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Le gouvernement éthiopien annonce la prise de la capitale du Tigré

Des hommes armés à bord d'un camion.

Des membres de la milice de la région d'Amhara, en Éthiopie, montent dans leur camion pour se diriger vers Sanja, dans la région d'Amhara, près d'une frontière avec le Tigré.

Photo : Reuters / TIKSA NEGERI

Agence France-Presse

Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a annoncé samedi soir que l'armée avait pris le « contrôle » de Mekele, la capitale du Tigré, une étape décisive de l'opération militaire entamée le 4 novembre dans cette région dissidente.

Les autorités tigréennes issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), que combat le gouvernement, seraient retranchées dans cette ville qui comptait 500 000 habitants avant le début du conflit.

Le gouvernement fédéral a maintenant pris le contrôle total de la ville de Mekele, a déclaré M. Abiy dans un communiqué publié sur Twitter.

Le premier ministre réaffirme que la prise de Mekele marque l'accomplissement de la phase finale de l'opération militaire des dernières semaines. Il ajoute que l'armée mène l'opération avec la précision et le soin nécessaires [...] pour s'assurer que les civils ne sont pas ciblés et qu'elle a pris le contrôle de l'administration régionale.

Le chef de l'armée, Berhanu Jula, a de son côté affirmé dans un message diffusé sur la télévision officielle éthiopienne EBC que l'armée chasse les membres du TPLF qui se cachent.

Il précise que plus de 7000 membres du commandement nord de l'armée fédérale ont été libérés.

Contactés, les dirigeants du TPLF n'étaient pas joignables dans l'immédiat.

Des soldats armés montent la garde.

Des membres des forces spéciales d'Amhara montent la garde au 5e bataillon du commandement nord de l'armée éthiopienne à Dansha.

Photo : Getty Images / EDUARDO SOTERAS

La vérification sur le terrain des affirmations de l'un et de l'autre camp demeure très difficile, le Tigré étant quasiment coupé du monde depuis le début du conflit.

Samedi matin, les autorités tigréennes affirmaient par l'intermédiaire de la télévision locale Tigray TV que des tirs à l'arme lourde touchaient Mekele, une information que deux responsables humanitaires ayant des équipes dans cette ville ont confirmée à l'AFP.

Les Tigréens dénoncent des massacres

Le gouvernement tigréen a appelé la communauté internationale à condamner les attaques d'artillerie et d'avions militaires et les massacres contre les civils et les infrastructures par M. Abiy et par Issaias Afeworki, le président érythréen, qu'il accuse d'épauler Addis-Abeba dans le conflit.

Depuis la mi-journée, Tigray TV diffuse en boucle des programmes musicaux.

Les prochains enjeux clés sont de savoir quelles intentions et quelles capacités les forces tigréennes ont en ce qui concerne la résistance armée, a déclaré William Davison, de l'International Crisis Group (ICG), après l'annonce de la prise de contrôle de Mekele.

Il s'interroge également sur la façon dont les Tigréens vont réagir face au gouvernement provisoire qui va être installé par Addis-Abeba.

Aucun bilan précis du conflit n'est jusqu'ici disponible, mais l'ICG a estimé vendredi que plusieurs milliers de personnes sont mortes dans les combats.

Des hommes armés gardent des sacs de nourriture.

Des hommes armés gardent des sacs de nourriture livrés aux réfugiés éthiopiens fuyant les combats dans la région du Tigré.

Photo : Reuters / MOHAMED NURELDIN ABDALLAH

Dans leur communiqué, les dirigeants tigréens ont promis une réponse proportionnée aux massacres commis selon eux par l'armée.

Vendredi soir, au moins une roquette tirée depuis le Tigré a ciblé, selon des sources diplomatiques, la capitale de l'Érythrée, Asmara. D'éventuels victimes ou dégâts ne sont toujours pas connus.

Le TPLF, qui avait visé Asmara il y a dix jours avec des armes similaires, n'a pas revendiqué ce tir, et ni l'Éthiopie ni l'Érythrée n'ont réagi à ce sujet.

Inquiète d'une propagation du conflit à l'échelle régionale, la communauté internationale a également été mise au courant de possibles crimes de guerre en Éthiopie et a tenté de faire pression sur M. Abiy pour qu'il accepte une médiation.

L'Union africaine (UA), dont le siège est à Addis-Abeba, a nommé en ce sens trois envoyés spéciaux, les anciens présidents mozambicain, Joaquim Chissano, libérienne, Ellen Johnson-Sirleaf, et sud-africain, Kgalema Motlanthe.

Après les avoir rencontrés vendredi, M. Abiy a exprimé sa gratitude, mais a rappelé que son gouvernement avait la responsabilité constitutionnelle de maintenir l'ordre [au Tigré] et dans tout le pays.

Dans un communiqué publié samedi, l'UA a de son côté salué le fait que le premier ministre ait évoqué lors de cet entretien l'établissement d'un comité fédéral pour répondre aux besoins humanitaires essentiels et la création d'un corridor humanitaire – sans donner de précisions.

Crise humanitaire

Le pape François a appelé samedi sur Twitter à prier pour l'Éthiopie, où les combats armés se sont intensifiés et entraînent une situation humanitaire grave.

Plus de 43 000 Éthiopiens ont fui au Soudan voisin, selon le HCR, l'agence onusienne chargée des réfugiés.

Nous avons maintenant devant nous la tâche critique de reconstruire ce qui a été détruit, de réparer ce qui a été endommagé, de faire revenir ceux qui ont fui, avec comme principale priorité le retour à la normale pour le peuple de la région du Tigré, a également déclaré M. Abiy.

Les tensions entre M. Abiy et le TPLF, qui a dominé pendant près de trois décennies l'appareil politique et sécuritaire de l'Éthiopie, n'ont cessé de croître depuis l'arrivée au pouvoir du premier ministre en 2018.

Elles ont culminé avec l'organisation au Tigré en septembre d'un scrutin régional qualifié d'illégitime par Addis-Abeba, puis avec l'attaque début novembre de deux bases de l'armée fédérale attribuée aux forces du TPLF, ce que ce dernier a démenti.

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