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Attaque au camion-bélier : Alek Minassian a-t-il feint l'autisme?

Un psychiatre soutient que le prévenu ne joue pas la comédie comme le laisse entendre la Couronne

Le portrait d'un homme

Alek Minassian (Photo d'archives)

Photo : LinkedIn

Jean-Philippe Nadeau

Le Dr John Bradford a mis fin à son témoignage vendredi au procès d'Alek Minassian, qui est accusé relativement à l'attaque au camion-bélier qui a fait 10 morts et une quinzaine de blessés en 2018 à Toronto. La Couronne laisse entendre que le prévenu lui a menti au sujet de son appartenance au groupe des Incels.

Selon elle, Alek Minassian a affirmé aux policiers, peu de temps après son arrestation, faire partie de ce groupe, alors qu'il l'a nié aux experts qui l'ont examiné en détention.

Une illustration judiciaire qui montre le procureur de la couronne.

Le procureur de la Couronne, John Rinaldi.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Procureur John Rinaldi redemande donc au Dr Bradford si l'accusé éprouve bien des sentiments d'appartenance au groupe réputé pour son aversion à l'endroit des femmes.

Le psychiatre répond qu'il ne pense pas que le prévenu soit particulièrement convaincu des croyances associées à la mouvance des Incels.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian assiste aux audiences virtuelles du Centre de détention du sud de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Qu'en est-il de sa haine au sujet des Chads et des Stacys? [des hommes et des femmes attrayants, ndlr], s'interroge Me Rinaldi.

Le Dr Bradford répète que le prévenu a nié qu'il appartenait aux Incels et qu'il ne lui a jamais fait part de sa haine pour les femmes. Il m'a avoué qu'il n'était pas enragé, mais déçu par les femmes, dit-il.

Dans son droit de réplique, la défense demande au Dr Bradford s'il a visionné la vidéo d'Elliot Rodger, le fondateur allégué des Incels, avant qu'il ne commette le massacre du campus de Santa Barbara.

Non, mais Rodger était beaucoup plus colérique et beaucoup plus vindicatif [qu'Alek Minassian] et certains ont soupçonné qu'il était atteint du syndrome d'Asperger, lui répond le médecin.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

L'avocat Boris Bytensky lui demande alors si son client a été constant dans ses réponses et quelle aurait alors été sa motivation à mentir au détective Thomas lors de son interrogatoire, le soir du 23 avril 2018.

Le psychiatre rétorque que les réponses que le prévenu a données au poste de police sont importantes dans la mesure où elles ont été formulées 10 heures seulement après l'attaque de la rue Yonge.

Il ajoute que le prévenu a été de façon générale cohérent dans ses réponses lors des tests qui lui ont été administrés, mais qu'il n'a certes pas joué la comédie en feignant d'être atteint d'autisme.

En ce sens, il doute qu'Alek Minassian ait fait exprès de saboter les examens psychiatriques des experts.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy de la Cour supérieure de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Bradford conclut que le cas d'Alek Minassian est unique, parce que l'accusé ne présente aucune comorbidité d'une maladie mentale associée aux spectres de l'autisme, qu'il a perpétré un massacre de masse et qu'il ne s'est pas enlevé la vie par la suite, contrairement à d'autres avant lui.

Questions sur la psychopathie

La magistrate Anne Molloy lui demande si Alek Minassian éprouve des sentiments de colère réprimés.

Le Dr Bradford affirme que le prévenu n'a montré aucune colère, ni aucune haine, si ce n'est qu'il a porté presque toute son attention sur Elliot Rodger et la rébellion des Incels contre les Chads et les Stacys.

Le psychiatre ajoute en outre que les documents qui ont été retrouvés dans les ordinateurs de l'accusé ne lui permettaient pas de calculer le nombre d'heures qu'il a passées sur Internet avant l'attaque. Il est seulement doué pour l'informatique, dit-il.

Une illustration judiciaire du docteur Bradford.

Le Dr John Bradford est une sommité en psychiatrie au Canada

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Au sujet de la relation entre l'autisme et la psychopathie, le Dr Bradford explique qu'il existe parfois une comorbidité dans une telle relation, en particulier si l'individu psychopathe consomme des substances.

Le Dr Bradford a par ailleurs répété qu'il n'était toutefois pas un spécialiste de l'autisme. Il ajoute que les recherches sur les comorbidités associées aux spectres de l'autisme sont encore récentes et qu'elles ne datent que de 2013.

Peut-on être psychopathe sans être criminellement responsable de ses actes?, s'interroge alors la juge. Le médecin répond par l'affirmative en citant un cas particulier de la jurisprudence, mais il souligne qu'il n'y croit pas et que la communauté psychiatrique n'y souscrit pas non plus.

Le Dr Bradford précise qu'un psychopathe peut comprendre que ce qu'il a commis est mal d'un point de vue moral et que certains d'entre eux en tirent même un malin plaisir, mais qu'ils ne s'en soucient guère.

Le psychiatre dit qu'il savait en rencontrant Alek Minassian qu'il ne remplissait pas les critères des tests sur la psychopathie, mais qu'il était important de les lui administrer.

Une illustration judiciaire de la salle de débordement virtuelle.

Une salle de débordement a été aménagée à l'intention du public pour qu'il puisse assister au procès sur grand écran tout en respectant les consignes sanitaires de la Ville de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le contre-interrogatoire du Dr John Bradford a été bref, puisque la Couronne a déjà entendu ce qu'elle souhaitait entendre dans ce procès.

Le psychiatre a effectivement révélé jeudi qu'Alek Minassian ne remplissait aucun critère conventionnel de la non-responsabilité criminelle, ce que la Couronne tentera de démontrer, lorsqu'elle appellera à son tour ses propres experts sur la question.

Me Bytensky compte appeler à compter de lundi son dernier témoin, le Dr Alexander Westphal. Ce psychiatre américain est un témoin clef de la défense, le seul qui ait confirmé qu'Alek Minassian ne devrait pas être tenu criminellement responsable de ses actes.

Le Dr Westphal a déjà été cité par la Couronne au début du procès, lorsqu'il a écrit dans un rapport que l'accusé fait preuve d'un comportement autistique et non psychotique, mais que sa façon de penser ressemble davantage à celle d'un individu en état de psychose.

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