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Analyse

Doug Ford n’a pas besoin de contrat moral pour les Fêtes

Doug Ford lors de son point de presse quotidien.

Doug Ford lors de son point de presse quotidien

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

ANALYSE | À un mois des Fêtes, Doug Ford présente finalement son plan, et celui-ci se résume en une courte phrase : les rassemblements ne seront pas autorisés, à moins d’accueillir une personne qui vit seule.

Québec promet toujours, de son côté, deux réunions familiales dans la mesure du possible. Le plan est étoffé, mais ses détails changent sans cesse. Ce n’est pas noir ou blanc, dit François Legault. La quarantaine n’est plus obligatoire. Il faut faire preuve de jugement. En même temps, le contrat moral pourrait tomber à l’eau si la courbe ne fléchit pas.

Pour Doug Ford, le risque est trop grand, et l’évolution des cas de COVID-19, trop volatile. En évitant de se mouiller, il évite une patate chaude.

Il faut dire que le plan Noël obsède plus les Québécois que les Ontariens. L’enjeu domine les panels politiques et les points de presse de François Legault. Après des mois de sacrifices, le Québec a grand besoin de souffler.

En Ontario? Silence quasi radio. Contrairement à leurs homologues québécois, les journalistes de la galerie de la presse à Queen’s Park ou les grands quotidiens torontois s'intéressent peu au sujet. La nouvelle est presque passée dans le beurre.

Peu de gens retenaient leur souffle, de toute façon. L’évolution des cas demeure très précaire. Les hôpitaux débordent à Peel, et l'équilibre est fragile ailleurs. Les Ontariens semblent comprendre qu’il est prématuré de faire des prévisions pour Noël.

Pourtant, la situation n’est guère plus reluisante au Québec. Les cas n’explosent pas plus en Ontario qu’au Québec, malgré ce qu’affirment certains commentateurs politiques. Les hôpitaux hors du Grand Montréal risquent de déborder en pleine période des Fêtes, selon l’Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS).

François Legault, le ministre de la Santé, Christian Dubé, et le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec, s'adressent aux journalistes.

Le premier ministre du Québec, François Legault, en point de presse vendredi

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les Ontariens sont-ils plus dociles, moins impatients? Peut-être. François Legault a dû plier sous la pression et donner des réponses aux Québécois, quitte à rajuster le tir. Même chose dans plusieurs pays d’Europe. Doug Ford, lui, a laissé faire la carotte parce qu’un contrat moral lui aurait causé des maux de tête.

Is Christmas cancelled?

Beaucoup plus d’Ontariens que de Québécois célèbrent Hanoukka, Divali et le Nouvel An chinois, surtout dans les grandes banlieues de Toronto. Ces communautés, qui ont voté majoritairement pour Doug Ford, auraient crié à l’injustice. Certes, elles l’ont fait au Québec, mais ça n'allait pas ébranler François Legault.

Doug Ford, en fervent catholique, est beaucoup plus sensible aux droits religieux, mais il tente aussi d'éviter les flops de communication qui l’ont mis dans l’embarras depuis mars.

À Pâques, Doug Ford a interdit les déplacements entre régions, mais s’est rendu à son chalet pour vérifier l’état de sa plomberie. À la fête des Mères, il a accueilli deux de ses filles adultes chez lui. Et à l’Action de grâces, il a encouragé les rassemblements de 10 personnes, pour ensuite se raviser. Les Ontariens se sont rassemblés quand même et les cas de COVID-19 ont augmenté.

Les Ontariens moins essoufflés

On peut présumer que les Ontariens étaient peut-être moins anxieux d’avoir des réponses rapidement pour Noël parce qu’ils avaient le droit de se rassembler jusqu’à récemment, même en zones chaudes.

À Toronto et à Peel, les gens ne sont confinés que depuis lundi, et les petits rassemblements extérieurs sont toujours permis. Ailleurs en Ontario, les gens peuvent encore accueillir jusqu’à 10 personnes à l’intérieur, même si c’est déconseillé.

Reste que l’opinion publique risque de changer à l’approche des Fêtes. Qu’on soit en Ontario ou au Québec, les gens ont plus que jamais besoin de se rassembler en famille.

Une radio locale de Toronto a d’ailleurs relayé à Doug Ford jeudi une question du public qui va revenir souvent dans les prochaines semaines : Ça risque d’être le dernier Noël de ma mère de 93 ans. Est-ce que je vais être puni si je l’invite chez moi le 25 décembre?

Si tout le monde faisait ça, ça serait un désastre dans nos foyers pour aînés, a répondu le premier ministre, en évitant de répondre à l’épineuse deuxième partie de la question. Si Doug Ford reste inflexible, toutefois, certains pourront lui reprocher de manquer d’humanité.

L’opposition à Queen’s Park l’accuse déjà d’avoir ruiné Noël en cherchant à lever les mesures sanitaires trop tôt. C’est une réelle possibilité que le confinement soit prolongé jusqu’en janvier et qu’il soit obligé de maintenir la ligne dure.

C’est un message plus sévère, qui ne prend peut-être pas au sérieux la détresse de certaines familles quant à l'éventualité de ne pas pouvoir se réunir souligne la politologue Stéphanie Chouinard, du Collège militaire royal du Canada.

Le gouvernement Legault fait confiance à la population. On donne une soupape d'échappement aux gens et on espère qu’ils vont s’en tenir à ce qu’on leur offre. L’approche de Doug Ford est plus méfiante. Est-ce que la population va se sentir plus respectée en Ontario ou au Québec? Le succès d’une approche ou d’une autre se calculera après les Fêtes, dit-elle.

L’un risque en effet de remporter son pari, et l'autre, de le perdre et de souffrir de la comparaison.

Le Doug Ford qui a volé Noël

L'éléphant dans la pièce demeure : les gens vont se rassembler quand même. François Legault a choisi d’accepter ce fait publiquement. Doug Ford danse autour de la question. Il craint peut-être que les gens prennent un pied s’il donne un pouce.

Son cabinet songe en coulisses à assouplir certaines règles dans deux semaines, comme rouvrir les salons de coiffure. Il conserve la carte des rassemblements dans son jeu si l’évolution des cas le permet. Son équipe observe ce qui se passe au Québec et fait le calcul qu’il est plus sage d’attendre.

Après tout, c’est mieux d’offrir un cadeau à la dernière minute que d’être celui qui a volé Noël après l’avoir promis en grande pompe.

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