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Des entreprises pénalisées par la fermeture de la frontière tirent la sonnette d’alarme

La Chambre de commerce de Windsor-Essex demande à Ottawa de revoir les critères d'admissibilité à la nouvelle subvention fédérale au loyer.

Le pont Ambassadeur photographié par un drone au-dessus de la rivière Detroit.

Le pont Ambassadeur relie les villes de Détroit au Michigan et de Windsor en Ontario.

Photo : Ed Middleton/CBC

Thalia D’Aragon-Giguère

Plus de huit mois après la fermeture de la frontière canado-américaine, les petites et moyennes entreprises situées en bordure du tracé se relèvent difficilement des contrecoups de la pandémie. Elles demandent à Ottawa de reconnaître les enjeux spécifiques des économies frontalières lourdement affaiblies par la COVID-19.

Rakesh Naidu se fait le porte-parole des entreprises qui ont pris racine dans les régions frontalières canadiennes. Le président de la Chambre de commerce de Windsor-Essex connaît bien les défis que doivent affronter les entrepreneurs locaux.

Dans le comté de Windsor-Essex, les petites et moyennes entreprises génèrent en moyenne 25 % à 30 % de leurs revenus des visiteurs américains, explique M. Naidu. La perte de ces recettes n’est pas viable pour la plupart d’entre elles.

Portrait de Rakesh Naidu souriant lors d'une réunion. Des gens sont assis autour de tables en arrière-plan.

Rakesh Naidu est président de la Chambre de commerce de Windsor-Essex (archives).

Photo : CBC/Dale Molnar

M. Naidu implore le gouvernement fédéral de revoir les critères d'admissibilité à la nouvelle subvention d’urgence du Canada pour le loyer entrée en vigueur en novembre.

Cette mesure financière couvre jusqu’à 65 % des frais de location des locaux des entreprises. Elle prévoit également une somme supplémentaire de 25 % pour les commerces durement touchés par un confinement.

Ce soutien accordé directement aux locataires est un pas dans la bonne direction, affirme M. Naidu. Il estime cependant que les entreprises frontalières devraient être en mesure de réclamer l’aide additionnelle, qu’elles soient assujetties à un confinement sanitaire ou non.

La fermeture de la frontière a causé une baisse importante des activités commerciales dans la région, insiste M. Naidu. Nous avons besoin de cette aide dès maintenant.

Un confinement économique

Dharmesh Patel, président de la région de Windsor à l’Association des restaurants, hôtels et motels de l’Ontario, appuie fermement l’initiative lancée par sa chambre de commerce régionale. Il est lui-même propriétaire du Quality Inn de Leamington.

Quand la frontière a fermé, nous avons eu des tonnes d’annulations, se rappelle M. Patel. Nous ne pensions jamais que la frontière allait être fermée aussi longtemps.

Beaucoup de nos clients viennent des États-Unis et les plus réguliers sont devenus des membres de la famille. Nous ne les avons pas vus depuis bientôt un an.

Dharmesh Patel, propriétaire du Quality Inn de Leamington

Le mois de mai est traditionnellement synonyme de profit dans la région de Windsor-Essex. Le Festival de la plume attire chaque année au parc national de la Pointe-Pelée des centaines d’ornithologues amateurs des deux côtés de la frontière.

Nous affichons généralement complet un an à l’avance et la moitié des voyageurs sont Américains, explique M. Patel. Avec l’annulation de l’événement, son établissement a essuyé une perte équivalente à 75 % de ses revenus habituels.

Cette année devait être une année record pour notre industrie, et finalement c’est une perte record que nous subissons, souligne-t-il.

Dharmesh Patel pose à l'intérieur de l'hôtel.

Dharmesh Patel est propriétaire de l'hôtel Quality Inn de Leamington et président de la région de Windsor à l’Association des restaurants, hôtels et motels de l’Ontario.

Photo : Soumise par Dharmesh Patel

M. Patel se dit reconnaissant du soutien financier accordé par Ottawa depuis le début de la pandémie. Il juge cependant que cette aide demeure largement insuffisante pour plusieurs entreprises de la région.

Depuis la fermeture de la frontière, c’est comme si nous vivions constamment en zone rouge, voire en confinement, fait-il remarquer.

Il s’agit de la principale raison pour laquelle Rakesh Naidu de la Chambre de commerce de Windsor-Essex fait pression sur le gouvernement fédéral. Il souhaite inclure les petites et moyennes entreprises frontalières dans la définition des commerces durement touchés par un confinement.

Il existe deux types de confinement. Le premier est sanitaire et le second est économique en raison de la fermeture de la frontière.

Rakesh Naidu, président de la Chambre de commerce de Windsor-Essex

Selon lui, les entreprises situées dans les communautés frontalières canadiennes sont confrontées à des défis spécifiques qui n’ont pas été pris en compte par les autorités.

Je suis très inquiet que plusieurs entreprises ne s’en sortent pas, soupire M. Naidu. Elles ont à peine réussi à surmonter la première vague que la seconde frappe déjà.

Une identité commerciale transfrontalière

Contrairement à la majorité des petites et moyennes entreprises canadiennes, les entrepreneurs qui ont élu domicile le long du 49e parallèle l’ont fait dans un esprit consciencieux des apports économiques de la frontière.

Selon Rory Ring, président de la Chambre de commerce de Sault Ste. Marie, l’accès au marché américain est un pilier du succès des entreprises établies dans la région. La municipalité ontarienne partage sa frontière avec celle du Michigan.

Les États-Unis sont notre plus grand partenaire commercial au pays et [...] les entreprises frontalières ont plusieurs occasions d’affaires, soutient-il. Il faut reconnaître que la fermeture de la frontière pose des défis importants.

Nous devons trouver un équilibre entre la santé et le bien-être économique de notre communauté.

Rory Ring, président de la Chambre de commerce de Sault Ste. Marie

À Cornwall, le président de la Chambre de commerce régionale, Greg Pietersma, souligne le caractère unique de sa communauté frontalière.

Ce n’est pas commun que la ville du côté canadien soit plus grande que celle américaine, dit-il. Dans notre cas, nous sommes la plus importante des deux côtés de la frontière.

M. Pietersma explique la manière dont leur économie régionale est fortement ancrée dans un mouvement de va-et-vient entre le Canada et les États-Unis. Les Américains traversent la frontière pour fréquenter nos boutiques, nos restaurants et nos attractions touristiques.

Bien que nous ne soyons pas en confinement total dans la région, nous avons des besoins particuliers qui sont différents de ceux des communautés qui n'ont pas de point d'entrée sur leur territoire.

Greg Pietersma, président de la Chambre de commerce de Cornwall et des environs

Si plusieurs chambres de commerce régionales de l’Ontario ont signalé leur appui à l'initiative de Windsor-Essex, Rakesh Naidu assure que son projet a déjà trouvé écho au-delà de la province.

Il est important d’inclure toutes les régions frontalières canadiennes, mentionne-t-il. En plus d’avoir en commun le plus long tracé terrestre entre deux pays, les villes frontalières partagent un esprit de solidarité et de résilience.

M. Naidu espère que son cri du cœur résonnera à son tour jusqu’au Parlement du Canada, à 800 km de Windsor.

Bien que le gouvernement fédéral assure être ouvert au dialogue, une représentante du ministère des Finances a indiqué, lors d’un entretien téléphonique, que la mesure additionnelle comprise dans la nouvelle subvention au loyer se limite aux entreprises qui sont assujetties à un confinement et qui doivent fermer leurs portes ou limiter de façon considérable leurs activités en raison d’une ordonnance de santé publique.

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