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Les troubles mentaux représentent une grave menace à la sécurité, insiste l'UMQ

Les policiers y consacrent plus de temps, les appels liés à cet enjeu étant plus nombreux.

Deux policiers près d'un espace occupé par des sans-abri à Montréal.

Les villes ont l'impression de payer le prix du désengagement financier de l'État en santé mentale.

Photo : Ivanoh Demers

Les problèmes de santé mentale représentent l'enjeu de sécurité numéro un dans les villes de la province et celles-ci n'ont pas les moyens d'y faire face, déplore l'Union des municipalités du Québec (UMQ).

L'attaque dans le Vieux-Québec dans la nuit de l'Halloween a démontré que cette hypothèse est bien fondée, affirme l'UMQ dans un mémoire qui sera déposé jeudi dans le cadre des audiences publiques sur la réalité policière.

C'est ce que l'on constate quand on regarde statistiquement les interventions de nos policiers. [...] Un événement comme celui de Québec a malheureusement confirmé nos craintes, déplore la présidente de l'UMQ, Suzanne Roy.

Il existe 31 corps de police municipaux au Québec. Le constat est le même partout : la criminalité est à la baisse, mais le nombre d'interventions policières augmente. En 2018, il y a eu 36 % moins de criminalité, pourtant on a augmenté de beaucoup les interventions, précise Mme Roy.

Et ce sont les appels pour des problèmes de santé mentale qui sont responsables de cette augmentation.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes

Le phénomène est généralisé aux quatre coins de la province. La quinzaine de mémoires déposés jusqu'à maintenant par différentes municipalités auprès du comité consultatif sur la réalité policière ne laisse planer aucun doute sur l'ampleur du fléau.

Dans le mémoire de la Ville de Laval, par exemple, on peut lire que la police est devenue, en quelque sorte, le "filet social" en santé mentale au Québec.

Les appels sont plus nombreux et les policiers y consacrent plus de temps. La police de Gatineau comptabilise à elle seule 3000 appels par an pour des problèmes de santé mentale.

De son côté, le Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL) a connu une hausse de près de 20 % des appels liés à la détresse, au suicide, au spectre de l’autisme et à la schizophrénie de 2016 à 2019.

La Ville de Québec affirme pour sa part que son service de police effectue en moyenne 6,2 interventions par jour, alors que la Ville de Sherbrooke estime que les problèmes de santé mentale occupent 17 heures de travail par jour dans son service de police.

Prendre le taureau par les cornes

Plusieurs services municipaux de police comme ceux de Montréal, Sherbrooke et Longueuil ont mis sur pied des équipes spécialisées pour répondre à cette nouvelle réalité.

Ces équipes sont financées par les municipalités, qui ont l'impression de payer le prix du désengagement financier de l'État en santé mentale.

Nous, on veut bien collaborer, on veut bien que la police collabore, mais c'est important qu'il y ait des sources de financement pour s'assurer qu'on a les moyens d'intervenir, plaide la présidente de l'UMQ.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, travaille actuellement sur un plan de réinvestissement en santé mentale.

Les municipalités espèrent que le gouvernement va s’attaquer aux problèmes en amont pour enlever un peu de pression sur les corps policiers. Il faut absolument prendre le taureau par les cornes, déclare Suzanne Roy.

En attendant, les villes n'ont d'autre choix que de pallier le manque de services.

Pas de débat national pour l'instant

À l'instar du maire de Québec, la présidente de l'UMQ réclame un grand débat national sur la santé mentale.

Régis Labeaume avait formulé cette demande au lendemain l'attaque qui a fait deux morts dans les rues du Vieux-Québec. Pour lui, il ne fait aucun doute que le drame est lié aux problèmes de santé mentale de l'assaillant.

Ce genre de débat n'est pas dans les cartons du gouvernement Legault pour l'instant.

Au bureau de Lionel Carmant, on assure toutefois que les municipalités seront consultées cet hiver en vue de l'élaboration d'un plan interministériel en santé mentale.

De son côté, le comité consultatif sur la réalité policière poursuit ses audiences publiques jusqu'au 4 décembre. Un rapport sera acheminé en mai à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, qui doit s'en inspirer pour moderniser les corps policiers du Québec.

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