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Le point sur la dette fédérale et sa source de financement

Depuis le début de la pandémie, les programmes d'aide fédéraux et les milliards de dollars qui les accompagnent se sont multipliés. D'où viennent tous ces milliards?

Chrystia Freeland, de profil, devant des drapeaux canadiens

La vice-première ministre et ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, présentera sa première mise à jour économique le 30 novembre.

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

Lundi, la mise à jour économique de la ministre des Finances Chrystia Freeland nous donnera un meilleur aperçu du déficit fédéral historique prévu cette année. La Prestation canadienne et la Subvention salariale d’urgence ainsi que d’autres aides de toutes sortes, conjuguées à une perte de revenus, ont plongé les finances publiques dans le rouge.

Selon les dernières estimations faites par le directeur parlementaire du budget, le déficit atteindrait les 329 milliards de dollars. La dette brute passerait ainsi de 721 milliards à 1050 milliards de dollars. Vous avez bien lu : plus d’un billion de dollars!

Les déficits s’accumuleront ensuite pendant plusieurs années, bien que dans une moindre mesure. Dans cinq ans, la dette se chiffrerait à 1300 milliards.

Un rapport dette/PIB acceptable

Mais il faut avant tout s’attarder au rapport dette/produit intérieur brut avant de s’émouvoir devant l’ampleur des chiffres. Si la tendance se maintient, notre dette s’établira à plus ou moins 48 % de la taille de notre économie; ce rapport était de 31 % l’année dernière, le plus faible parmi les pays du G7 qui ont un rapport moyen de 100 %.

François Delorme, économiste et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, explique l’importance de ce rapport en donnant l'exemple de deux personnes qui gagnent des revenus de 40 000 $ et 100 000 $ respectivement et qui auraient une dette de 10 000 $.

Le rapport dette/revenus serait de 25 % dans le premier cas. Pour la seconde personne, de 10 %, donc sa capacité de payer est beaucoup plus élevée. Je n’utilise jamais les chiffres en valeur absolue, dit-il.

On voit bien que le ratio dette/PIB du Canada est dans des proportions acceptables.

François Delorme, économiste et chargé de cours, Université de Sherbrooke

Nous avions ainsi en début de pandémie une bonne marge de manœuvre. Nous voilà maintenant avec une certaine marge de manœuvre. Récemment, le directeur parlementaire du budget évoquait dans un rapport que le gouvernement canadien pourrait augmenter les dépenses ou réduire les impôts – ou une combinaison des deux – à hauteur de 19 milliards de dollars avant que nos finances ne deviennent insoutenables.

L’heure n’est pas à l’austérité, déclarait le premier ministre Justin Trudeau dans son discours du Trône. Et à la fin du mois d'octobre, dans une allocution devant le Forum mondial de Toronto, la ministre Chrystia Freeland prévenait qu'il est plus dangereux et pourrait être plus coûteux d’en faire trop peu que d’en faire trop, tout en indiquant qu’il y a une limite et pas de chèque en blanc.

Avec les taux d’intérêt près de zéro, les frais d’intérêt payés sur la dette devraient d’ailleurs diminuer cette année par rapport à l’année dernière de 24 à 22 milliards de dollars.

Une crise payée par des obligations

Pour financer ses dépenses, le gouvernement canadien a émis une quantité phénoménale de bons du Trésor et d’obligations. Il s’agit de titres de dettes que l’État sera obligé de rembourser à court, moyen ou long terme, moyennant un intérêt.

Ce sont normalement les banques, caisses de retraite, compagnies d’assurances, investisseurs et particuliers qui achètent ces titres. Cette fois-ci, notre banque centrale a pris le relais en mettant la main dessus à coup de milliards de dollars. La source de son propre financement : des crédits qu’elle donne en contrepartie aux banques canadiennes qui ont un compte chez elle.

En conséquence, la Banque du Canada contribue à maintenir les taux d’intérêt bas et crée de l’argent que les institutions financières peuvent ensuite prêter aux ménages et aux entreprises plus facilement.

Le nom de cette procédure exceptionnelle : l’assouplissement quantitatif.

Le bilan de la banque est passé de 120 à 550 milliards de dollars depuis le début de l’année, car elle a en plus racheté des milliards de dollars en actifs divers pour soutenir les marchés financiers. Depuis son sommet, ce bilan baisse progressivement; il est maintenant de 537 milliards.

On a utilisé la Banque du Canada pour financer la dette du gouvernement, résume François Delorme. C’est la façon par laquelle nous avons financé la crise pandémique.

Sur le radar : l'inflation

Il faudra maintenant surveiller jusqu’à quel point le gouvernement de Justin Trudeau a l’intention de profiter de la faiblesse des taux d’intérêt pour continuer d’emprunter et de réinvestir dans l’économie.

De nouveaux programmes sociaux sont en plus attendus, dont une subvention pour des places en garderie et un régime d’assurance-médicaments universel.

À terme, l’injection d’argent pourrait exercer une pression sur les prix – la demande augmentant plus vite que l’offre – et entraîner un risque inflationniste. Le danger, c’est qu’on déclenche de l’inflation, indique M. Delorme. C’est pour ça qu’on dit qu’il y a une limite et que nous devrons revenir à des méthodes conventionnelles.

Pour limiter la hausse de l’inflation, la Banque du Canada devra tôt ou tard hausser son taux directeur, qui a une incidence sur les autres taux d’intérêt. Les frais financiers du gouvernement comme des particuliers deviendront plus lourds à soutenir, à moins qu’une nouvelle politique fiscale vienne resserrer la marge de manœuvre des Canadiens.

Le gouverneur de la Banque du Canada défend les achats d’obligations

Le gouverneur de la Banque du Canada a présenté jeudi une défense détaillée de l'opération d'achats d'obligation de la banque centrale, affirmant qu'elle visait à réduire les coûts d'emprunt dans tout le pays.

La banque centrale détient maintenant un peu moins du tiers de la dette fédérale, et elle estime qu'elle peut encore augmenter ces achats avant que cela ne nuise aux marchés du crédit.

Mais ces achats ont placé le gouverneur Tiff Macklem sur une sellette politique, les conservateurs du Parlement ayant reproché à la banque centrale de sembler trop à l'aise avec les libéraux au pouvoir.

Lors d'une comparution devant le comité permanent des finances de la Chambre des communes, M. Macklem a affirmé que la banque ne finançait pas le gouvernement fédéral, mais qu'elle réduisait le coût de l'emprunt pour les ménages et les entreprises.

Selon lui, la banque centrale cessera d'acheter des obligations de l'État une fois la reprise bien amorcée, ce qui devrait se produire avant que l'inflation ne renoue avec la cible de 2 % privilégiée par la banque.

Avec les informations de La Presse canadienne

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