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Témoigner de son vécu pour prévenir plutôt que guérir après Noël

Le Dr Jean-Nicolas Dubé est interniste intensiviste à l'hôpital de Trois-Rivières. Il est affecté à l'unité COVID depuis mars.

Le Dr Jean-Nicolas Dubé est interniste intensiviste à l'hôpital de Trois-Rivières. Il est affecté à l'unité COVID depuis mars.

Photo : Gracieuseté CIUSSS MCQ

Depuis le mois de mars, Dr Jean-Nicolas Dubé se dévoue à l'unité des soins intensifs de COVID-19 à l'hôpital de Trois-Rivières. À moins d'un mois de Noël, il sent le besoin de sortir publiquement pour témoigner de ce qu'il voit, dans un souci de sensibilisation.

« J'en ai vu mourir, j'en ai vu très malade, j'en ai vu souffrir, énumère-t-il. Ça marque. »

Dr Dubé nous ouvre les portes de son milieu parce qu'il a vu les ravages de la COVID-19 et qu'il sait que l'équipe médicale a ses limites. « Un moment donné, on peut perdre le contrôle de cette inflammation-là et oui on en perd ».

Il sait aussi que les effectifs sont limités. « Même si les gens tombent malades et veulent se faire soigner, ça ne veut pas dire qu'on va avoir tout le matériel et le personnel pour le faire », plaide-t-il.

Faut comprendre que le système de santé, ce n'est pas un élastique qu'on peut étirer à l'infini. Un moment donné, il va y avoir une rupture si les gens ne font pas attention et qu'il y a trop de cas.

Dr Jean-Nicolas Dubé

Son meilleur conseil se résume simplement : « diminuez les contacts pour que le coût de faire Noël ne soit pas si élevé que ça ».

Il invite les gens à bien réfléchir avant de faire les plans de Noël, surtout à l'aube d'un vaccin porteur d'espoir.

« C'est très chargé dernièrement [à l'unité de soins intensifs], mais j'appréhende beaucoup pour janvier, février. J'ai très peur. J'ai très peur parce qu'il faut continuer à donner les soins. Et si partout à travers la province, on devient saturé dans tous nos soins intensifs, c'est là que ça devient un danger parce qu'il va falloir faire des choix difficiles », clame Dr Dubé.

Faire des choix difficiles, ça peut vouloir dire de choisir une vie au détriment d'une autre. Et il insiste pour dire que ce scénario est loin d'être écarté.

Ça fait partie de mes craintes. Parce que comme médecin, ça va revenir un peu à moi de choisir ces gens-là et ça j'aimerais ça ne pas vivre ça.

Dr Jean-Nicolas Dubé

« Le personnel de façon générale est fatigué. Et si le pire s'en vient, c'est sûr que ça va mettre encore plus de stress », ajoute-t-il.

Le Dr Jean-Nicolas Dubé est interniste intensiviste à l'unité de soins intensifs COVID au CHAUR de Trois-Rivières.

Le Dr Jean-Nicolas Dubé est interniste intensiviste à l'unité de soins intensifs COVID au CHAUR de Trois-Rivières.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

À Trois-Rivières, 9 lits sont consacrés à la COVID-19 en soins intensifs. Ces dernières semaines, Dr Dubé a vu l'unité fonctionner parfois au maximum de sa capacité. Des patients ont dû être transférés ailleurs dans la province pour désengorger.

« Quand j'étais étudiant, comme résident, on se prépare pour tout. C'est sûr qu'il y avait des chapitres qui existaient, comme quoi faire dans des situations de crise extrême, dit-il. Vivre avec l'inconnu, ça fait quand même partie de notre formation, mais là c'est quand même quelques crans de plus et on fait le mieux qu'on peut ».

Les patients les plus malades

« Ce qu'on voit le plus, ce sont des patients qui arrivent au bout de leur souffle, qui ont besoin de 100% d'oxygène. Puis à ce moment-là, nous on va les intuber et les brancher sur des machines pour prendre le contrôle de leur respiration », dit Dr Dubé.

Les personnes âgées sont plus à risque de développer des complications, mais ce n'est pas un absolu pour le spécialiste. « J'ai vu des jeunes, qui n'avaient aucun antécédent, et qui ont fini aux soins intensifs ».

Le problème, c'est que le virus peut avoir apporté tellement d'inflammation qu'on peut se ramasser avec un syndrome de détresse respiratoire aiguë. Les poumons viennent durs comme de la roche et ça devient très difficile de les ventiler.

Dr Jean-Nicolas Dubé

Le quart des patients atteints de la COVID-19, qui entrent dans son unité de soins intensifs, ne s'en sortiront pas. Pour les autres, il prescrit le nécessaire, mais ne garantit rien. Il faut réapprendre à respirer par soi-même.

« Le sevrage du ventilateur, c'est comme rééduquer quelqu'un qui a eu un traumatisme des jambes et qui a une béquille. Donc graduellement, on enlève cette béquille-là pour pouvoir lui permettre de respirer et de reprendre ses forces. Donc ça prend du temps, ça prend une grosse équipe », dit-il.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que quand on est très malade aux soins intensifs, branché sur des machines, même si on est inconscient, le corps humain vit un marathon, un stress intense.

Dr Jean-Nicolas Dubé

Les conséquences sont nombreuses et certaines, inconnues. « Ça gruge les muscles, ça gruge les énergies. Donc quand [les patients] vont mieux, ils se ramassent affaiblis. Ce n'est pas banal, il y en a plusieurs qui sont restés avec des séquelles ».

Dr Dubé réitère qu'on en connaît encore très peu sur la COVID-19. « Au fur et à mesure que la pandémie avance, on a découvert qu'il fait des dommages au niveau du coeur, des reins, on a vu qu'il fait beaucoup de caillots de sang dans les jambes, dans les poumons, des atteintes neurologiques aussi.

Le problème avec le virus, c'est que quand on guérit, on ne sait pas où il est rendu le virus. Est-ce qu'il est caché quelque part? Est-ce qu'il a changé notre génétique?

Dr Jean-Nicolas Dubé

Étant exposé quotidiennement au virus, il a passé le test de dépistage à trois reprises après avoir ressenti des symptômes. Trois fois négatif. Il va tout faire pour que ça reste ainsi. Si tous se rallient pour faire les efforts nécessaires, c'est le plus beau cadeau de Noël collectif que l'on puisse se faire, croit-il.

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