•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La France secouée par le passage à tabac d'un Noir par des policiers

L'intervention violente des policiers a été filmée et diffusée en ligne, une initiative que le gouvernement cherche pourtant à criminaliser dans certains cas. Les agents ont été suspendus et leur révocation est réclamée.

Un homme noir, masqué, marche dans la rue. Il a le bras gauche en écharpe.

Michel Zecler à son arrivée au bureau de l'Inspection générale de la police nationale, jeudi, à Paris.

Photo : La Presse canadienne / AP/Thibault Camus

Radio-Canada

La France est bouleversée par une nouvelle affaire de violence policière filmée, en plein débat sur un projet de loi controversé criminalisant la diffusion malveillante d’images tournées lors d’interventions policières.

Le scandale est arrivé après la publication par le site Loopsider d’images montrant trois policiers en train de passer à tabac un producteur de musique noir samedi, dans l'entrée d'un studio de musique à Paris.

Sur les images de vidéosurveillance de ce studio, publiées jeudi, on voit les trois policiers entrer dans le studio en agrippant Michel Zecler, puis le frapper à coups de poing, de pied ou de matraque.

Selon ces mêmes images, le producteur résiste en refusant de se laisser embarquer, puis tente de se protéger le visage et le corps. La scène dure cinq minutes.

Les policiers tentent ensuite de forcer la porte et jettent à l'intérieur du studio une grenade lacrymogène.

Des gens qui doivent me protéger m'agressent [...], je n'ai rien fait pour mériter ça, a-t-il déclaré à la presse. Je veux juste que ces trois personnes soient punies par la loi.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Des vidéos qui contredisent la version policière

Après l'interpellation, M. Zecler a dans un premier temps été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête ouverte pour violences sur personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion.

Selon leur procès-verbal consulté par l'AFP, les policiers ont affirmé l’avoir interpellé pour défaut de port du masque. Alors que nous tentons de l'intercepter, il nous entraîne de force dans le bâtiment, ont-ils écrit.

Le parquet de Paris a finalement fermé la première enquête ouverte contre M. Zecler et ouvert une nouvelle procédure contre les policiers pour violences par personnes dépositaires de l'autorité publique et faux en écriture publique.

Michel Zecler, probablement dans une clinique. Des traces de sang séché sont visibles sur son visage.

Cette photo fournie par la boîte de production Mazava montre le visage tuméfié de Michel Zecler, samedi soir, dans les heures qui ont suivi son passage à tabac.

Photo : La Presse canadienne / AP/Hafida el Ali

Le producteur de musique a d'ailleurs porté plainte au siège parisien de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Trois policiers ont depuis été suspendus, suivis d’un quatrième, soit celui qui est arrivé en renfort et qui est soupçonné d'avoir lancé une grenade lacrymogène dans le studio de musique.

Les quatre fonctionnaires ont été placés en début d'après-midi en garde à vue dans les locaux de l'IGPN.

Si nous n'avions pas les vidéos, mon client serait peut-être actuellement en prison, a résumé à l'AFP son avocate, Me Hafida El Ali.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, parrain du projet de loi controversé sur la sécurité globale, a depuis affirmé que les policiers ont sali l'uniforme de la République et qu’il demanderait leur révocation.

Le site Loopsider a par ailleurs diffusé vendredi une seconde vidéo de l'intervention policière de samedi, qui montre que M. Zecler a aussi été tabassé dans la rue par des policiers.

Le président français Emmanuel Macron en gros plan devant un drapeau de l'Union européenne.

Le président français, Emmanuel Macron a dénoncé un acte « inacceptable » qui « fait honte » à la France.

Photo : Reuters

Des images qui nous font honte, s'insurge Macron

Interpellé par cette affaire, le président français a déclaré vendredi qu'il s'agit d'une agression inacceptable.

Invoquant des images qui nous font honte, le président a demandé au gouvernement de lui faire rapidement des propositions pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations.

La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme.

Emmanuel Macron, président de la France

Ceux qui font appliquer la loi doivent respecter la loi. Je n'accepterai jamais que la violence gratuite de quelques-uns entache le professionnalisme de femmes et d'hommes qui, au quotidien, assurent notre protection avec courage, a insisté le président.

Emmanuel Macron a été très choqué par la vidéo de l'agression, a indiqué vendredi l'Élysée.

Le président a reçu jeudi son ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et lui a demandé de prononcer des sanctions très claires contre les policiers, a-t-on par ailleurs appris de source gouvernementale.

C'est après cette rencontre que le ministre de l'Intérieur a annoncé jeudi soir sur France 2 qu'il demandait la révocation des quatre policiers.

L'article 24 du projet de loi sur la sécurité globale sera réécrit

Le premier ministre Jean Castex a par ailleurs annoncé jeudi soir la création d'une commission indépendante chargée de proposer une nouvelle écriture de l'article 24 du projet de loi sur la sécurité globale.

Cet article interdit la diffusion de l'image du visage ou tout autre élément d'identification de membres des forces de l'ordre en intervention, quand elle porte atteinte à leur intégrité physique ou psychique.

Tout contrevenant, qu’il s’agisse d’un citoyen ou d’un journaliste, serait passible d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende (70 000 $ CA), selon la version adoptée mardi par l’Assemblée nationale, mais pas encore examinée par le Sénat.

Plébiscité par les syndicats policiers, le projet de loi est soutenu par la droite et l'extrême droite, mais décrié par la gauche et les défenseurs des libertés publiques, qui y voient une atteinte disproportionnée à la liberté d'informer et le signe d'une dérive autoritaire de la présidence d'Emmanuel Macron.

L'affaire, qui a éclaté jeudi, vient s'ajouter à plusieurs autres récentes mettant en cause la police, dont l'évacuation brutale, au début de la semaine, d'un camp de migrants installé place de la République.

Avec les informations de Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !