•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le président iranien accuse Israël de l'assassinat d’un spécialiste du nucléaire

Une voiture au pare-brise criblé de balles.

Les assaillants ont fait exploser un véhicule avant d'ouvrir le feu sur la voiture de Mohsen Fakhrizadeh.

Photo : Reuters / WANA NEWS AGENCY

Radio-Canada

Le président iranien Hassan Rohani a accusé samedi Israël d'avoir agi comme « mercenaire » des États-Unis en assassinant vendredi un scientifique de haut rang dans le programme nucléaire de Téhéran. Rohani a déclaré dans un discours télévisé que l'Iran usera de représailles au moment opportun, ce que le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a réitéré sur Twitter.

Une fois de plus, les mains impitoyables de l'arrogance mondiale, avec le régime sioniste usurpateur comme mercenaire, sont souillées du sang d'un fils de cette nation, a dénoncé M. Rohani dans un communiqué publié sur son site officiel, faisant référence à l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh. L'Iran utilise en général l'expression arrogance mondiale pour désigner les États-Unis.

Mohsen Fakhrizadeh, 59 ans, a succombé à ses blessures après une attaque menée contre sa voiture avec un véhicule chargé d'explosifs et des tirs d'assaillants pris à partie par ses gardes du corps, a annoncé vendredi le ministère de la Défense.

L'équipe médicale n'a malheureusement pas réussi à le ranimer, et ce dirigeant et scientifique a accédé il y a quelques minutes au statut de martyr après des années d'efforts et de lutte, a déclaré l'état-major iranien dans un communiqué confirmant la mort de Mohsen Fakhrizadeh.

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, avait accusé dès vendredi Israël d'avoir joué un rôle dans cet acte terroriste.

Des terroristes ont assassiné aujourd'hui un éminent scientifique iranien. Cette lâcheté – avec des indications sérieuses du rôle d'Israël – montre le bellicisme désespéré de ses auteurs.

Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, sur Twitter

M. Rohani s'est engagé à ce que la mort de Mohsen Fakhrizadeh ne perturbe pas les progrès scientifiques de son pays et a affirmé que cet assassinat était dû à la faiblesse et à l'incapacité des ennemis de Téhéran d'empêcher le développement de la nation.

Il a également offert ses condoléances à la communauté scientifique et au peuple révolutionnaire d'Iran.

Dans une intervention télévisée, il a ensuite accusé l'État hébreu de vouloir créer le chaos, mais il devrait savoir que nous l'avons démasqué et qu'il ne réussira pas. La nation iranienne est trop intelligente pour tomber dans le piège de la conspiration mis en place par les sionistes, a-t-il lancé.

Le président iranien Hassan Rohani parle dans un micro avec un air déterminé.

Le président iranien Hassan Rohani accuse Israël de l'assassinat du scientifique Mohsen Fakhrizadeh.

Photo : Getty Images / -

Le ministre iranien de la Défense, Amir Hatami, a relevé à la télévision que Fakhrizadeh avait eu un rôle marquant dans les innovations de défense. Il gérait la défense nucléaire et faisait un travail considérable, a-t-il ajouté, sans autre précision.

Le département d'État américain avait indiqué en 2008 que Fakhrizadeh menait des activités et des transactions contribuant au développement du programme nucléaire de l'Iran.

À deux mois de la fin de son mandat, le président Donald Trump a sondé de hauts responsables américains sur la possibilité d'agir contre un site nucléaire iranien, affirmait le 17 novembre le quotidien américain New York Times, selon lequel ils l'en avaient dissuadé.

Donald Trump a retweeté des informations sur l'assassinat du scientifique iranien, mais sans offrir de commentaires. Ni la Maison-Blanche, ni le Pentagone, ni le département d'État, ni la CIA, ni l'équipe de transition mise en place par Joe Biden n'ont davantage commenté l'affaire.

Cet assassinat intervient moins de deux mois avant l'investiture du démocrate Joe Biden à la présidence des États-Unis.

M. Biden entend changer de posture vis-à-vis de l'Iran après les quatre années de présidence Trump, qui s'est retiré en 2018 de l'accord sur le programme nucléaire iranien signé trois ans plus tôt. Les États-Unis, dans le cadre de leur politique de pression maximale, ont ensuite rétabli puis durci les sanctions contre l'Iran.

Père du nucléaire iranien

Gros plan de Mohsen Fakhrizadeh.

Le scientifique Mohsen Fakhrizadeh dirigeait le département recherche et innovation au ministère de la Défense iranien.

