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Asmara de nouveau visée depuis la région éthiopienne dissidente du Tigré

Des réfugiés éthiopiens fuyant les combats du Tigré dans un camp au Soudan.

Des réfugiés éthiopiens fuyant les combats du Tigré dans un camp au Soudan.

Photo : Reuters / MOHAMED NURELDIN ABDALLAH

Agence France-Presse

Asmara, la capitale de l'Érythrée, a de nouveau été visée vendredi par au moins une roquette tirée depuis la région dissidente du Tigré, contre laquelle l'armée éthiopienne mène une opération militaire entrée selon Addis-Abeba dans sa « dernière phase ».

Ce tir de roquette, confirmé à l'AFP par quatre diplomates basés dans la Corne de l'Afrique et ayant requis l'anonymat, ravive les craintes d'une escalade régionale du conflit.

Le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) avait déjà revendiqué à la mi-novembre plusieurs tirs de roquettes sur Asmara, qui étaient tombées à proximité de l'aéroport. Il a également visé trois fois la région voisine d'Amhara avec des armes similaires.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a ordonné jeudi à l'armée de lancer la dernière phase de l'opération militaire, déclenchée le 4 novembre, en attaquant Mekele, la capitale du Tigré. Mais aucune information ne filtre sur la situation sur place.

Les dirigeants tigréens, issus du FLPT, sont retranchés à Mekele, désormais encerclée par les forces fédérales et qui comptait avant le début du conflit quelque 500 000 habitants.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed rencontre les émissaires de l'Union africaine à Addis-Abeba.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed rencontre les émissaires de l'Union africaine à Addis-Abeba.

Photo : twitter/ @pmethiopia via reuters / TWITTER/ @PMETHIOPIA

Médiation africaine

La communauté internationale, inquiète des conséquences d'un assaut pour les civils et de possibles crimes de guerre, tente de faire pression sur M. Abiy. Mais celui-ci a fermement rejeté toute interférence dans les affaires internes de son pays.

Entre autres initiatives, l'Union africaine, dont le siège est à Addis-Abeba, a nommé trois envoyés spéciaux, tous des anciens présidents, soit le Mozambicain Joaquim Chissano, la Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf et le Sud-Africain Kgalema Motlanthe, qui sont arrivés mercredi dans la capitale éthiopienne.

Le gouvernement éthiopien s'était engagé à les rencontrer par respect, mais avait par avance décliné poliment cette offre de médiation, comme toutes les précédentes.

Vendredi, le premier ministre a ainsi exprimé dans un communiqué sa gratitude envers eux, saluant leur engagement à proposer des solutions africaines aux problèmes africains.

Mais il a aussi rappelé que son gouvernement avait la responsabilité constitutionnelle de maintenir l'ordre [au Tigré] et à travers le pays, soulignant la patience dont il a longtemps fait preuve face aux provocations et à l'agenda de déstabilisation du FLPT.

Jeudi, à l'issue d'une rencontre avec le ministre éthiopien des Affaires étrangères Demeke Mekonnen, son homologue français Jean-Yves Le Drian a condamné dans un communiqué les violences à caractère ethnique et a demandé des mesures de protection des populations civiles.

Le pape François a lancé aux parties au conflit un appel à cesser les violences, sauvegarder les vies, en particulier des civils, afin que les populations puissent retrouver la paix, a indiqué vendredi le Vatican dans un communiqué.

Peu d’informations du champ de bataille

Aucun bilan précis des combats au Tigré n'est jusqu'ici disponible, mais l'International Crisis Group (ICG) estime dans un communiqué publié vendredi soir que plusieurs milliers de personnes sont mortes dans les combats.

Par ailleurs, plus de 43 000 Éthiopiens ont fui au Soudan voisin, selon HCR, l'agence onusienne chargée des réfugiés.

Vendredi, 24 heures après l'ordre donné à l'armée fédérale, il n'était pas possible de savoir si l'offensive contre Mekele avait effectivement commencé.

Les autorités régionales ont affirmé vendredi que l'armée fédérale bombardait leurs villes et leurs villages, y infligeant de lourds dégâts, sans évoquer spécifiquement Mekele.

Nous appelons comme toujours le peuple du Tigré à se battre et à se défendre contre nos ennemis, ont-elles ajouté.

Fer de lance de la lutte armée contre le régime militaro-marxiste du Derg, renversé en 1991, le FLPT a ensuite contrôlé l'appareil politique et sécuritaire de l'Éthiopie durant presque 30 ans.

Progressivement écarté du pouvoir à Addis-Abeba par M. Abiy à partir du moment où celui-ci est devenu premier ministre en 2018, le parti continue de dominer son fief du Tigré.

Les tensions entre M. Abiy et le FLPT n'ont cessé de croître, culminant en septembre avec l'organisation au Tigré d'un scrutin régional qualifié d'illégitime par Addis-Abeba, puis avec l'attaque au début de novembre, selon le gouvernement, de deux bases de l'armée fédérale par les forces du FLPT, ce que dément ce dernier.

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