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« Ça peut arriver à n'importe qui »

En entrevue à Radio-Canada, Amélie Lemieux raconte comment elle se rebâtit à la suite de la mort tragique de ses filles Norah et Romy Carpentier en juillet.

Amélie Lemieux en entrevue devant une bibliothèque

Amélie Lemieux

Photo : Radio-Canada

Quatre mois après le « drame de Saint-Apollinaire », la maman de Norah et Romy Carpentier estime que cette tragédie était imprévisible. En entrevue à Radio-Canada, Amélie Lemieux confie que les questions restent nombreuses, mais elle apprend à lâcher prise. Elle invite la population à faire de même.

Vivre ou mourir? Amélie Lemieux admet s’être posé la question, au cours des derniers mois. Est-ce que je vais rejoindre ma famille ou je continue? J'ai décidé de continuer, explique-t-elle pour la première fois depuis les événements de juillet, alors que Martin Carpentier tuait ses deux filles, Norah et Romy, à la suite d’un accident de voiture.

La douleur est cependant toujours vive et la peine tellement grande que, pour continuer, elle doit accepter qu’il restera toujours des trous dans l’histoire. C'est un deuxième deuil. Je dois faire le deuil de ne pas avoir de réponse.

Amélie Lemieux est convaincue que si c'est arrivé à Martin [Carpentier], ça peut arriver à n'importe qui. Rien ne laissait présager quoi que ce soit lorsqu’elle l’a vu plus tôt dans la journée.

Martin, ses filles, c'était toute sa vie. C'était papa, le héros. Mes filles étaient en sécurité. Jusqu'au moment de l'accident. Après, on comprend pas. C’est là qu'il faut lâcher prise.

Amélie Lemieux

La mère éplorée veut que la population sache que rien de tout ça n’était prévisible. On ne comprendra pas, dit-elle avec résilience.

C’est ce que je demande à ma famille, à mes amis, à tous ceux que je vais côtoyer : pardonnez à Martin.

Amélie Lemieux admet avoir été en colère contre Martin Carpentier. Elle se souvient notamment d’avoir explosé une fois, dans la voiture. Je hurlais totalement. Je criais : "Pourquoi tu as fait ça, pourquoi tu m'as fait ça?" Mais après, je ne me sentais pas bien.

Deux policiers de dos, avec un chien, marchent dans un champ.

« Norah et Romy sont un peu devenues les enfants du Québec. Elles sont devenues les enfants les plus recherchées. J'ai prêté mes enfants à la population pour qu'on les retrouve », estime leur mère Amélie Lemieux.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Martin n'est pas juste un geste

À ceux qui se demandent comment elle peut pardonner à l’homme qui lui a arraché ses deux enfants, elle répond que Martin [Carpentier], c'est vraiment une bonne personne.

Amélie Lemieux raconte qu’ils étaient mariés depuis 11 ans. Séparés depuis 2015, ils n’avaient pas divorcé. On avait une très bonne [entente]. Je l'ai choisi pour être le père de mes enfants. C'était le meilleur père au monde, insiste-t-elle.

J'ai séparé l'homme du geste parce que Martin a toujours pris soin de moi, a toujours pris soin de ses enfants. Il les a toujours aimés. J'ai jamais manqué de rien, même quand je suis partie, ajoute-t-elle.

Leur dernière journée

C’est d’ailleurs avec le sourire qu’Amélie Lemieux se souvient des heures qui ont précédé l’accident du 8 juillet. Elle raconte qu’elle était avec ses filles. Norah et Romy ont passé la journée avec leurs cousins et cousines.

Amélie Lemieux se souvient aussi avoir passé un moment avec Martin, ce jour-là.

On a parlé des enfants, on a magasiné des trucs en ligne parce que Norah avait besoin de vêtements. Il a soupé avec mes parents et il allait juste manger une crème glacée, raconte-t-elle.

J'ai le souvenir de Norah qui danse sur le terrain pour faire rire ses cousines. Le chien qui a pété un ballon, Romy s'est mis le ballon sur la tête.

Romy, Norah et Martin Carpentier.

