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Des dizaines de terrains contaminés au cadmium, à l’arsenic ou au plomb à Rouyn-Noranda

Un quartier résidentiel tout près d'une fonderie de cuivre.

Le quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda (archives)

Photo : Radio-Canada / Vanessa Limage

Un rapport de la Direction de la santé publique (DSPu) révèle que 23 % des terrains résidentiels échantillonnés à Rouyn-Noranda excèdent les valeurs limites du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) en ce qui concerne l’arsenic (30 ppm), le cadmium (5 ppm) ou le plomb (500 ppm).

De juillet à septembre 2019, la DSPu a mené une étude de caractérisation préliminaire des sols dans le périmètre urbain de la ville de Rouyn-Noranda afin de vérifier la présence d’une contamination de surface par l’arsenic, le plomb et le cadmium.

La surface du sol, soit les trois premiers centimètres, a été prélevée, puisque c’est vraiment parce que c’est la surface à laquelle les êtres humains sont le plus souvent en contact, explique le coordonnateur de l’étude, Daniel Proulx, lors de la réunion technique qui a eu lieu ce matin.

Ces trois substances ont été ciblées en raison de leurs effets délétères. Ce sont des impacts qui ont vraiment un impact sur la santé et dont les effets sont connus et documentés, et ce sont des substances dont notre corps humain n’a absolument pas besoin au quotidien. Ce n’est pas du tout comme le fer ou d’autres métaux, précise Daniel Proulx.

Au total, 254 échantillons de sols ont été prélevés sur cinq types de terrains :

  • Sentiers de vélo du mont Powell et plage du lac Marlon

  • Parcs et écoles

  • Ruelles du quartier Notre-Dame

  • Terrains résidentiels

  • CPE et garderies en milieu familial

Les résultats montrent que 23 % des terrains résidentiels échantillonnés, soit 36 sur 156, excèdent les valeurs limites du MELCC relativement à une ou à plusieurs des trois substances évaluées, l’arsenic (30 ppm), le cadmium (5 ppm) et le plomb (500 ppm).

Ces dépassements se situent principalement sur la rive sud du lac Osisko, au centre-ville et dans le quartier Sacré-Coeur.

L’âge des propriétés ferait que potentiellement celles-ci seraient davantage contaminées, souligne Daniel Proulx, coordonnateur de l’étude. Il précise aussi que le remaniement des sols fait en sorte que la surface des terrains est moins susceptible de dépasser les critères.

De plus, les concentrations mesurées à la surface des terrains des CPE, des garderies en milieu familial, des écoles et des parcs sont toutes sous les limites du Règlement sur la protection et la réhabilitation des terrains.

Le rapport indique cependant que les échantillons prélevés dans les sentiers de vélo du mont Powell et de la plage du lac Marlon présentent des concentrations élevées de métaux lourds.

L'entrée de la Fonderie Horne avec l'enseigne du nom de l'entreprise et au loin une cheminée.

Les installations de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda (archives)

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Par ailleurs, le rapport indique que la contamination des sols provient probablement des émissions de la Fonderie Horne. Plusieurs éléments indiquent que la contamination des terrains résidentiels du périmètre urbain de Rouyn-Noranda est vraisemblablement attribuable aux retombées atmosphériques générées depuis près d’un siècle par la Fonderie Horne, peut-on y lire.

Les recommandations

Le rapport formule quatre recommandations principales. Premièrement, il recommande que le MELCC continue la caractérisation des sols afin de connaître l’ampleur de la contamination.

Deuxièmement, il conseille de procéder à la réhabilitation des terrains résidentiels dont les sols dépassent l’un des seuils fixés dans le Règlement sur la protection et la réhabilitation des terrains pour ce qui est de l’arsenic, du cadmium ou du plomb.

La réhabilitation des sols revient au ministère de l’Environnement. La santé publique a invité ce dernier à assister au point de presse pour répondre aux questions, mais le ministère a décliné l’invitation, signale Daniel Proulx.

Selon la directrice régionale de la santé publique Lise Landry, leur absence n’est pas un élément inquiétant.

Je pense que ce qu’on a su actuellement, c’est qu’il y a un groupe d’experts au national qui regarde le rapport et, comme il est mentionné dans un communiqué, à l’hiver 2021, ils devraient nous proposer la suite des choses à la suite de nos recommandations, dit-elle.

Troisièmement, aux personnes qui résident sur des terrains contaminés à un des trois métaux, la santé publique donne des mesures à appliquer pour réduire leur exposition aux sols contaminés.

Finalement, le rapport propose qu’une concertation soit menée par la DSPu, la Ville, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) et le MELCC afin de donner des conseils de prévention et de protection en lien avec la contamination des sols du secteur du mont Powell (incluant la plage du lac Marlon).

La santé publique mentionne qu’elle n’a pas adressé de recommandations à la Fonderie Horne, parce que la responsabilité des sols contaminés appartient au ministère de l’Environnement, répond Daniel Proulx. Notre travail, c’est d’interpeller le ministère dont la responsabilité concerne le sujet en question, les sols contaminés.

Réactions de la Fonderie Horne

Après la présentation du rapport, la Fonderie Horne a tenu une séance de breffage technique sur la qualité des sols et de l’air en périmètre urbain à Rouyn-Noranda.

Ces informations supplémentaires ont été présentées afin d’avoir vraiment un portrait global au niveau de la qualité des sols et de l’air en périmètre urbain, a indiqué la superviseure aux communications et relations avec la communauté à la Fonderie Horne, Stéphanie Lemieux.

Les données recueillies dans des échantillonneurs d’air à haut volume, situés respectivement à l'ancienne laiterie Dallaire et à l’hôtel de ville, montrent que la concentration d’arsenic dans l’air est supérieure ou égale à la norme québécoise de 3 nanogrammes par mètre cube (ng/m3).

Cependant, en ce qui concerne le cadmium, la concentration enregistrée aux deux stations est plus de 50 % inférieure à la norme québécoise, et celle du plomb, plus de 60 % inférieure à cette dernière.

La Fonderie Horne mène déjà un protocole d’échantillonnage et de restauration des sols dans le quartier Notre-Dame. Stéphanie Lemieux mentionne qu’il est prématuré d’envisager d'étendre le protocole à tout le périmètre urbain de Rouyn-Noranda, puisque la fonderie n’a pas encore eu accès au rapport de la DSPu.

Chose certaine, on a pris l’engagement auprès de la population de Rouyn-Noranda de poursuivre notre amélioration continue, d’assurer leur santé et sécurité, alors ça, il n’y a aucun compromis à faire de ce côté-là. Le ministère de l’Environnement, de ce que l’on comprend, a aussi des travaux à mener de leur côté, souligne Mme Lemieux, qui renvoie au protocole de gestion des risques que ce ministère doit appliquer.

La Fonderie Horne a tenu à préciser qu’elle n’a pas encore eu accès au rapport de la santé publique, mais qu’elle allait en prendre connaissance. Pour la suite des choses, on va collaborer avec nos partenaires gouvernementaux, tant le ministère de l'Environnement que le comité interministériel, qui se penchent sur les enjeux de la Fonderie Horne, affirme Stéphanie Lemieux.

Présence de contaminants

Le comité Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda (ARET) dénonce la présence de contaminants dans des sols du secteur urbain de la ville et demande au gouvernement d’en faire davantage pour protéger la population.

C’est le traitement des concentrés complexes qui est à la source de la majorité des émissions d’arsenic : il faut que le gouvernement empêche la fonderie de traiter ces concentrés jusqu’à ce que des moyens soient en place pour contrôler les émissions d’arsenic, rapporte le communiqué de presse du comité ARET.

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