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La pandémie, accélérateur d'un mouvement de citadins qui s'installent en Gaspésie

Vu de la ville de Percé avec Rocher Percé en arrière-plan.

La tendance d’un mouvement de citadins vers la Gaspésie s’est dessinée à partir des années 2014-2015 (archives).

Photo : iStock

Les services d’accueil et d'intégration des nouveaux arrivants de la Gaspésie sont débordés cette année : la pandémie a accéléré un mouvement qui pousse de nombreux citadins à quitter la ville pour venir s’installer dans la péninsule.

Une réalité que vit Lysanne St-Onge, agente à l'organisme Place aux jeunes de la MRC de Bonaventure. En quelque six mois, la cible annuelle de 20 déménagements que vise l’organisme a été dépassée.

On a surtout vu une grosse augmentation entre avril et septembre, explique-t-elle. Depuis la mi-septembre, il y a un petit ralentissement qui est bienvenu pour nous permettre de reprendre notre souffle!

La plupart des organismes d’accueil et d'intégration des nouveaux arrivants de la Gaspésie font face à une situation similaire, explique Catherine Miousse, agente en communication à la Stratégie Vivre en Gaspésie, dont le rôle est d'attirer de nouvelles personnes en Gaspésie et de s'assurer de leur intégration.

Selon elle, les gens prennent normalement deux à trois ans pour s'établir en Gaspésie, entre le moment où ils commencent à y réfléchir et leur déménagement. Maintenant, nombreux sont ceux à faire le saut en seulement deux ou trois mois. La pandémie a devancé les plans de beaucoup de gens, elle les a secoués, explique-t-elle.

Il y a comme une urgence de vivre.

Une citation de :Catherine Miousse, agente en communication à la Stratégie Vivre en Gaspésie

Mélissa Lapointe-Fortin, agente à Place aux jeunes Côte-de-Gaspé, note de la même manière un empressement des personnes qui contactent son organisme. On ressent l’achalandage au niveau de la pression : ce ne sont pas des suivis qui se passent doucement, raconte-t-elle.

Or, ce phénomène ne date pas d’hier. C’est quelque chose qui a des racines plus profondes ou lointaines, explique le professeur retraité du Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Bernard Vachon.

Selon lui, la pandémie a révélé et accéléré ce phénomène, notamment grâce aux possibilités offertes par le télétravail et la dématérialisation de nombreuses activités économiques.

Une tendance

Les données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) sur le solde migratoire, qui correspond à la différence entre les personnes qui quittent une région et celles qui s’y installent, montrent qu’une tendance se dessine depuis plusieurs années.

La Gaspésie accueille de plus en plus de personnes en provenance de Montréal et de sa région métropolitaine : son solde migratoire avec Montréal ne cesse de s’accroître depuis 2014-2015.

Même si les chiffres ne se comptent pas en dizaines de milliers de personnes, une tendance se confirme.

Danik O’Connor, coordonnateur de la Stratégie Vivre en Gaspésie, analyse de près depuis plusieurs années les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec.

Au départ, l’Institut de la statistique du Québec croyait à une erreur de parcours, explique Danik O’Connor. Or, les gains que la Gaspésie a faits au fil des années ne sont pas banals.

Parler d’un exode urbain est exagéré, continue-t-il, mais il note qu’il y a davantage de gens dans la grande région de Montréal qui se dirigent vers la Gaspésie que l’inverse, et ce, depuis plusieurs années.

Avec la pandémie, cette tendance est devenue plus apparente.

Rat des villes devient rat des champs

Selon les données de l’ISQ, une majorité des personnes qui s’installent en Gaspésie ont entre 25 et 45 ans.

L'expression "coup de cœur" est vraiment importante, on l’entend des centaines de fois, raconte Catherine Miousse. Des gens tombent en amour, c’en est presque cliché!

Lysanne Saint-Onge, de Place aux jeunes MRC de Bonaventure, note aussi recevoir de nombreuses demandes de natifs de la Gaspésie qui décident de retourner y vivre.

Bernard Vachon pointe aussi une remise en question de la métropolisation et notamment des caractéristiques intrinsèques aux centres urbains : densité, pollution, dégradation des cadres de vie, artificialisation, insécurité, augmentation du coût du logement et de l’espace de production.

Il cite aussi l’attractivité des régions, et leur capacité à attirer des citadins en présentant leur milieu de vie comme étant l’opposé des problèmes liés à la vie en ville.

La grande ville a maintenant une alternative, ce n’est plus le seul mode d’occupation idéalisé du territoire, résume-t-il.

La ville n'est plus le Saint-Graal qu’on a connu durant les années 1950 à 1970 : beaucoup de ses aspects sont aujourd’hui remis en question.

Une citation de :Bernard Vachon, professeur retraité du Département de géographie de l’UQAM

Le professeur à la retraite précise que cela ne veut pas pour autant dire qu’une métropole comme Montréal est en phase de dévitalisation.

Une surprise

Les projections démographiques de la fin des années 1990 laissaient pourtant envisager une désertification de la Gaspésie, avec une perte de population et des services de manière irrémédiable.

Ce scénario catastrophe selon lequel tout ferme n’a pas eu lieu, constate Dominique Morin, professeur de sociologie à Université Laval.

Au tournant des années 2000, le solde migratoire indiquait une ruée de la population de la région vers Montréal. En 2001, le solde migratoire était de - 800, les deux années précédentes, autour de - 1800, détaille Danik O’Connor, de Vivre en Gaspésie. C’est donc un changement assez drastique.

Sur 20 ans, on fait des gains importants, ce qui a surpris tous les démographes : la situation est bien meilleure qu’anticipée, continue-t-il.

On est en train de vivre exactement la tendance inverse à celle du début des années 2000.

Une citation de :Danik O’Connor, coordonnateur de la Stratégie Vivre en Gaspésie

Une nouvelle image de la Gaspésie

L'idée que se font les individus de la Gaspésie change, note Dominique Morin.

Il y a maintenant deux représentations de la Gaspésie qui se côtoient : celle de la région ressource en déclin des années 1990, de moins en moins dominante, et en parallèle, la construction d’une toute nouvelle image, dans laquelle l’espace sain, le plein air, l’absence de trafic, la diversité des résidents et le caractère d’urbanité sont mis de l’avant.

Selon Dominique Morin, les arguments utilisés par les régions pour attirer les citadins sont des arguments classiques de la banlieue depuis les années 1950 : quitter une ville sale et surpeuplée pour opter pour la tranquillité et le plein air.

Ces caractéristiques avec lesquelles on a vendu la banlieue sont utilisées de nouveau pour créer une autre représentation de la Gaspésie, destinée à attirer des gens qui ne sont pas originaires de la région., analyse-t-il.

Une attractivité qui est là pour rester

La Stratégie Vivre en Gaspésie s’attend à ce que l’engouement pour la Gaspésie ne cesse pas une fois la pandémie sous contrôle.

On ne prévoit pas que cette tendance va s’estomper à partir du moment où tout le monde va être vacciné, croit Danik O'Connor. On s’attend à ce que ça soit durable dans le temps.

Bertrand Vachon souhaite, quant à lui, que le gouvernement prenne conscience du phénomène et qu’il l’inclue dans ses réflexions sur l’après-pandémie et sur la façon dont l’espace est habité au Québec.

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