Romy, Norah et Martin Carpentier

Photo : Radio-Canada

Des journalistes dans les buissons

Amélie Lemieux dit avoir été renversée par la vague d’empathie, d’amour et de soutien du public. Je n’ai pas répondu à tous les messages, mais je veux juste dire à la population que je les ai lus. Je suis très reconnaissante de leur amour, de leur aide.

En contrepartie, elle raconte qu’elle a affronté beaucoup de maladresse et de méchanceté.

C'est un drame qui a touché tout le monde. Norah et Romy sont un peu devenues les enfants du Québec. Elles sont devenues les enfants les plus recherchées. J'ai prêté mes enfants à la population pour qu'on les retrouve, reconnaît-elle, mais elle aurait préféré rester dans l’ombre.

Elle raconte notamment que pendant les recherches qui se déroulaient à Saint-Apollinaire pour retrouver ses filles, elle devait se terrer chez ses parents à Lévis.

Les journalistes se cachaient dans les buissons chez les voisins. Pourquoi? Pour avoir une réponse que j'ai même pas. Puis que j'aurai jamais.

Amélie Lemieux

Sans compter tous les commentaires véhiculés sur les réseaux sociaux. C'est toute notre vie qui est étalée, mais elle n'est pas étalée selon les gens qui nous côtoient, parce qu'eux ont du respect pour nous. Elle est étalée selon des ouï-dire, selon des personnes qui ne te connaissent même pas, déplore-t-elle.

Moi, ce que je veux demander aux gens, c'est de se poser une seule question : "Et si c'était moi, qu'est-ce que je voudrais que les gens écrivent? Qu'est-ce que je voudrais qu'on nomme sur Facebook?" C'est facile derrière un écran.

Alors qu’elle avait besoin d’être entourée de bienveillance, elle s’est sentie jugée sur la place publique.

C'est très difficile, parce que tu te sens jugée quand t'as besoin d'amour, que tu te sens rejetée quand t'as besoin d'être épaulée, que tu te sens étiquetée quand t'as juste besoin qu'on retrouve tes enfants.

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Amélie Lemieux en entrevue devant une bibliothèque.

Un nouveau Noël

Amélie Lemieux vient de fêter son 37e anniversaire sans ses deux filles. Ç’a été dur, j'ai craqué en fin de soirée. Je n’ai pas eu de carte marquée "Maman, je t'aime. Bonne fête".

Elle se prépare d’ailleurs à un nouveau Noël, en toute simplicité, au chalet, dans le bois, pas d’Internet.

Lorsqu’elle voit que certains s’indignent devant un temps des Fêtes différent à cause de la pandémie cette année, Amélie Lemieux demande aux gens de s’arrêter un instant.

Ils vont pouvoir faire un Zoom, eux autres. Moi, je peux pas faire de Zoom avec le ciel.

Amélie Lemieux

Tu as tes enfants. Pourquoi ton Noël va être plate et manqué? Tu n'auras peut-être pas les sucreries de ta tante, ce n’est pas grave, relativise-t-elle. C’est quoi un Noël, dans une vie?

Pour eux, c'est juste un Noël. Pour moi, c'est les Noël de toute ma vie. Eux, c'en est juste un. Est-ce que c'est si grave que ça?, se questionne la mère de famille.

Elle tient à profiter de sa tribune pour lancer le message au nom de toutes les autres familles qui ont vécu un drame qui n’a pas été médiatisé, cette année.

La vie va vite. Elle est précieuse. Prenez soin de vous, prenez soin de vos enfants et apprenez à lâcher prise comme je le fais un peu chaque jour, conclut-elle.

Amélie Lemieux s'est confiée à Marie-Pier Bouchard.

Amélie Lemieux s'est confiée à Marie-Pier Bouchard.

Photo : Radio-Canada

Engagement

Amélie Lemieux prête par ailleurs son visage et son histoire à la cause de Deuil-Jeunesse, qui l'accompagne dans son cheminement.

Tous les drames sont importants parce qu'ils ont changé une personne. Je pense que c'est important d'en prendre conscience. J'ai été sous les projecteurs, puis c'est pas ce que j'aurais voulu. J'aurais préféré garder mes enfants, puis être personne.

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