Fiat 500, s'est étonné dans un entretien à AsiaNews l'homme de 69 ans, premier citoyen de son pays à être devenu prêtre, évêque et désormais cardinal.

Ce choix confirme l'attention du pape portée à l'Asie, tout comme celui de l'archevêque Jose Fuerte Advincula, 68 ans, des Philippines, troisième pays catholique du monde.

Les deux Asiatiques ont renoncé à se déplacer, mais sont devenus cardinaux. Six Italiens, un Américain, un Rwandais, un Mexicain, un Espagnol et un Maltais étaient là, certains après une quarantaine effectuée dans la résidence même où le pape occupe un modeste appartement.

Samedi, les princes de l'Église – surnom datant d'une époque où ils devaient tenir leur rang avec une étiquette digne des princes de sang – se sont agenouillés devant le pape pour recevoir leur toque quadrangulaire pourpre, leur anneau et leur titre, dans la basilique Saint-Pierre.

Le « baiser de la paix » victime de la COVID

Auparavant, François leur a demandé de rester des pasteurs proches du peuple sans se laisser étourdir par leur nouveau titre. Pensons à toutes ces formes de corruption dans la vie sacerdotale, a-t-il dit.

Le rouge pourpre de l'habit cardinalice, qui est la couleur du sang, peut devenir, pour l'esprit mondain, celle d'une distinction éminente.

Le pape François

La tradition d'échanger un baiser de paix avec le pape, puis entre nouveaux cardinaux, était proscrite samedi.

Était aussi interdit tout contact avec la quarantaine d'anciens cardinaux présents, masqués et assis à bonne distance les uns des autres.

D'autres cardinaux de pays lointains, connectés à distance, pouvaient être aperçus sur des écrans.

Les visites de courtoisie, qui permettent aux Romains de venir saluer les nouveaux cardinaux, ont été annulées.

Premier cardinal afro-américain

L'archevêque de Kigali, au Rwanda, Antoine Kambanda, 62 ans, est devenu samedi le premier cardinal de son pays, théâtre voici 26 ans d'un génocide dont il est lui-même un rescapé.

Le plus médiatisé était sans doute l'archevêque de Washington, Wilton Gregory, 72 ans, premier Noir américain à endosser la toque pourpre, un soutien à la communauté afro-américaine, juge-t-il.

L'archevêque Wilton Gregory marche la tête baissée et muni d'un masque.

L'archevêque de Washington, Wilton Gregory

Photo : Reuters / Fabio Frustac

Le prélat avait ouvertement dénoncé en juin l'attitude de Donald Trump face à des manifestants antiracistes.

L'Amérique latine dispose de deux nouveaux cardinaux : le Mexicain Felipe Arizmendi Esquivel, 80 ans, proche des peuples indigènes, ainsi que Mgr Celestino Aos Braco, 75 ans, un frère capucin espagnol devenu en 2019 archevêque de Santiago, au Chili, après la démission d'un cardinal impliqué dans un vaste scandale de pédophilie.

Chez les Italiens, trois hommes sont particulièrement engagés auprès des plus démunis. De quoi séduire le pape François, qui répète que l'Église est un hôpital de campagne.

Cardinaux à sensibilité sociale

Tout d'abord, il y a le frère franciscain Mauro Gambetti, 55 ans, gardien du Sacré-Couvent d'Assise, qui abrite le tombeau de saint François d'Assise, tenant de la pauvreté et de la fraternité. C'est là que le pape jésuite est venu signer en octobre sa nouvelle encyclique Fratelli tutti, très inspirée des franciscains.

François a aussi remis avec un grand sourire sa toque à un simple curé de paroisse de Rome, Enrico Feroci, 80 ans, longtemps dirigeant d'une antenne caritative.

Le pape a également récompensé l'archevêque de Sienne, en Toscane, Augusto Paolo Lojudice, 56 ans, surnommé le prêtre des Roms.

Tout futur cardinal devait être nommé évêque avant la cérémonie, mais l'un d'eux a demandé une dérogation. Je désire être un frère capucin jusqu'à la mort, a plaidé Raniero Cantalamessa, 86 ans, prédicateur de la Maison pontificale. Samedi, il s'est agenouillé devant le pape en robe de bure.

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