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Français : où est le champion du NPD?

Yvon Godin a tenu à bout de bras le dossier de la langue quand il était au NPD. Maintenant, il s’inquiète de voir que personne ne le fait, alors que la question du français revient au cœur de l’actualité politique.

Le chef du NPD pose une question à la Chambre des communes.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, durant une période de questions, en octobre 2020, à Ottawa. D'anciens députés lui reprochent de ne pas donner suffisamment de place à la défense du français.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Au bout du fil, l’ex-député acadien Yvon Godin n’y va pas par quatre chemins : « Je trouve que le NPD ne défend pas assez le français, le bilinguisme. »

Oui, reconnaît-il, Alexandre Boulerice, le seul élu québécois du parti, a déposé, dans les derniers jours, deux motions en lien avec la protection de la langue française, dans la foulée de l’affaire Emmanuella Lambropoulos.

Mais à part ça, dit-il, on n’a pas l’impression que les néo-démocrates prennent trop à cœur le dossier des langues officielles. Ils ne frappent pas assez fort dessus.

Yvon Godin, qui est originaire du nord du Nouveau-Brunswick, a porté pendant 18 ans la cause du français au NPD, et ce, jusqu’à son départ de la politique, en 2015. Grand défenseur des Franco-Canadiens, il a notamment déposé plusieurs projets de loi pour obliger le gouvernement fédéral à nommer des juges bilingues à la Cour suprême.

Ce serait un bon temps, avec un gouvernement minoritaire, de représenter ce genre de projet de loi, est d'avis l’ancien député d’Acadie-Bathurst. Mais le NPD n’est pas là, déplore-t-il.

Le député d'Acadie-Bathurst serre dans ses bras l'ancien chef néo-démocrate Jack Layton, devant des partisans.

Yvon Godin aux côtés de l'ancien chef néo-démocrate Jack Layton, en avril 2011

Photo : The Canadian Press / Andrew Vaughan

L’ex-député néo-démocrate François Choquette aimerait, lui aussi, que le parti ramène à l’avant-plan la question des juges bilingues. M. Choquette avait repris le dossier des langues officielles, après le départ d'Yvon Godin, en 2015. Il pense que, depuis la dernière élection fédérale en 2019, il y a eu un certain flottement au NPD sur la question du français.

Malheureusement, explique-t-il, il n’y a pas eu de personne stable qui représente la formation politique au comité sur les langues officielles. Le NPD a eu trois porte-parole différents dans le dossier en un an – dont l’Ontarien Charlie Angus, qui a parfois du mal à s’exprimer en français, malgré ses efforts.

L’absence d’un champion de la défense du français a paru dans la défense des dossiers, ajoute M. Choquette. Il trouve que les néo-démocrates ont été un peu absents dans la demande pour moderniser la loi sur les langues officielles, alors que d’autres partis d’opposition s’en sont donné à cœur joie pour talonner les libéraux sur leur promesse électorale.

La semaine dernière, par exemple, les conservateurs et les bloquistes ont posé, chacun, plus d’une dizaine de questions en Chambre en lien avec la protection du français. Mis à part la motion déposée par Alexandre Boulerice, le NPD a été discret sur le sujet. Le chef Jagmeet Singh n’a pas abordé le dossier lors de la période de questions, contrairement à Erin O’Toole ou Yves-François Blanchet.

D’autres priorités avec la pandémie

Une patiente est transportée par deux travailleurs de la santé, sur une civière.

La pandémie a bouleversé les priorités, estime Jagmeet Singh.

Photo : The Canadian Press / JONATHAN HAYWARD

Joint au téléphone, le chef néo-démocrate reconnaît que la COVID-19 a pris beaucoup d’oxygène et beaucoup de temps dans les derniers mois, et que la pandémie a bouleversé [les] priorités.

Pour moi, ce qui touche tout le monde en ce moment, c’est vraiment la pandémie : les inquiétudes, les peurs pour la santé, pour les familles. Ce sont ces enjeux qui prennent tout notre temps.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique du Canada

Comme troisième parti d’opposition, le NPD a aussi moins de questions en Chambre que les conservateurs et le Bloc québécois, et donc, moins de place pour se faire entendre.

Malgré tout, Jagmeet Singh estime que sa formation politique n’a pas négligé la défense du français. Il cite en exemple une lettre qu’il a envoyée au premier ministre Justin Trudeau, en septembre, pour que le gouvernement fédéral assujettisse les entreprises de compétence fédérale à la loi 101, au Québec. Pour nous, c’est toujours une priorité, précise-t-il.

Mais pour l’ancien député néo-démocrate Yvon Godin, ces démarches sont loin d’être suffisantes : Ce n’est pas rien de méchant, mais je n’en entends pas parler. On ne l’entend pas dans les nouvelles. On ne l’entend pas dans la période de questions.

Manque de députés francophones

Alexandre Boulerice, à gauche, lève le bras aux côtés du chef du NPD, Jagmeet Singh, durant un rassemblement partisan.

Alexandre Boulerice, à gauche, est le seul député québécois à s'être fait réélire en 2019. Selon l'ancien porte-parole en matière de langues officielles du NPD, François Choquette, M. Boulerice joue un rôle important dans la défense du français, mais il y a des limites à ce qu'il peut accomplir, en tant que seul député québécois.

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

La professeure de sciences politiques à l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier trouve aussi que le NPD a perdu un certain leadership dans le dossier des langues officielles : Les néo-démocrates sont à la remorque des autres partis. Ce ne sont pas eux qui arrivent avec des initiatives ou des propositions, comme on le voyait quand Yvon Godin était là.

Selon la politologue, la perte presque totale de la députation québécoise, aux dernières élections générales, y est pour beaucoup. Ils n’ont plus leurs antennes sur le terrain, dit-elle. C’est plus difficile pour Jagmeet Singh d’être au courant des enjeux.

Ce qui manque présentement autour de notre chef, c’est un nombre suffisant de députés francophones et francophiles. C’est peut-être là où le bât blesse.

François Choquette, ex-député néo-démocrate de Drummond et ancien porte-parole en matière de langues officielles

Outre la députation, il y a aussi une question de stratégie. D’après Geneviève Tellier, les néo-démocrates ne considèrent pas en ce moment le dossier des langues officielles comme aussi rentable que d’autres enjeux, par exemple l’environnement. Ils savent que le Bloc québécois mise beaucoup sur la question de la langue pour gagner des points, et qu’au Québec de nombreux électeurs vont davantage faire confiance à Yves-François Blanchet qu’à Jagmeet Singh pour défendre le français.

Malgré tout, Yvon Godin croit que le NPD peut s’imposer dans le dossier des langues officielles s’il revoit sa stratégie : Dans les deux dernières semaines, l’actualité ne tournait pas autour de l’environnement, mais du français. Ça montre, selon lui, à quel point beaucoup de Canadiens sont préoccupés par cet enjeu.

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