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BAnQ : des trésors d’archives sortis de leur réserve

Voici un petit voyage dans le temps, de la Nouvelle-France aux années 1980.

Récits de voyage, de Samuel de Champlain, 1613. Collection BAnQ.

Récits de voyage, de Samuel de Champlain, 1613. Collection BAnQ.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BAnQ

On n’imagine pas deux secondes ce que les tiroirs sécurisés de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) peuvent contenir de trésors. Vieilles cartes géographiques, livres imprimés il y a quatre siècles, affiches militantes des années 1960 et 1970, photographies en noir et blanc du quartier chinois ou de la Main...

À l’occasion de sa soirée de collecte de fonds il y a quelques jours, l’établissement a sorti quelques trésors de sa réserve, où ils sont soigneusement préservés de l’air et de la lumière, pour nous les faire découvrir.

L’historien Jean-François Palomino, l’archiviste Hyacinthe Munger et la bibliothécaire Danielle Léger, à BAnQ Rosemont-La Petite Patrie, à Montréal.

L’historien Jean-François Palomino, l’archiviste Hyacinthe Munger et la bibliothécaire Danielle Léger, à BAnQ Rosemont-La Petite Patrie, à Montréal

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Leur point commun : la diversité culturelle du Québec, qu’il s’agisse de présence autochtone ou de vagues d’immigrants. Témoins précieux et fragiles de notre histoire collective, ces fonds d’archives, bien qu’imparfaits ou incomplets, nous renseignent sur le regard des humains qui nous ont précédés.

Voici un petit voyage dans le temps, de la Nouvelle-France aux années 1980.

Vous avez ici une des premières cartes qui représentent le territoire nord-américain.

Samuel de Champlain, «Carte geographique de la Nouvelle Franse», Paris, 1612.

Samuel de Champlain, « Carte geographique de la Nouvelle Franse », Paris, 1612.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BanQ

C’est une carte établie par Samuel de Champlain, publiée et pliée dans ses Récits de voyages, un livre doré sur tranche imprimé en 1613 à Paris.

Elle indique le fleuve Saint-Laurent, les lacs, le poste colonial de Québec et l’emplacement de différents peuples autochtones, comme les Montagnais, le nom donné par Champlain aux Innus.

Il faut chercher pour trouver montreal, inscription très discrète au nord du lac de Champlain.

Au bas de la carte de la Nouvelle-France de Champlain de 1612 se trouvent des illustrations des premiers habitants et de la flore.

Au bas de la carte de la Nouvelle-France de Champlain de 1612 se trouvent des illustrations des premiers habitants et de la flore. Collection BAnQ.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BAnQ

Remarquez le dessin extrêmement fin. Il a été gravé sur une plaque de cuivre avant d’être imprimé sur un papier de chiffon très bien préservé.

Les illustrations de la faune et de la flore étaient une façon pour l’explorateur de faire connaître à ses lecteurs, en particulier au roi de France, les richesses de ce territoire qu’on souhaitait coloniser outre-mer.

Le premier livre publié au Québec en langue autochtone, en 1767, est un livre de prières du père Jean Baptiste de Labrosse, traduit en innu pour mieux convertir à la religion catholique ceux que les colonisateurs appelaient les sauvages.

Livre de prières traduit en innu, Jean Baptiste de Labrosse, Nehiro-iriniui aiamihe massinahigan, 1767, collection BAnQ.

Livre de prières traduit en innu, Jean Baptiste de Labrosse, Nehiro-iriniui aiamihe massinahigan, 1767, collection BAnQ.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / Myriam Fimbry

Extrêmement rare, ce livre fait partie du volet canadien du registre de la mémoire du monde de l’UNESCO.

Lorsque la poétesse innue Joséphine Bacon a vu la retranscription en innu du nom de l’auteur, elle a éclaté de rire. Le mot le plus proche de brosse en innu, c’est balai. Ce qui fait que monsieur Labrosse est devenu dans l’ouvrage monsieur Balai!

Un saut dans le temps

Cette carte postale décrit l’arrivée au quai Alexandra, au port de Montréal, de voyageurs et d’immigrants en provenance d’Europe, vers 1910.

«Montreal, Allan Line Wharf», carte postale vers 1910. Collection BAnQ.

« Montreal, Allan Line Wharf », carte postale, vers 1910. Collection BAnQ.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BAnQ

On y voit le hangar de la compagnie de transport maritime Allan Line. Des voitures à cheval sont prêtes pour le chargement des bagages des voyageurs.

La traversée de l’Atlantique en bateau à vapeur durait cinq à six jours.

Des dizaines de milliers d’immigrants sont venus ainsi des îles britanniques, mais aussi d’Ukraine, de Pologne, de Hollande, de Belgique, de France et d’Italie, pour ne citer que les principaux pays d’origine.

L’affiche de la compagnie de transport Allan Line montre un bateau à vapeur arrivant à Québec, vers 1914. «Allan Line Royal Mail : express weekly service to and from Canada». Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’affiche de la compagnie de transport Allan Line montre un bateau à vapeur arrivant à Québec, vers 1914. « Allan Line Royal Mail : express weekly service to and from Canada ».

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BAnQ

Québec a été très longtemps la principale porte d’entrée des immigrants. On voit sur cette affiche promotionnelle l’arrivée d’un énorme bateau à vapeur au Cap Diamant, au pied de la Citadelle et du château Frontenac, dont la tour centrale sera construite plus tard.

Images d'immigrants

Conrad Poirier, photographe-reporter pour divers journaux, a sillonné les rues de Montréal des années 1930 à 1960, documentant en noir et blanc la vie de différents quartiers, comme ici le quartier chinois.

Le quartier chinois en février 1940, photographie de Conrad Poirier. Collection BanQ.

Le quartier chinois en février 1940, photographie de Conrad Poirier. Collection BanQ.

Photo : BAnQ / Bibliothèque et Archives nationales du Québec

À l’époque, on y trouve surtout des restaurants et des boutiques, des lieux de rassemblement pour la communauté chinoise qui n’habite pas sur place mais dans des quartiers alentour.

Le photographe de l’Office du film du Québec (1941-1983) Henri Rémillard a remonté le boulevard Saint-Laurent pour faire des portraits de commerçants, en 1979.

Ici, un boulanger portugais en chemise blanche, des pains plein les bras, quelques années après la chute de Salazar au Portugal. L’immigration portugaise à Montréal répondait à des enjeux politiques et économiques.

Le boulanger de la pâtisserie portugaise «Notre maison», boulevard Saint-Laurent à Montréal. Photographie de Henri Rémillard, 1979, Office du film du Québec. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le boulanger de la pâtisserie portugaise Notre maison, boulevard Saint-Laurent à Montréal. Photographie d'Henri Rémillard, 1979, Office du film du Québec.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BAnQ

Dans les années 1960 et 1970, les mouvements sociaux se multiplient. Des réfugiés politiques installés à Montréal publient des affiches militantes.

L’Association des Chiliens de Montréal soutient la lutte antifasciste du peuple, alors que le dictateur chilien Augusto Pinochet arrive au pouvoir en 1973.

Des affiches militantes des communautés chilienne et espagnole de Montréal dans les années 70.

Des affiches militantes des communautés chilienne et espagnole de Montréal dans les années 1970. Collection BAnQ

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BAnQ

De leur côté, des opposants au général Franco en Espagne, dans cette affiche publiée par l’Assemblée républicaine de Montréal, souhaitent voir leur pays retourner vers la paix et la démocratie.

Ces documents offerts à BAnQ sont rares, parce que le dépôt légal pour les affiches ne date que de 1992 au Québec.

Un politicien poète

Le poème Tango de Montréal est inscrit en grands caractères sur un mur à la sortie du métro Mont-Royal.

Ce qui est moins connu, c’est que l’auteur, Gérald Godin, l’a griffonné en 1980 sur un papier administratif lorsqu’il était ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration. Le brouillon est conservé précieusement par BAnQ.

La genèse du poème Tango à Montréal, sur un papier administratif, puis à droite, tapé à la machine. Collection BAnQ.

La genèse du poème « Tango à Montréal », sur un papier administratif, puis à droite, tapé à la machine. Collection BAnQ.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / Myriam Fimbry

« Sept heures et demie du matin, métro de Montréal 

c’est plein d’immigrants

ça se lève de bonne heure 

ce monde-là

Le vieux cœur de la ville battrait-il donc encore 

grâce à eux?  

Ce vieux cœur usé de la ville

avec ses spasmes

ses embolies

ses souffles au cœur

et tous ses défauts

Et toutes les raisons du monde qu’il aurait 

de s’arrêter. 

De renoncer. »

Gérald Godin, photographié en 1969 par Gabor Szilasi. Collection BAnQ.

Gérald Godin, photographié en 1969 par Gabor Szilasi. Collection BAnQ.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / BAnQ

Gérald Godin a été journaliste et directeur des éditions Parti Pris, puis député de Mercier, un quartier multiethnique de Montréal.

C’est l’un des premiers hommes politiques à avoir reconnu l’apport immense de l’immigration à la société québécoise.

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