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Une pétition en faveur d'abris temporaires dans des parcs à Toronto

Un abri dans un parc. L'abri est un prisme gris, muni d'une porte et d'une fenêtre, tenu sur quatre roues.

Les abris de M. Seivwright se retrouvent dans plusieurs campements de Toronto. Ce dernier ne veut pas révéler leur nombre exact pour protéger ses habitants.

Photo : Radio-Canada / Michael Charles Cole

Mugoli Samba

Une pétition lancée par l’initiative Toronto Tiny Shelters demande à la Ville de Toronto de permettre à des abris temporaires de demeurer dans ses parcs cet hiver. Elle demande également un moratoire sur le démantèlement de campements.

La pétition compte plus de 25 000 signatures et reçoit le soutien de nombreux travailleurs de première ligne.

Andrew Williams dans un parc.

Andrew Williams dit que l'abri construit par M. Seivwright le garde bien au chaud.

Photo : Radio-Canada

Andrew Williams, un résident du campement situé au parc Alexandra, croit que la Ville interrompt le travail d’anges qui tentent de sauver des vies.

Il fait froid dehors et les gens ont besoin de rester au chaud, ils méritent de rester au chaud. Les personnes qui (créent) ces abris sont des anges de Dieu, déclare-t-il.

Pourquoi enlever du logement? (La Ville) est censée offrir du logement aux gens.

Andrew Williams, résident du campement du parc Alexandra

M. Williams est l’une des centaines de personnes habitant dans les campements situés dans plusieurs parcs de Toronto. La Ville estime qu’entre 400 et 500 personnes vivent présentement dans ses rues, alors que de nombreux travailleurs de première ligne croient qu’il y en aurait plus de 1000.

Khaleel Seivwright dans son atelier

Khaleel Seivwright est l'un des nombreux Torontois à avoir lancé une initiative pour prêter main-forte aux personnes habitant dans les camps de fortune. Pourtant, la Ville s'oppose à ce que ses abris soient érigés sur les terrains de la ville.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Andrew Williams s’est installé dans un camp de fortune, d'abord dans une tente, pour venir en aide à un ami qui y vivait.

Il dispose maintenant d'un abri construit par Khaleel Seivwright, le charpentier de Scarborough à la tête de l’initiative Toronto Tiny Shelters.

Opposition de la Ville

Les abris de M. Seivwright sont construits sur des roues; ils sont munis d’une porte, d’une fenêtre, de murs isolés et d'un détecteur de fumée et de monoxyde de carbone. Le charpentier a lancé son projet vers la fin septembre et a depuis reçu plus de 129 000 $ en dons pour assurer sa continuité.

Khaleel Seivwright bâtit un abri.

Khaleel Seivwright est un charpentier de Scarborough. Il bâtit ses abris dans un atelier du quartier Cabbagetown, à Toronto, et les livres aux personnes dans le besoin à l'aide d'une remorque.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Mais selon la Ville de Toronto, l’emplacement de certains de ses abris n’est pas conforme à ses règlements.

On ne peut pas laisser des gens ériger toutes sortes de structures de façon aléatoire dans les parcs.

John Tory, maire de Toronto

La Ville a envoyé un avertissement à M. Seivwright, lui demandant de cesser immédiatement la production, la distribution, la fourniture et l'installation de tels abris aux fins de placement et d'utilisation sur la propriété de la Ville.

La Ville n'a pas délivré de permis ou n'a en aucune façon consenti à l'installation de ces structures sur ses propriétés, explique Janie Romoff, directrice générale de la division des parcs, de la foresterie et des loisirs de la Ville dans une lettre envoyée à M. Seivwright. Mme Romoff ajoute qu’il pourrait être obligé de payer les coûts du déplacement des abris.

De son côté, le réseau Encampment Support Network a entamé la construction de tubes en polystyrène alimentés par la chaleur humaine. Il en a distribué des douzaines dans les six campements de Toronto, selon Steven Foster, un bénévole.

La Ville craint que ces structures ne présentent un risque d'incendie puisque le polystyrène est un matériau inflammable. Elle a apposé des avis de déplacement sur certains tubes dans ses parcs.

Si quelqu'un mourait dans un feu [à cause de ces abris], on me reprocherait [de ne pas avoir fait mon travail].

John Tory, maire de Toronto
Des tentes installées à l'extérieur, près d'un arbre, sous un ciel gris.

De nombreux habitants du campement du parc Alexandra ont reçu des tubes verts du réseau Encampment Support Network.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Je crois qu’ils veulent maintenir (l’image) que la Ville fait un travail adéquat pour loger les personnes sans-abri et qu’ils n’ont pas besoin du soutien de citoyens qui font de leur mieux, dit M. Seivwright.

La Ville dit reconnaître les nombreux problèmes sociaux rencontrés par les communautés vulnérables en temps de pandémie.

C’est formidable d’entendre que les communautés se réunissent autour d'idées novatrices et de moyens de servir les plus vulnérables, écrit Alex Burke, un porte-parole. Mais elles doivent faire preuve de diligence pour assurer que leurs idées seront conformes aux règlements ou ordonnances de la Ville de Toronto.

Des tentes installées près d'un viaduc à Toronto.

La Cour supérieure de l'Ontario n'a pas interdit à la Ville de Toronto de démanteler les camps de fortunes érigés sur ses terrains.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Ce dernier rappelle également que la Cour supérieure de l'Ontario a rejeté la demande de militants qui souhaitaient que le tribunal empêche la Ville de Toronto de démanteler les campements.

La décision n'ordonne pas à la Ville de démanteler les campements, mais elle n'empêche pas la Ville de démanteler un campement lorsque des abris et des options de logement deviennent disponibles pour ceux qui vivent dans des campements, ou selon les circonstances, explique-t-il.

Il ajoute que la Ville met l'accent sur l’engagement et l’instauration de la confiance avec les personnes vivant à l’extérieur grâce à son équipe Streets to Homes et aux nombreuses agences de la Ville qui soutiennent les personnes sans logement.

L'aide mutuelle, pas sans défis

Encampment Support Network, ALAB Resource Clinic, Community Fridges Toronto : de nombreux groupes citoyens se sont formés au cours des derniers mois pour soutenir les membres de leur communauté dans le besoin. Ancrés dans des notions de lien communautaire et de devoir citoyen, ces réseaux d’aide mutuelle existent grâce aux dons et au bénévolat.

Un réfrigérateur blanc sur un trottoir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le réfrigérateur communautaire de Parkdale ne se trouve plus devant la boutique Black Diamond Vintage. Le groupe cherche à présent un nouvel emplacement pour son frigo.

Photo : Source: Jalil Bokhari

L’initiative Community Fridges Toronto installe des réfrigérateurs publics devant des boutiques torontoises et invite les citoyens à y déposer et ramasser des aliments à leur gré.

J’ai lancé le projet à cause de l’augmentation de campements un peu partout en ville; j’ai ressenti un besoin d’aider les gens, explique Jalil Bokhari, fondateur du projet. La nourriture est un droit humain et tout le monde mérite d’y avoir accès.

Mais l'initiative s’est aussi heurtée aux règlements de la Ville. La boutique Black Diamond Vintage, dans le quartier Parkdale, a dû fermer et déplacer son frigo en raison d’inquiétudes sanitaires et d’un règlement sur les électroménagers abandonnés. Community Fridges Toronto cherche à présent un nouvel emplacement pour son réfrigérateur de quartier.

Des légumes, fruits et boîtes de jus dans un réfrigérateur.

Selon Jalil Bokhari, le frigo de Parkdale pouvait être rempli et vidé plus de trois fois par jour.

Photo : Source: Jalil Bokhari

MJ Cully, directrice de la clinique de ressources communautaires All Lawyers Are Bad (ALAB) formée cette année pour soutenir le campement Dufferin, remarque un engagement citoyen marqué, à cause de la pandémie.

Les gens ne peuvent pas aller au travail, ils ont beaucoup de temps et ils apprennent qu’il y a un grand besoin dans leur communauté, explique Mme Cully. Certaines personnes s’impliquent vraiment et répondent aux besoins, ce qui est formidable. Mais c’est regrettable que nous soyons dans cette situation et que nous ne nous soyons pas attelés à la tâche plus tôt.

Lorsqu’elle rencontre des militants qui travaillent auprès de ces communautés depuis plus de 25 ans, elle se rappelle que le problème n’est pas nouveau, ajoute-t-elle.

Une solution incomplète

Pierre Filion assis devant sa bibliothèque.

Pierre Filion est un professeur en urbanisme à l'Université de Waterloo.

Photo : Radio-Canada

Les initiatives citoyennes telles que les abris de Toronto Tiny Shelters permettent aux personnes qui vivent dans la rue d’avoir plus de protection qu’un sac de couchage, mais Pierre Filion, un professeur d’urbanisme à l’Université de Waterloo, maintient que les abris sont sommaires.

Ce n’est pas connecté à l’électricité, ce n’est pas connecté au système d’égout, il n’y a pas d’eau courante, il n’y a rien de ce genre-là, décrit-il. Je ne pense pas que dans une ville comme Toronto, ce soit une solution à long terme, ou même à moyen terme. Les logements n’ont également pas d’adresse, une première étape importante pour l’accès à l’emploi et d’autres services, ajoute-t-il.

L’urbaniste rappelle qu’il s’agit d’une solution temporaire et non d’une réponse adéquate au problème plus large qui afflige Toronto : le manque de logement abordable.

On construit un peu de logements abordables, pas suffisamment, mais c’est habituellement du logement abordable pour les familles, dit-il. Il faudrait aussi construire du logement abordable pour les gens seuls, qui représentent une grande partie des sans-abri.

Avec les informations de CBC News

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