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Analyse

Vaccin contre la COVID-19 : retard et politique

Les provinces et les territoires pressent le gouvernement fédéral de faire connaître sa stratégie sur les vaccins.

Une seringue et une fiole sur laquelle on peut lire : « Vaccin, COVID-19 ».

Aucun vaccin contre la COVID-19 n'a encore été homologué par Santé Canada.

Photo : Getty Images / AFP/JOEL SAGET

Dans la course internationale au vaccin contre la COVID-19, qu’est-ce qui est le plus important : recevoir le vaccin en premier ou s’assurer qu’il soit sécuritaire? Les libéraux de Justin Trudeau espèrent que les Canadiens qui rouleront leurs manches pour recevoir leur dose penchent surtout pour la deuxième option.

Le Canada n’allait jamais gagner la course pour obtenir le vaccin en premier. Justin Trudeau en avait déjà une bonne idée dès l'été dernier. Les Canadiens vont devoir patienter plus longtemps qu’ailleurs sur la planète.

Le premier ministre semble avoir choisi de l’avouer au grand public cette semaine afin de modérer les attentes, alors que les nouvelles d’une vaccination imminente aux États-Unis et en Grande-Bretagne font les manchettes.

Selon le premier ministre, il est prématuré d’encercler une date sur le calendrier pour l’arrivée d'un vaccin, notamment parce que le Canada n’a pas la capacité de laboratoire pour le produire ici.

On peut comprendre, affirme-t-il, qu’une compagnie qui produit des vaccins aux États-Unis va commencer à distribuer aux États-Unis avant de les distribuer à l'international.

Politiquement, les libéraux ont choisi de répondre aux attaques de l’opposition sur la question en blâmant les conservateurs pour la perte de cette capacité de production. Mais la réalité est plus nuancée.

Produire des vaccins ici

La capacité du Canada à produire ses propres vaccins diminue depuis des décennies.

De nombreuses multinationales pharmaceutiques ont choisi, pour des raisons stratégiques et financières, de diminuer ou d'éliminer leur présence au Canada.

À l’époque, on déplorait la perte d'emplois bien payés et la fuite des cerveaux. Mais la capacité nationale de production de vaccin était loin des préoccupations. La pandémie actuelle apporte un nouvel éclairage.

Il parle et tend sa main gauche.

Justin Trudeau à la période des questions à la Chambre des communes mercredi

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

En Chambre mercredi, Justin Trudeau a blâmé les conservateurs de Stephen Harper pour cet exode. Toutefois, ce phénomène est survenu sous une série de gouvernements de toutes les couleurs, tant au fédéral qu’au provincial.

Le Canada a encore des laboratoires qui fabriquent des vaccins. Mais ils sont surtout occupés à produire le vaccin contre la grippe saisonnière. Et ils ne sont pas du tout équipés pour préparer les nouveaux types de vaccins qui sont parmi les plus prometteurs contre la COVID-19.

C’est comme la différence entre faire du vin et faire du Coke, expliquait Andrew Casey, pdg de BioteCanada dans les médias récemment. Ce sont deux liquides qui se mettent en bouteille et qu’on peut boire avec une paille, mais le processus [de production] est très différent.

Si Justin Trudeau justifie le retard du vaccin par le manque de capacité de production nationale, il évite de parler d’autres raisons aussi importantes.

Les premiers vaccins au plus offrant

Premièrement, le Canada a commandé certains vaccins en retard, parfois deux à trois mois après les États-Unis ou la Grande-Bretagne. Ce n’est pas nécessairement le principe du « premier arrivé, premier servi ». Il est possible de payer une prime pour recevoir les doses plus tôt. Mais le Canada n’a pas la même marge de manœuvre que les Américains pour le faire.

Deuxièmement, les compagnies pharmaceutiques favorisent les pays comme les États-Unis qui ont prépayé leurs millions de doses commandées. Or, ce sont des vaccins qui demeurent expérimentaux. Leur efficacité réelle et la durée de l’immunisation sont encore inconnues. Ils n’ont pas encore prouvé leur performance sur le terrain à grande échelle.

Troisièmement, les libéraux répètent que, contrairement aux États-Unis, ils n’ont pas insisté pour que Santé Canada accélère son processus d’approbation. Ce n’est pas ma job, c’est la job des scientifiques, disait essentiellement le premier ministre.

Les partis d’opposition ont beau crier aux Communes que le gouvernement libéral aurait dû en faire plus afin de réserver les vaccins nécessaires pour les Canadiens, on peut s’imaginer qu’ils seraient encore plus outrés si le fédéral avait prépayé des doses (ou versé des primes) pour des vaccins qui s’avéreraient caducs ou non sécuritaires.

À l’inverse, les partis d’opposition et les provinces ont raison d’exiger davantage de transparence de la part du fédéral concernant son plan de distribution des vaccins. Le défi logistique est à nos portes, et les premiers ministres provinciaux ont l’impression d’être dans le noir.

Le Québec, l’Ontario et maintenant la Saskatchewan réclament des réponses : Combien recevrons-nous de vaccins? Le nombre de doses sera-t-il au prorata de la population? Comment seront-elles distribuées? Quand allons-nous les recevoir? Ils espèrent avoir des réponses jeudi soir, lors de la rencontre téléphonique des premiers ministres.

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