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El Paso submergé par la COVID-19

Une enseigne sur laquelle on peut lire « Distanciation sociale, nous sommes ensemble à distance », en anglais.

Un gage de solidarité sur une marquise du centre-ville d’El Paso, doublé d’un encouragement à respecter la distanciation physique en cette période de fêtes qui vient de débuter avec l’Action de grâce aux États-Unis et qui est habituellement synonyme de réunions familiales.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le nouveau coronavirus touche durement cette ville de l’ouest du Texas, à la frontière du Mexique. Elle a l’un des taux de décès les plus élevés aux États-Unis.

Horrible. Voilà le qualificatif employé par Juan Anchondo quand on lui demande de nous décrire, en un mot, l’état des lieux à El Paso. L’infirmier est sur le point de commencer son quart de nuit lorsque nous le rencontrons devant l’hôpital où il travaille depuis 17 ans.

L'infirmier Juan Anchondo parle au micro de Radio-Canada, devant l'hôpital où il travaille depuis 17 ans. Il porte son uniforme bleu et un masque. El Paso, le 25 novembre 2020.

Juan Anchondo. El Paso, 25 novembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Étienne Bruyère

Il explique que, chaque fois qu’il arrive au boulot, il se demande ce qui l’attend à l’intérieur. Il peut apprendre qu’une personne dont il a pris soin la veille est désormais aux soins intensifs, sous assistance respiratoire.

Pratiquement la moitié des lits des hôpitaux de la ville sont occupés par des malades du nouveau coronavirus. Cela exerce une énorme pression sur le système de santé et sur le corps infirmier, souligne Juan Anchondo, qui déplore également une pénurie de matériel adéquat, en particulier de masques.

Une ambulance devant un hôpital.

Le nombre d'hospitalisations a grimpé en flèche cet automne à El Paso. Depuis octobre, plus de 300 personnes y sont mortes, soit le tiers des décès causés par le nouveau coronavirus dans le comté.

Photo : Radio-Canada / Étienne Bruyère

L’infirmier voit mal comment on pourra tenir si les réunions familiales se transforment en foyers de contagion durant la période de festivités qui vient de s'amorcer avec l'Action de grâce.

Il rappelle que la vague actuelle de contamination à El Paso a commencé après le long congé de la fête du Travail, en septembre dernier.

Facteurs culturels et socioéconomiques

El Paso est hispanophone à plus de 80 %. Comme plusieurs, Juan Anchondo suggère que la tradition latino de se rassembler en famille, immédiate et élargie avec de nombreux membres venant du Mexique frontalier, peut expliquer pourquoi la COVID-19 se propage rapidement dans le comté.

Un palmier devant l'horizon.

Vues depuis cette route panoramique dans les montagnes Franklin, les villes d'El Paso au Texas et de Ciudad Juárez au Mexique ne font plus qu'une. Des liens familiaux et d'affaires lient les deux cités. Le va-et-vient transfrontalier est toutefois considérablement limité en ces temps de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Chris Babcock, éditeur en chef de l'El Paso Herald-Post, voit un autre facteur. Étant donné que le tiers des habitants n’a pas de couverture santé, il précise qu’ils sont nombreux à attendre à la dernière minute avant d’aller consulter. Ça arrive même dans sa famille. Ils vont finalement aux urgences quand cela devient grave, en bonne partie parce qu’ils n’ont pas d’omnipraticien régulier.

Une maison en mauvais état.

Quelque 20 % des habitants d’El Paso sont pauvres, peut-être davantage depuis le début de la pandémie, selon le journaliste Chris Babcock. Il note que le secteur des services est très touché pour ce qui est des pertes d’emplois.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

La garde nationale à la rescousse

Il a fallu aménager des morgues mobiles dans des camions réfrigérés. On y comptait 236 corps le 24 novembre.

Des prisonniers ont été embauchés pour déplacer les dépouilles.

Et une trentaine de membres de la garde nationale sont arrivés en renfort pour cette gestion des décès, selon la formule employée par le juge Ricardo Samaniego, le plus haut responsable du comté d’El Paso.

Des employés à côté de corps dans des sacs blancs.

Des employés du bureau du médecin légiste, près des morgues mobiles à El Paso

Photo : Reuters / IVAN PIERRE AGUIRRE

Durant une conférence de presse virtuelle, il a précisé qu’on devait absolument, pour des questions de dignité, réduire le temps requis, parfois plusieurs heures, pour que le corps d’une personne décédée chez elle soit pris en charge.

Couvre-feu, formule allégée

Pour tenter de limiter la propagation du virus à El Paso, un couvre-feu est en vigueur la nuit, pendant quelques jours.

Le juge Samaniego aurait voulu des mesures plus strictes, comme la fermeture des commerces non essentiels, mais sa première tentative a été déboutée en cour sous la pression de gens d’affaires et avec l’appui du procureur et de politiciens de droite.

Outré, un syndicat infirmier a montré son mécontentement en manifestant dans les rues.

Coucher de soleil à El Paso. On voit une lueur orangée au-dessus des montagnes qui surplombent la ville. 24 octobre 2020.

Le couvre-feu à El Paso, imposé de 22 h à 5 h, prendra fin le 30 novembre.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le gouverneur républicain de l’État, Greg Abbott, opposé à un nouveau confinement au Texas, a rappelé qu'il avait dépêché dans la région quelque 1500 membres du personnel médical.

Des infirmières de la Federal Emergency Management Agency (FEMA), l’organisme fédéral qui porte secours dans le contexte des urgences, donnent un coup de main.

Araceli Renteria dit qu’elle les a vues arriver avec un soulagement indescriptible.

J’ai énormément de gratitude envers ceux qui viennent aider ma communauté, précise cette jeune infirmière.

La crise de la COVID-19 à El Paso constitue son baptême de feu, car elle a obtenu son diplôme en décembre dernier. Elle a d’ailleurs contracté la maladie, comme tant de travailleurs de la santé. Je ne peux même pas vous dire combien d’entre nous ont été contaminés, ajoute-t-elle.

Un homme porte des vêtements de protection (casque, masque, chemise, gants) et tient à la main une tige dont il se servira pour réaliser un test de dépistage dans un centre de tests de la COVID-19 effectués au volant. Il est debout devant une auto, sous une tente blanche.

Presque 20 % des tests sont positifs dans le comté d'El Paso.

Photo : Radio-Canada / Étienne Bruyère

Araceli Renteria décrit sa ville comme un grand village.

Son oncle, le journaliste Chris Babcock, dit que tout le monde ici est touché par la pandémie. Il ajoute que la théorie des « six degrés de séparation » (selon laquelle nous sommes tous liés sur la Terre grâce à une chaîne de relations totalisant six personnes) ne tient plus à El Paso.

 Nous sommes tous à un degré de séparation , assure-t-il.

Un journaliste en entrevue avec un masque.

Chris Babcock, rédacteur en chef de l'« El Paso Herald-Post »

Photo : Radio-Canada / Étienne Bruyère

Pas de répit pour El Paso

Chris Babcock est ébranlé de voir des militaires dans sa ville pour aider à surmonter la crise de la COVID-19.

Il cite la devise « El Paso Strong » pour assurer que sa communauté a souvent dû – et su – se débrouiller face à l’adversité.

La ville a récemment été secouée par la crise des migrants, qui arrivaient de partout en Amérique centrale par le Mexique.

Sans oublier la fusillade dans un Walmart, en août 2019, perpétrée par un tueur très remonté contre l’immigration latino-américaine. On nous a visés parce que nous sommes "basanés", souligne Chris Babcock en montrant de l’index sa peau, sur son avant-bras.

Une femme se tient devant des décorations en hommage aux victimes.

Une vigile à la mémoire des victimes de la fusillade au Walmart, la veille du premier anniversaire de la tragédie, en août 2020

Photo : Reuters / PAUL RATJE

La pandémie, ajoute-t-il, est arrivée au moment où El Paso venait tout juste de se relever de 18 mois particulièrement difficiles.

Le centre vu de l'extérieur.

Le centre des congrès, où un hôpital de fortune a été aménagé. C’est notamment à cet endroit qu’un nouveau médicament, le bamlanivimab, tout juste approuvé par les autorités sanitaires fédérales, est administré aux patients les moins gravement atteints de la COVID-19. El Paso a reçu un millier de doses.

Photo : Radio-Canada / Étienne Bruyère

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