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Hugo Houle souhaite que Cyclisme Canada en fasse plus pour le vélo de route

Il roule à vélo.

Hugo Houle

Photo : Facebook / Hugo Houle

Michel Chabot

Hugo Houle a lancé une vive discussion au sein du cyclisme canadien en faisant une sortie la semaine dernière pour dénoncer ce qu’il considère être un manque de respect de la fédération nationale à l’égard du vélo de route.

Le Québécois s’était alors confié au collègue Simon Drouin de La Presse et se disait furieux que sa discipline soit abandonnée par Cyclisme Canada (CC), à la lumière d’un communiqué diffusé le 18 novembre et dans lequel aucun coureur sur route n’avait été choisi parmi les 47 athlètes du programme de la relève (NextGen).

Joint chez lui à Monaco par Radio-Canada Sports, mercredi, Houle avait quelque peu décoléré, mais il continuait de se désoler de la situation.

C’est certain qu’ils auraient aimé que je garde ça à l’interne et que je communique directement avec eux, mais ça fait plusieurs années que je vois aller les choses et que je patiente, a lâché Houle. À certains moments, je leur fais confiance, mais j’avais envie d’en parler et c’est venu comme ça.

Mon sentiment, c’est que c’est tout le temps une espèce de compétition entre la route et la piste qui se fait à l’intérieur de Cyclisme Canada. Certains individus veulent le bien de la route et d’autres ont un fort parti pris pour la piste. S’ils peuvent dénigrer ceux de la route, on dirait que ça leur fait plaisir.

Une citation de :Hugo Houle, cycliste avec l'équipe Astana

Depuis plusieurs années, j’ai l’impression qu’on ne travaille pas en équipe et qu’il y a toujours un climat de compétition, a-t-il poursuivi. Et ce n’est pas que moi qui dis ça. Tous les grands du cyclisme au Canada m’ont félicité pour avoir parlé et ils ont le même sentiment que moi. L’objectif n’est pas de créer des problèmes ou de mettre de la pression, mais je sentais qu’avec le départ de Kevin Field, c’était le moment ou jamais d’avoir un peu de changement.

Field est l’ancien chef de la stratégie de performance qui a quitté son poste à Cyclisme Canada le mois dernier. Il était le seul dirigeant qui s’occupait du vélo de route. Il a déjà travaillé pour l'équipe SpiderTech, en compagnie de Steve Bauer. Field, un homme très apprécié par Houle et plusieurs autres acteurs de la route, a préféré s’abstenir de commenter ce dossier.

Pour sa part, le coureur ontarien Michael Woods a soutenu son compatriote dont les propos ont eu des échos à l'étranger.

Je ne crois pas qu’il s’attendait à créer une telle commotion, a révélé Woods. L’histoire a même été rapportée dans les médias qui couvrent le cyclisme en Europe. J’appuie ses commentaires. Il y a des problèmes fondamentaux chez Cyclisme Canada qui sont créés par leur façon d’aller chercher du financement, majoritairement avec À nous le podium. Ses déclarations renforcent la positions de plusieurs acteurs importants du cyclisme. Nous voulons que CC redonne sa place au vélo de route. Toutes les disciplines doivent être valorisées.

l’ancien cycliste Svein Tuft a également appuyé la sortie de Houle et souhaite également des changements.

Un cycliste sur son vélo

Svein Tuft en 2014

Photo : Associated Press / Gian Mattia D'Alberto

J’appuie ses commentaires à 100 %, a lancé Tuft, retraité depuis cette année. Beaucoup de cyclistes canadiens ressentent la même chose, mais Hugo est dans une position privilégiée parce qu’il n’a pas besoin de l’équipe nationale. Il fait partie d’une formation du World Tour et sa carrière dépend de ses performances. Hugo aura toujours le calibre pour aller aux Olympiques et aux mondiaux. C’est un coureur indispensable.

Parfois, il faut allumer un feu pour stimuler une discussion. Et c’est important maintenant de progresser de façon constructive pour améliorer la fédération. Nous sommes plusieurs qui réagissons et les coureurs à la retraite, qui ne dépendent pas des décisions de Cyclisme Canada doivent prendre la parole et être des vecteurs de changement. Ceux dont la carrière commence ne viendront pas dénoncer la fédération.

