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La pandémie complique l’apprentissage de la lecture, selon une étude

Un enfant allongé lit un livre.

L'étude de l'Université de l'Alberta s'est notamment intéressée à la progression d'élèves en difficulté durant la fermeture des écoles (archives).

Photo : iStock

Émilie Vast

Un chercheur de l’Université de l’Alberta a comparé les compétences en lecture d’élèves avant la fermeture des écoles à cause de la COVID-19 et après la rentrée scolaire. Il a constaté que, durant cette période, les élèves en difficulté et les élèves les plus jeunes ont accumulé du retard.

George Georgiou, professeur de psychologie éducationnelle à l'Université de l'Alberta et directeur du J.P. Das Centre, consacré aux troubles du développement et de l’apprentissage, s’est tout d’abord intéressé à 409 élèves albertains qui avaient de la difficulté à lire en 1re année.

Il a comparé leurs résultats à des tests effectués en janvier, quelques semaines avant le confinement, et à la rentrée, en septembre.

Au retour en classe, seuls 80 d’entre eux lisaient avec un niveau [de début] de 2e année, dit M. Georgiou. C’est très peu, et cela aurait dû être l’inverse. Normalement, seuls 80 enfants auraient dû avoir encore des difficultés à lire.

D’un niveau à l’autre, le nombre d’élèves ayant des difficultés à lire est censé diminuer, car l’école leur fournit l’aide dont ils ont besoin. Mais à cause de la fermeture des écoles, ces élèves n’ont pas eu cette aide, explique-t-il.

Plus d’inégalités

Ce que ces résultats montrent, c’est que les élèves qui avaient des difficultés en ont plus avec la pandémie, résume Thierry Karsenti, professeur à la faculté des sciences de l'éducation de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation.

Ces difficultés en lecture s'expliquent par un ensemble de facteurs, et le premier, pour moi, ce sont les iniquités sociales qui ont été largement exacerbées par tout le contexte de la pandémie et de l'apprentissage en ligne, dit-il. Ilcite notamment l’accès à du matériel informatique, à l'Internet et à de l’aide à domicile.

George Georgiou a également analysé les résultats de plus de 35 000 élèves albertains à des tests de lecture, pas seulement des élèves en difficulté. Les niveaux allaient de la 1re à la 9e année. Le chercheur a comparé leurs résultats d’une année scolaire à l’autre.

George Georgiou devant un rayonnage de livres.

George Georgiou souligne que les premières années sont déterminantes pour l'apprentissage de la lecture.

Photo : Université de l'Alberta

Selon ses conclusions, en arrivant en 2e ou en 3e année, les élèves avaient, en moyenne, de 6 à 8 mois de retard par rapport au niveau qu’ils auraient dû avoir. Au-delà de la 4e année, malgré la fermeture des écoles, les élèves avaient en moyenne entre 2 et 4 mois d’avance sur le niveau requis.

Les plus jeunes enfants ont besoin de consignes explicites [et d’une pratique intensive] et à cause de la fermeture des écoles, ils n’en ont pas eu. C’est pourquoi ils ont continué d’éprouver des difficultés à lire, dit-il. À l’inverse, les enfants plus âgés, à partir de la 4e année, sont déjà des lecteurs autonomes.

S’il manque certaines bases, on ne peut pas bien continuer et poursuivre dans les habiletés de lecture parce que ce sont vraiment des notions qui sont cumulatives et hiérarchiques, explique Caroline Erdos, orthophoniste de formation et consultante à la Commission scolaire Sir-Wilfrid-Laurier, à Rosemère, au Québec.

Pour pouvoir se rendre à un niveau plus élevé et pouvoir accéder au but ultime, qui est de comprendre ce qu’on lit, il faut maîtriser les bases, explique-t-elle.

Des années décisives

Des études montrent que la période comprise entre la 1re et la 3e année est la fenêtre optimale pour aider ceux qui ont du mal à lire [...] Si l’on ne résout pas le problème avant [la fin de] la 3e année, 75 % de ces enfants continueront d’avoir du mal à lire tout au long de leur vie, explique George Georgiou.

Thierry Karsenti ajoute que la lecture joue un rôle majeur dans toutes les matières et, donc, dans la réussite scolaire. On dit que la réussite en mathématiques s’explique à 35 % par la capacité de l'élève à bien lire le problème qui est posé, précise-t-il.

Thierry Karsenti sur un plateau de télévision.

Thierry Karsenti rappelle que la lecture est essentielle pour la réussite scolaire.

Photo : Radio-Canada

Selon George Georgiou, une des conséquences potentielles de ce retard en lecture est l'augmentation du décrochage scolaire : Des études montrent que la majorité des élèves qui abandonnent l’école ont des difficultés à lire.

Ce qui est clé, c’est de faire des dépistages ou des évaluations qui vont nous guider pour savoir où se situe exactement la lacune pour l’élève, dit Caroline Erdos.

Si on a un élève qui ne maîtrise pas le son des lettres, il faut travailler uniquement cela. Si on travaille sur le vocabulaire qui va être très aidant pour un élève qui a des difficultés de compréhension, cela ne va pas aider cet élève-là qui n’a pas le son des lettres. Il faut vraiment être ciblé dans nos interventions.

Thierry Karsenti rappelle, lui aussi, l'importance du travail individuel ou en petits groupes pour les élèves en difficulté.

M. Georgiou conseille aux parents de lire avec leurs enfants entre 20 et 30 minutes par jour, ce qui est l a durée optimale, selon les études.

Il ne s’agit pas seulement de lire, mais de leur poser des questions de compréhension, de leur expliquer le vocabulaire, de leur demander d’imaginer une autre fin pour l'histoire ou un autre début.

L’étude de George Georgiou est en cours d’examen en vue d’une publication dans le Reading League Journal.

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