Photo : Reuters / WANA NEWS AGENCY

Chef du département recherche et innovation au ministère de la Défense, Mohsen Fakhrizadeh était un personnage clé dans la sphère militaire et industrielle iranienne. Il avait déjà été qualifié par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, de père du programme iranien d'armement nucléaire.

Mohsen Fakhrizadeh était l'unique scientifique iranien qui était personnellement nommé dans l'évaluation finale du programme nucléaire iranien que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a remise en 2015.

Le scientifique de haut niveau y était notamment décrit comme l’un des maîtres d’œuvre du plan AMAD amorcé au début des années 2000 par l’Iran pour développer en secret des armes nucléaires.

Selon le gouvernement israélien, bien que le plan AMAD ait été abandonné en 2003, Mohsen Fakhrizadeh continuait de travailler à des projets spéciaux pour le compte du ministère iranien de la Défense.

Dans un discours en 2018, où il affirmait détenir une partie des archives d’un projet iranien d’acquisition d’armes nucléaires, M. Nétanyahou déclarait : Souvenez-vous de ce nom, Fakhrizadeh.

En 2008, le département d'État américain avait notamment indiqué que M. Fakhrizadeh menait des activités et des transactions contribuant au développement du programme nucléaire de l'Iran.

Acte criminel et extrêmement dangereux

L’une des rares réactions internationales à l’assassinat du scientifique iranien est venue de l’ancien patron de la CIA, John Brennan, qui a parlé d'un acte criminel et extrêmement dangereux risquant d'entraîner des représailles létales et une nouvelle phase de conflit régional.

Un tel acte de terrorisme étatique constituerait une violation flagrante du droit international et encouragerait davantage de gouvernements à mener des attaques meurtrières contre des responsables étrangers, a-t-il estimé.

M. Brennan a également exhorté l'Iran à résister à l'envie d'exercer des représailles et à attendre le retour de dirigeants américains responsables sur la scène internationale.

Depuis la bande de Gaza, le mouvement Hamas a condamné cet assassinat, qui intervient sur fond de menaces persistantes américaines et sionistes à l'encontre de la République islamique d'Iran.

Le New York Times a indiqué qu'un responsable américain et deux responsables du renseignement israélien avaient confirmé qu'Israël était à l'origine de l'attaque, sans autre détail.

Les autorités israéliennes ont refusé de commenter.

Au siège new-yorkais des Nations unies, le secrétaire général Antonio Guterres a lancé un appel à la retenue et à la nécessité d'éviter toute action qui pourrait conduire à une escalade des tensions dans la région, a signalé son porte-parole.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres

Photo : Reuters / Yana Paskova

Il y a des indications sérieuses d'une responsabilité israélienne dans l'assassinat du scientifique iranien, et l'Iran se réserve le droit de se défendre, a déclaré le pays dans une lettre envoyée vendredi au secrétaire général et au Conseil de sécurité des Nations unies.

L'Iran attend par ailleurs d'Antonio Guterres qu'il condamne fermement cet assassinat et qu'il prenne les mesures nécessaires contre ses auteurs, a écrit le représentant de l'Iran aux Nations unies, Majid Takht Ravanchi, dans la lettre.

Les capitales étrangères sont pour la plupart restées silencieuses.

Une série d’assassinats de scientifiques

Depuis une dizaine d’années, différentes attaques visant des scientifiques ont eu lieu en Iran. Chaque fois, le gouvernement iranien les a attribuées à Israël et aux États-Unis.

En décembre 2009, Téhéran avait déjà accusé ces deux pays d'avoir enlevé le physicien nucléaire Shahram Amiri, disparu en mai de la même année.

En janvier 2010, le scientifique nucléaire Massoud Ali Mohammadi a été assassiné dans la capitale iranienne. Ce physicien de renom, qui enseignait à l'Université de Téhéran et qui travaillait également pour le Corps des Gardiens de la révolution islamique, a été tué par l'explosion d'une moto piégée alors qu'il sortait de son domicile.

En novembre 2010, deux physiciens, qui jouaient un rôle important dans le programme nucléaire iranien, ont été ciblés à Téhéran par des attentats à la bombe. L'un d'eux, Majid Shahriari, a été tué.

Entre 2010 et 2012, cinq scientifiques iraniens ont été victimes d'attentats à Téhéran.

Le 12 novembre 2011, l'explosion d'un dépôt de munitions des Gardiens de la révolution dans la banlieue de Téhéran a fait au moins 36 morts, dont le général Hassan Moghadam, responsable des programmes d'armement des Pasdaran. Selon le Los Angeles Times, cette explosion était le résultat d'une opération menée par les États-Unis et Israël contre le programme nucléaire iranien.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !