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Conflit de pêche en N.-É. : un week-end sous haute surveillance

Un policier les bras croisés et six personnes de dos.

Un policier devant un groupe de pêcheurs sur le quai de Weymouth, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, le 18 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Geneviève Normand

À l’aube de l’ouverture de la plus importante saison commerciale de pêche au homard en Atlantique, la région acadienne de la baie Sainte-Marie retient son souffle. Malgré le calme apparent des dernières semaines, les tensions demeurent vives entre les Micmacs et les non-Autochtones.

Il existe tout le temps un risque, souligne au bout du fil le conseiller de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), Dan Nadeau.

J’ai un dialogue avec les pêcheurs de la région tous les jours, je leur demande d’avoir de la patience et de garder le contrôle sur leurs émotions, disons, pour éviter une confrontation physique, note celui qui a longtemps été un policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

À deux jours du début de la saison commerciale, les pêcheurs non autochtones craignent que des membres de la communauté tentent de nuire à leurs opérations.

Dan Nadeau affirme que le chef de la Première Nation micmaque de Sipekne’katik a fait des commentaires sur les médias sociaux qu’il allait peut-être se présenter à la baie Sainte-Marie durant l’ouverture de la pêche commerciale et faire l’interférence avec nos pêcheurs.

Pêches et Océans, la GRC, ils ont une présence ici. Ils sont organisés, ils sont prêts à nous fournir du "back-up" en ce qui concerne la sécurité publique.

Dan Nadeau, conseiller à l’UPM

En mer et sur terre, les derniers temps se sont avérés particulièrement houleux – et parfois violents – dans cette région des Maritimes : des bateaux ont été incendiés, un entrepôt a été vandalisé et des affrontements sont survenus sur les quais. La GRC, qui a renforcé sa présence, enquête sur différents incidents.

Des pêcheurs groupés sur un quai.

Des pêcheurs autochtones et non autochtones se font face sur le quai de Saulnierville.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Le conflit entre les pêcheurs autochtones et non autochtones a pris naissance à la mi-septembre, lorsque la communauté Sipekne’katik a lancé sa propre pêche au homard autogérée en dehors des saisons réglementées par Ottawa. D’autres communautés autochtones ont emboîté le pas.

Les Micmacs pratiquent une pêche de subsistance convenable, un droit reconnu par le plus haut tribunal du pays dans l’arrêt Marshall en 1999. Le gouvernement Trudeau s’est maintes fois engagé à faire respecter ce droit issu des traités de paix et d'amitié.

Des pêcheurs commerciaux jugent cependant que cette pêche hors-saison est illégale. Ils craignent que cette activité ruine les stocks de homard, une ressource qui constitue leur gagne-pain et qui est au cœur de l’économie de la baie Sainte-Marie.

Se préparer au dumping day

Plusieurs pratiquent ce métier dans la baie Sainte-Marie depuis des générations. Ils sortiront en mer, lundi, au petit matin, si les conditions le permettent.

La pêche dans les zones 33 et 34 débute chaque année le dernier lundi de novembre et se poursuit jusqu’à la fin mai.

Le premier jour de la saison est ce qu’on appelle familièrement le dumping day : tous les pêcheurs se précipitent en mer pour installer leurs casiers de pêche. On en comptera bientôt plus d’un demi-million au large des côtes du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Carte de la Nouvelle-Écosse avec les zones de pêche 33 et 34 en jaune.

La zone jaune représente les zones de pêche au homard 33 et 34 de la Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada

Des pêcheurs autochtones participent habituellement à cette pêche commerciale, qui est contrôlée par le ministère des Pêches et Océans (MPO). Cette année, conflit oblige, ce n’est toutefois pas dans les cartons.

Nous ne pouvons pas y participer étant donné que nous risquons de nouvelles représailles, des dommages matériels et de la violence , affirme le chef de la Première Nation de Sipekne’katik, Mike Sack, dans une déclaration écrite.

Une demi-douzaine d'Autochtones comptent toutefois continuer à pratiquer leur pêche de subsistance dans les prochaines semaines, et cela, en parallèle à la pêche commerciale, qui se déroule dans les mêmes eaux.

J’encourage tous [mes pêcheurs] à sortir en mer, ceux dont les bateaux peuvent manœuvrer dans les eaux encore quelques semaines.

Mike Sack, chef de la Première Nation de Sipekne’katik

Sipekne’katik à la croisée des chemins

En entrevue téléphonique, Mike Sack assure que sa communauté a déployé tous les efforts possibles auprès du ministère pour mettre en œuvre son plan de pêche de subsistance convenable. Nous avons essayé de négocier avec le MPO, dit-il. Nous avons essayé de gérer ça avec le Canada. Mais ça ne va nulle part.

Le chef autochtone ne s'avance pas sur les intentions de sa communauté en prévision de la fin de semaine et de l’ouverture de la saison lundi. On verra ce qui va se passer au fur et à mesure que le week-end va se dérouler, dit-il.

La communauté prévoit de tenir une conférence de presse dimanche après-midi au quai de Saulnierville.

M. Sack pense que l’industrie commerciale influence les agents du MPO pour freiner la pêche de subsistance des Micmacs. Toute la semaine, il ont essayé de nous sortir de l’eau. Ils ont commencé vendredi en saisissant notre équipement. Ce n’est pas une coïncidence, insiste-t-il, faisant référence à l’imminence de la saison.

Le ministère des Pêches et Océans a confirmé cette semaine avoir saisi des casiers à homard dans la baie Sainte-Marie pour diverses raisons.

Bientôt une entente?

Malgré ce que Sipekne’katik appelle des injustices, elle serait sur le point de conclure une entente avec le gouvernement fédéral à propos de son plan de pêche de subsistance.

Il ne nous manque qu'un bout de papier pour finaliser notre protocole d’entente, affirme Mike Sack. Appelé à élaborer davantage, il précise qu'Ottawa va reconnaître le droit que nous avons à pêcher et de reconnaître les traités.

Il soutient aussi que sa communauté est prête à mener une étude scientifique conjointe avec le MPO à propos de la protection de l’espèce.

J’espère juste que ce sera une pêche pacifique et qu’ils ne vont pas déranger notre équipement.

Mike Sack, chef de la Première Nation de Sipekne’katik

Le week-end de préparation des bateaux pourrait se dérouler dans le calme, comme c’est le cas chaque année. Mais la possibilité que les esprits s’échauffent ne peut être écartée.

La GRC et le MPO se sont d’ailleurs rencontrés cette semaine pour discuter de la sécurité en mer et sur terre en prévision de la fin de semaine et de l’ouverture de la saison, selon Dan Nadeau.

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