•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Janet Yellen, une vision qui rassure tout le monde

Janet Yellen est derrière un lutrin portant le sceau de la Fed, et devant des drapeaux des États-Unis et de la Fed.

Janet Yellen, en décembre 2017

Photo : Associated Press / Carolyn Kaster

Joe Biden devrait bientôt officialiser la nomination de Janet Yellen, ex-présidente de la Réserve fédérale américaine, à titre de secrétaire au Trésor. C'est un changement de ton qui s'annonce, notamment pour les chômeurs qui pourront compter sur une alliée de taille en 2021, l'année de tous les espoirs et, espérons-le, de tous les rebonds.

Si vous êtes invités un soir chez Janet Yellen (dans un monde où la COVID-19 sera chose du passé!), attendez-vous à parler de John Maynard Keynes, de plein emploi, de stimulation fiscale et monétaire... et de bonheur!

Janet Yellen et George Akerlof sont économistes. L'époux de Janet Yellen a reçu le prix de la Banque de Suède en sciences économiques, en mémoire d'Alfred Nobel, en 2001, pour ses travaux sur les imperfections du marché.

Dans un texte du New York Times publié en 2013, on apprend que Janet Yellen et George Akerlof ont embauché une gardienne à la maison pour leur fils, au début des années 1980. Rien de bien particulier jusqu'ici, me direz-vous, mais on ajoute qu'ils avaient, alors, fait le choix de la payer plus cher que la moyenne pour s'assurer de son bonheur et faire en sorte que leur enfant reçoive de meilleurs soins.

Cette anecdote reflète bien la philosophie de la future secrétaire au Trésor : Janet Yellen croit aux rôles des institutions comme la Réserve fédérale et le gouvernement des États-Unis pour améliorer le sort des citoyens américains et leur pouvoir d'achat. La politique monétaire, qui est menée par la banque centrale, a le pouvoir, à son avis, de stimuler l'économie, d'augmenter les dépenses, d'améliorer les salaires et de rendre l'économie plus efficace.

Favoriser le bonheur augmente la productivité, ont expliqué dans plusieurs travaux de recherche les économistes Yellen et Akerlof.

Elle est spécialisée en économie du travail, nous a expliqué l'économiste Pierre Fortin à Zone économie, le 24 novembre. C'est mon domaine de spécialisation à moi aussi. Alors, on a eu des échanges personnels au sujet du comportement des salaires au Canada et aux États-Unis lorsque le taux d'inflation était très bas. On s'est rendu compte qu'il y avait une résistance terrible à des coupes absolues de salaires. S'il y a beaucoup d'inflation, par exemple, des gens vont accepter d'avoir une hausse de salaire de 5 % plutôt que de 10 %. Mais, s'il n'y a pas de hausse de salaire et que vous leur demandez de couper 5 %, les gens vont refuser bien net. De sorte que, quand l'inflation est basse, il faut faire attention de pousser trop fort pour la baisser encore plus, parce que ça va créer beaucoup de chômage.

Keynes, au coeur de la pensée de Janet Yellen

Janet Yellen est keynésienne, du nom de John Maynard Keynes, économiste et théoricien du siècle dernier pour qui l'État a le devoir d'intervenir pour soutenir l'économie lorsque le secteur privé est en panne. Janet Yellen affirme que les marchés sont imparfaits, que les problèmes financiers ne se règlent pas tout seuls, que les gens agissent de façon irrationnelle, qu'il faut mettre en place des règles significatives pour le secteur financier et que l'État a un rôle à jouer dans l'économie.

Dès les années 1990, elle a défendu l'approche voulant que la Réserve fédérale place en priorité, à certains moments, le niveau d'emploi avant l'enjeu de l'inflation. Il y a des périodes économiques, comme en ce moment d'ailleurs, où il faut viser le plein emploi, la réduction du chômage, avant de vouloir, à tout prix, contrôler l'inflation.

Dans un autre entretien, celui-là au magazine de l'École Berkeley en 2012, Janet Yellen déclarait que son conjoint et elle-même admirent les vertus du capitalisme, mais nous croyons aussi, disait-elle, qu'il y a certaines limites aux marchés qui exigent l'intervention du gouvernement pour les faire bien fonctionner.

