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Itinérance : la pandémie amplifie le sentiment d'urgence

De Montréal à Vancouver en passant par Toronto et Edmonton, plusieurs grandes villes canadiennes prennent les grands moyens pour reloger les personnes en situation d’itinérance cet hiver.

Un mendiant assis sur un trottoir.

Le nombre d'itinérants a doublé à Montréal depuis le début de la pandémie, passant de 3000 à 6000.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il manquerait 27 000 logements abordables dans l'ensemble du Canada pour donner un toit permanent aux sans-abris. Alors que les villes du pays louent cet hiver de grands espaces temporaires, elles ont réclamé des milliards d’Ottawa, en vue de sa mise à jour économique de lundi, dans l'espoir d'éliminer l’itinérance.

Une brève visite dans le nord du centre-ville d’Edmonton suffit pour comprendre l’urgence de la situation. C’est dans ce secteur que se trouvent la majorité des ressources pour sans-abris et, visiblement, elles sont débordées.

Depuis le début de la pandémie, les besoins ont vraiment augmenté dans la ville. Beaucoup ont perdu leur emploi et leur logement, signale Kate Halsey, responsable des relations communautaires du refuge Hope Mission.

L’organisme sans but lucratif (OSBL) distribue 1200 repas par jour en plus d'héberger 500 personnes tous les soirs. Aux premières loges de la crise sanitaire, il a dû non seulement répondre à la demande croissante, mais aussi adapter ses installations.

Il a fallu agrandir et louer de nouveaux espaces pour permettre une distanciation appropriée, comme l'exige la santé publique.

Kate Halsey, du refuge Hope Mission
Kate Halsey pose devant le refuge.

La demande de services pour personnes en situation d’itinérance a fortement augmenté à Edmonton, constate Kate Halsey, du refuge Hope Mission.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

La Ville d’Edmonton aussi a changé de stratégie. Après avoir reçu 17 millions de dollars de l'Initiative pour la création rapide de logements (ICRL) du gouvernement fédéral, elle a pu réaménager son centre des congrès pour le transformer en refuge temporaire. Un immense espace où 300 personnes pouvaient respecter la distanciation physique, mais aussi une façon de reloger les centaines de sans-abris qui avaient établi un campement de fortune à proximité.

Du jour au lendemain, l'hygiène de base est devenue une véritable question de vie ou de mort. La pandémie nous a poussés à utiliser des infrastructures non conventionnelles pour établir des refuges, explique le maire Don Iveson en entrevue.

Au-delà des solutions temporaires

Sauf que louer un hôtel ou un centre de congrès n’est qu’une solution temporaire devant un problème plus profond.

Après avoir consacré 1 milliard de dollars à l'ICRL, ce qui devrait permettre la construction de 3000 logements abordables, Ottawa est pressé d’en faire plus.

Les villes réclament 7 milliards additionnels dans la mise à jour économique de lundi pour mettre fin une fois pour toutes à l'itinérance au pays.

Nous avons l’occasion unique de construire des unités et d'améliorer la qualité des vies des plus vulnérables, tout en stimulant l’économie, soutient Don Iveson, qui est également président du caucus des maires des grandes villes de la Fédération canadienne des municipalités.

Les deux hommes assis à une table, lors d'une conférence de presse.

Le maire d'Edmonton Don Iveson et le premier ministre canadien Justin Trudeau lors de la dernière conférence de la Fédération canadienne des municipalités

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La question de l’itinérance est complexe et ne se réglera pas uniquement par l'ajout de logements abordables. Mais l’accès au logement doit être le socle de la stratégie visant à sortir les gens de la rue, dit Susan McGee, présidente-directrice générale d’Homeward Trust, l’OSBL qui coordonne la lutte contre l'itinérance à Edmonton.

Il n’existe pas de solution unique, mais nous devons concentrer nos efforts sur des solutions à long terme. Les refuges temporaires doivent constituer un premier pas pour entrer en contact avec les gens en situation d’itinérance et ensuite les accompagner vers un logement permanent, soutient-elle.

Susan McGee, PDG d'Homeward Trust, plaide pour la construction de nouvelles unités de logements abordables au Canada.

Susan McGee, PDG d'Homeward Trust

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Dans l’éventualité où le gouvernement fédéral investirait massivement dans le logement abordable, Susan McGee souhaite surtout que cet argent soit dépensé de la meilleure façon.

On nous propose souvent des bâtiments à louer, mais souvent ce sont des endroits vétustes qui coûtent cher à réparer et entretenir. C’est mieux d’avoir des bâtiments bien adaptés et en bon état qui vont servir longtemps, fait-elle valoir.

Le logement est à la base de tout, soutient Susan McGee. Sans lui, impossible d’améliorer les autres aspects de la vie d’une personne itinérante, et surtout pas la santé.

Le logement c’est la santé, dit-elle. Évidemment, avec la pandémie, ça veut dire être capable de s’isoler, mais c’est bien plus que ça. Au quotidien, avoir un logement donne accès à un paquet de services.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Rendement de l'investissement

D’un bout à l'autre du pays, la pandémie a rendu impossible d’ignorer la crise de l’itinérance.

Mais pour ceux qui trouveraient la facture du logement abordable trop élevée, Don Iveson évoque à la fois des arguments de santé et d’économies.

Il y a un rendement de l’investissement quand on réduit et élimine l’itinérance, qui coûte des fortunes au système de santé, au système de justice et qui accapare tellement de temps pour nos services de police.

Don Iveson, maire d'Edmonton

Au refuge Hope Mission, Kate Halsey arrive à une conclusion partagée : Les besoins ont toujours été là, mais la pandémie a vraiment mis en lumière l’urgence de la situation.

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