Une citation de :Svein Tuft, cycliste à la retraite

Cyclisme Canada a fait son mea culpa et soutient qu’il ne s’agit que d’un malentendu.

Nous l’avons un peu échappé quant à notre façon de communiquer le contenu des programmes parce qu’il y a un important volet du vélo de route dans les programmes d’endurance Next Gen, a déclaré Kris Westwood, chef des opérations de la performance de CC. Ces athlètes vont s’entraîner et courir sur la route de façon considérable. Nous avons fait une erreur en omettant de le mentionner. Mais il est vrai de dire que le volet de la route laisse à désirer et nous travaillons à trouver des solutions. Nous aurions dû dire que des discussions se déroulent présentement et qu’il y aura bientôt l’annonce de l’embauche d’un nouvel entraîneur de cyclisme sur route.

Un entraîneur respecté

C’est finalement Richard Wooles qui a été engagé par CC jeudi. Il sera chargé de veiller sur le développement des coureurs de 17 à 23 ans.

Je suis reconnaissant de pouvoir une fois de plus aider les coureurs de développement au Canada, a dit Wooles dans un communiqué. Notre but est d'aider chaque jeune athlète qui a pour objectif de faire partie de l'équipe nationale. Nous voulons leur offrir un parcours qui comprend des occasions d'éducation, de coaching, d’entraînement et de course pour qu'ils atteignent leur plein potentiel sur le vélo et à l’extérieur du vélo. Pour ce faire, nous devons faire en sorte que toutes les parties du système travaillent ensemble et trouver de nouvelles sources de financement.

Wooles jouit d’une excellente réputation internationale. Il a fait partie de l'équipe d'entraîneurs de la Grande-Bretagne aux JO de Sydney en 2000 et d'Athènes en 2004 et était l'entraîneur national sur piste du Canada aux Jeux olympiques de 2008 à Pékin et de 2012 à Londres.

Selon nos sources, le Gallois d’origine ne travaillera cependant qu’à temps partiel, rien pour faire taire complètement les critiques, même s’il s’agit certainement d’un pas dans la bonne direction.

Ce qui est le plus important, c’est d’offrir un programme de courses aux athlètes juniors et U-23 pour qu’ils acquièrent de l’expérience au niveau international, a dit Louis Barbeau, directeur général de la Fédération des sports cyclistes du Québec (FQSC).

La très grande majorité des athlètes ont déjà leur propre entraîneur et la venue d’un entraîneur national pour la route n’a de valeur que dans la mesure où Cyclisme Canada octroie des budgets permettant aux athlètes de courir au niveau international. L’avenir nous indiquera s’ils feront plus qu’au cours des dernières années, mais si Richard ne dispose pas d’un budget réel dédié aux athlètes sur route, les choses ne s’amélioreront pas.

Une citation de :Louis Barbeau, directeur général de la FQSC

Avant de connaître l’identité du nouvel entraîneur, Hugo Houle ne s’attendait pas à des miracles de la fédération nationale.

Ça fait assez longtemps que je suis dans le milieu et que j’entends leurs histoires, a dit l’athlète de Sainte-Perpétue. Je suis conscient de la façon dont le système de financement canadien fonctionne. C’est À nous le podium (ANLP) qui va attribuer les sommes à Cyclisme Canada. Il y a plus de probabilités de médailles sur la piste aux Jeux olympiques, donc ils ont plus d’argent. Ça, pour moi, c’est équitable. Ma représentation, ce n’est pas une question d’argent ou que Cyclisme Canada n’en fait pas assez. Je trouve simplement qu’il n’y a pas de considérations pour la route.

La venue du vélodrome de Milton pour les Jeux panaméricains en 2015 a incité le Canada à consacrer beaucoup d’efforts du côté de la piste, a indiqué Louis Barbeau. Il va y avoir 12 médailles olympiques en cyclisme sur piste à Tokyo. Il y en a quatre sur la route, deux en vélo de montagne et deux aussi en BMX. Donc, à un moment donné, tu te dis : "Où sont nos meilleures chances d’avoir du succès?'' L’analyse qu’ils ont faite c’est que leurs chances étaient plus grandes du côté de la piste. Et la route coûte cher.

La pression exercée par À nous le Podium

ANLP en mène large au sein de la fédération nationale. Et, selon nos sources, ses fortes prises de position créent un climat de tension au sein de la direction de CC, ce que réfute la directrice générale d'ANLP, Anne Merklinger.

Lors de notre dernière rencontre, il y a 10 jours, les échanges et le niveau d’implication de tous les participants étaient très positifs, a déclaré Mme Merklinger. Ils nous ont présenté une approche très détaillée de leur plan stratégique et elle a été très bien reçue. Et l’une des principales conclusions de cette réunion était de déterminer les athlètes et les équipes avec le meilleur potentiel de médailles pour Tokyo et Paris. Et encore là, la collaboration était très bonne.

Le cyclisme canadien reçoit 3,5 millions de dollars par année d'ANLP. Si le programme sur piste reçoit deux 1 750 000 $ annuellement, la route ne récolte que 200 000 $. Avec si peu d’appuis financiers, il est difficile de voir la situation s’améliorer de façon significative pour les cyclistes sur route canadiens. Des projets de camps d’entraînement en Europe, par exemple, semblent impossibles à réaliser dans un tel contexte et Hugo Houle le déplore. Il en a profité quand il faisait ses débuts.

Il y avait de beaux programmes à l’époque. J’ai pu bénéficier de la fin de ça, je pense. Ce n’était pas les belles années, mais quand même il en restait un peu. On était emmené sur des projets en Europe. On apprenait. C’est là que j’ai mangé mes premières volées. Mais ça m’a permis de devenir meilleur et de voir quel était le niveau en Europe. Il y avait une base là-bas, des gens qui nous accompagnaient et on a réussi à faire de belles choses, comme le maillot jaune de David Boily au Tour de l’Avenir. Aujourd’hui, il n’y a absolument rien.

La relève laissée à elle-même

Incidemment, Cyclisme Canada reconnaît qu’elle a abandonné une partie de son rôle de développement des cyclistes de la relève sur route aux formations professionnelles.

Il y a un élément de vérité là-dedans et c’est ce que nous essayons de régler avec l’embauche du nouvel entraîneur, a reconnu Kris Westwood. C’est l’un des plus grands défis dans le cyclisme, l’aspect hautement professionnel rend la relation entre la fédération et les athlètes très différente si on la compare à ce qu’elle serait si un athlète courait et s’entraînait presque exclusivement avec l’équipe nationale. C’est un grand défi de trouver ce que nous devons faire pour appuyer le cyclisme sur route.

Au plus haut niveau de Hugo, Michael Woods, Guillaume Boivin et Antoine Duchesne, ce sont les équipes professionnelles qui font le travail, pas l’équipe nationale, a réitéré Louis Barbeau. Là où il y a un problème important, c’est chez les athlètes juniors et chez les moins de 23 ans, où l’équipe canadienne a un rôle fondamental à jouer pour leur permettre de se développer. Et présentement, il y a très peu de projets à ce niveau-là.

Tous se réjouissent de la présence de Canadiens comme Sylvan Adams, propriétaire de la formation Israel Start-Up Nation (ISN) et de Jean Bélanger PDG de Premier Tech, partenaire principal de la formation Astana. Ces deux équipes font de plus en plus de place aux cyclistes d’ici, mais ils ne sont pas là pour faire des cadeaux, prévient Svein Tuft.

C’est bien que ces équipes créent des ouvertures pour nos coureurs dans le World Tour, mais elles ne vont pas engager des cyclistes qui sont mal préparés. Ces équipes sont des coupe-gorges. Elles ne cherchent pas à développer des athlètes qui ne possèdent pas les outils nécessaires pour réussir.

Dans un prochain texte, nous montrerons des solutions pour régler les problèmes du vélo sur route canadien et traiterons du nouveau plan stratégique de la fédération nationale, un virage qui s'annonce difficile, mais salutaire.

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