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La Chine voit rouge et cible le vin australien

À compter de samedi, les importations de vin australien seront soumises à des surtaxes compensatoires comprises entre 107,1 et 212,1 %.

Une femme tient une bouteille de vin.

Une femme tient une bouteille de vin australien dans un magasin de Hangzhou, dans la province du Zhejiang, en Chine orientale, le 27 novembre 2020.

Photo : Getty Images / STR

Agence France-Presse

La Chine dénonce « un préjudice important » : elle a annoncé vendredi l'imposition de lourdes mesures antidumping contre les vins australiens importés, accentuant sa pression sur l'Australie dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes.

Les relations bilatérales ont commencé à se détériorer en 2018, lorsque Canberra a exclu le géant chinois des télécoms Huawei de la construction de son réseau 5G, au nom de la sécurité nationale.

Elles se sont depuis encore tendues lorsque le premier ministre australien Scott Morrison s'est aligné sur les États-Unis, en appelant en avril à une enquête internationale sur les origines de l'épidémie de COVID-19.

Le nouveau coronavirus a été repéré pour la première fois fin 2019 dans la ville chinoise de Wuhan. Mais la Chine considère cette demande américano-australienne comme hostile et politiquement motivée.

Fin avril, l'ambassadeur de Chine à Canberra, Cheng Jingye, avait averti que la position de l'Australie sur la COVID-19 pourrait entraîner un boycottage de la part des consommateurs chinois.

Peut-être que les gens diront : "Pourquoi boire du vin australien? Manger du bœuf australien?", avait-il déclaré dans une menace à peine voilée.

Premier partenaire commercial de l'Australie, la Chine avait suspendu quelques semaines plus tard les importations de bœuf de quatre gros fournisseurs australiens, puis imposé des droits de douane de 80,5 % sur l'orge de ce pays.

Puis, en juin, Pékin a invité les touristes et étudiants chinois à éviter l'Australie, justifiant cette recommandation par des incidents à caractère raciste contre des personnes d'origine chinoise.

En août, le ministère chinois du Commerce annonçait l'ouverture d'une enquête antidumping sur l'ensemble des vins australiens importés en 2019.

Il s'agissait alors officiellement d'une demande de l'Association chinoise des boissons alcoolisées.

Le dumping, dont Pékin accuse Canberra, est une pratique qui consiste notamment à vendre à l'étranger à des prix inférieurs à ceux pratiqués sur le marché national.

Dans un communiqué publié vendredi, le ministère chinois du Commerce indique que l'enquête préliminaire montre que l'industrie viticole chinoise a subi un préjudice important.

À compter de samedi, les importations de vin australien seront donc soumises à des surtaxes compensatoires comprises entre 107,1 et 212,1 %, précise le document.

En Australie, l'inquiétude semble déjà gagner le secteur.

À l'annonce de la décision, Treasury Wine Estates, l'une des principales entreprises productrices du pays, a vu son action plonger de 11 % vendredi à la Bourse de Sydney.

L'Australie était le principal exportateur de vin vers la Chine au premier semestre de 2020 en volume, devant la France et le Chili, selon la Chambre de commerce alimentaire chinoise (CFNA).

Les exportations de vin australien vers le pays asiatique ont atteint l'an passé 1,25 milliard de dollars australiens, selon Canberra.

L'Australie défendra vigoureusement son secteur viticole contre les surtaxes imposées par Pékin, a assuré le ministre de l'Agriculture David Littleproud. Ce dernier a indiqué vouloir saisir l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

À ce contexte déjà tendu entre Pékin et Canberra s'ajoute un autre domaine de discorde : les médias.

En août, Cheng Lei, une présentatrice australienne de la télévision publique chinoise en langue anglaise CGTN, a été arrêtée en Chine au nom de la sécurité nationale. Elle est détenue depuis au secret.

Quelques semaines plus tard, deux reporters australiens ont fui le pays dans des conditions rocambolesques par peur d'être arrêtés.

Ils se sont réfugiés pour l'un à l'ambassade d'Australie à Pékin, et pour l'autre au consulat d'Australie à Shanghai. Après négociations diplomatiques, tous les deux ont accepté un interrogatoire avant d'être autorisés à quitter la Chine.

De son côté, Pékin a accusé en septembre des agents du renseignement australien d'avoir perquisitionné le domicile de quatre journalistes chinois basés en Australie, sur fond d'accusations d'espionnage.

Les correspondants avaient été interrogés, tandis que leurs téléphones, ordinateurs et tablettes tactiles de leurs enfants avaient été confisqués, selon la Chine.

Pékin avait alors fustigé des agissements barbares.

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