Janet Yellen est la première, parmi les autorités de la Réserve fédérale, à avoir soulevé l'enjeu de la bulle immobilière en 2005, qui allait conduire à la crise financière. Elle est la première à avoir annoncé la récession de 2008 et à avoir parlé de stagnation en 2009, alors que certains observateurs s'inquiétaient davantage d'une hausse de l'inflation, avec l'injection fiscale et monétaire dans l'économie.

La confiance d'une forte reprise en 2021

Plus de 10 millions d'Américains n'ont pas retrouvé l'emploi qu'ils ont perdu au début de la pandémie. La vision de Janet Yellen, couplée à la politique monétaire très accommodante de Jerome Powell à la Réserve fédérale, alimente la hausse boursière des derniers jours, qui a poussé l'indice Dow Jones au-delà de la barre des 30 000 points pour la première fois.

Elle a été surnommée dans le passé, d'ailleurs, la fée marraine du marché haussier, étant donné son engagement constant à soutenir l'économie et l'emploi lors de son passage à la tête de la Réserve fédérale. Elle va maintenir les appuis aux entreprises et aux municipalités aux États-Unis, aux chômeurs également, selon Pierre Fortin. Tout ça fait en sorte que les milieux d'affaires voient la reprise américaine comme étant quelque chose de beaucoup plus assuré que si c'était la poursuite de l'administration Trump avec le secrétaire Mnuchin. Il y a un certain enthousiasme à la voir arriver.

Première femme à diriger la Fed, bientôt première femme à la tête du Trésor américain, Janet Yellen mènera une politique fiscale qui sera, probablement, parfaitement coordonnée avec la politique monétaire de Jerome Powell. Ce dernier a déjà, d'ailleurs, exprimé publiquement l'importance d'avoir une politique fiscale forte pour soutenir l'économie, toujours ébranlée par la crise de la COVID-19.

Ce sera comme deux larrons en foire, affirme Pierre Fortin. Plutôt que de se lancer des tomates, la Réserve fédérale et le secrétariat au Trésor seront en harmonie; ils vont se donner la main avec un seul objectif : faire en sorte que l'économie reprenne, que le chômage baisse et qu'on améliore la résilience du secteur financier pour éviter qu'il y ait encore un dérapage comme ça été le cas en 2008-2009.

Janet Yellen aura pour tâche de hausser le salaire minimum fédéral à 15 $ l'heure, de faire passer le taux d'imposition des sociétés de 21 à 28 %, d'augmenter de 12,4 % la taxation des revenus dépassant les 400 000 $ par année. Elle sera en charge également de la régulation de Wall Street, des négociations commerciales internationales et de la réponse américaine aux enjeux de taxation des GAFA, les géants du web.

Une nomination bien reçue

Les acteurs des milieux financiers affirment qu'elle est exceptionnellement compétente, expérimentée, qu'elle pourra mener une politique fiscale en totale harmonie avec la politique monétaire, ce qui est une force en ces temps difficiles.

Janet Yellen comprend parfaitement le rôle de la Réserve fédérale et ne viendra pas miner sa crédibilité comme l'ont fait Donald Trump et Steven Mnuchin. Janet Yellen est un choix exceptionnel pour le poste de secrétaire au Trésor, a déclaré la sénatrice démocrate Elizabeth Warren. Elle est brillante, solide, c'est une femme de principes. Parmi les meilleures personnes à la tête de la Fed, elle s'est tenue debout devant les banquiers de Wall Street, notamment en tenant pour responsable Wells Fargo pour avoir trompé des milliers de familles.

Mme Yellen aime beaucoup le Canada, affirme Pierre Fortin. Je le sais personnellement, j'ai discuté de ça avec elle. C'est certain que ses liens avec les milieux de recherche au Canada et aussi les milieux commerciaux vont être très étroits. Évidemment, on va voir assez rapidement le changement de ton dans les relations entre le Canada et les États-Unis.

Les attentes sont élevées envers Janet Yellen. Elle arrivera avec son expérience, un bagage académique et une connaissance profonde de l'économie, loin du secteur bancaire, qui génère, la plupart du temps, les secrétaires au Trésor aux États-Unis.

Un excellent texte à lire à propos du parcours de Janet Yellen : « Yellen's Path From Liberal Theorist to Fed Voice for Jobs (Nouvelle fenêtre) » par Binyamin Appelbaum, le 9 octobre 2013, dans le New York Times.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !