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Il y a 11 ans, la plus grande campagne de vaccination de l'histoire du Québec

La campagne de vaccination massive contre la grippe H1N1 a eu lieu de la mi-octobre à la mi-décembre 2009.

Une file d'attente pour obtenir le vaccin.

Une file d'attente pour obtenir le vaccin le 30 octobre 2009 à Saint-Eustache. Des temps d'attente de 7 heures étaient courants à certains endroits.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

La première campagne de vaccination au Québec pour faire face à une pandémie a eu lieu en 2009, au moment où la grippe H1N1 inquiétait. Alors que la province s’apprête à vivre une autre vaste campagne de vaccination, cette fois contre la COVID-19, quelles leçons doit-on tirer de 2009?

La campagne de vaccination massive contre la grippe H1N1 a eu lieu de la mi-octobre à la mi-décembre 2009.

Des files d’attente de plusieurs heures dans les centres commerciaux, dont certains locaux avaient été transformés en centres de vaccination, ont marqué bien des esprits.

Evan Tordorf, 4 ans à l'époque, pleure après avoir été vacciné, tandis que sa mère, Karen Joly, tente de le consoler.

Evan Tordorf, 4 ans à l'époque, pleure après avoir été vacciné, tandis que sa mère, Karen Joly, tente de le consoler.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Il suffit de penser aux quelques bousculades qui ont eu lieu pour obtenir une dose.

Selon des données du ministère de la Santé, durant la période de vaccination de masse, soit du 22 octobre au 18 décembre 2009, 4 363 626 doses de vaccins ont été administrées.

Des boîtes contenant le vaccin contre la grippe H1N1 en 2009.

Des boîtes contenant le vaccin contre la grippe H1N1 en 2009

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Problèmes d'approvisionnement

Avec le recul, plusieurs organisateurs de la campagne de vaccination de l’époque en dressent un portrait plutôt positif. Par contre, ils souhaitent qu’on ne revive pas certains problèmes, comme ceux vécus avec l'approvisionnement en doses.

Il y a des moments, à Montréal, où il fallait arrêter parce qu'on n'avait plus de doses. C'était un grand défi. Ça a pris du temps, surtout au début, quand les premières doses ont commencé à arriver, tout le monde avait hâte de les administrer. Le virus était en plus bien moins virulent. Le nombre de décès était minime par rapport à la COVID, se remémore David Levine, qui était PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal à l'époque.

David Levine lors d'un point de presse.

David Levine lors d'un point de presse en novembre 2018

Photo : Radio-Canada

Le bilan provincial de la campagne de vaccination réalisée par la Direction de la protection de la santé publique est déposé en 2011 et fait aussi état du manque de doses comme étant la principale difficulté.

Au début de la campagne de vaccination, Santé Canada ne pouvait donner des approbations que pour des quantités réduites, notamment en raison des délais réglementaires et opérationnels plus longs que prévu pour s’assurer de l’innocuité des vaccins, affirment les auteurs.

Des craintes dans la population

Cette pénurie a provoqué des craintes dans la population.

Des mesures ont dû être prises afin de donner la priorité aux groupes ciblés et de calmer l’inquiétude qui commençait à gagner la population, peut-on lire dans le document.

Le ministre de la Santé de l’époque, Yves Bolduc, croit que la situation sera différente cette fois.

On est capables quand même de faire les choses plus progressivement que dans le temps du H1N1 où tout arrivait en même temps. Il fallait vacciner toute la population en très peu de temps. Là, je pense que ça va se faire sur quelques mois, prévoit-il.

Yves Bolduc souriant en train de se faire vacciner.

Le ministre de la Santé de l'époque, Yves Bolduc, en train de se faire vacciner contre la grippe H1N1

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Vaccination inégale

Au terme de la campagne de vaccination, la moitié de la population de la métropole a été vaccinée contre le H1N1, dans 19 centres, alors que les organisateurs prévoyaient au départ un taux de vaccination de 75 % de la population.

Les évaluations après ont indiqué que les quartiers où il y avait des immigrants et des quartiers socioéconomiquement plus difficiles étaient moins vaccinés que les autres quartiers de Montréal. Il faut à l’avenir mettre un focus et donner plus d'information à ces personnes-là, estime aujourd'hui M. Levine.

Les femmes enceintes, les jeunes enfants ainsi que les personnes âgées étaient priorisés pour le vaccin.

Les femmes enceintes, les jeunes enfants ainsi que les personnes âgées étaient priorisés pour le vaccin.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Contexte différent

Le contexte où s’est déroulée la vaccination était aussi bien différent de celui d’aujourd’hui. Il n’y avait pas de mesures sanitaires aussi restrictives.

En 2009, c'était des vaccinations de masse. On n'avait pas à ce moment-là la notion de distanciation. Le virus n'était pas encore dans la population lorsqu'on a vacciné, mentionne le Dr Yves Bolduc.

Yves Bolduc à l'Assemblée nationale.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, répond aux critiques de l'opposition sur la gestion de la H1N1 en septembre 2009.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Files d'attente

Étant donné l’absence de mesures sanitaires comme celle du deux mètres, les débuts de la campagne massive de vaccination ont donné lieu à des moments difficiles, où les gens à certains endroits pouvaient faire la file pendant des heures avant de se faire vacciner, ou pire, devoir retourner bredouilles à la maison, faute d'une quantité de doses suffisante.

La situation s’est améliorée avec l’instauration des rendez-vous et la remise de coupons, qui octroyaient aux citoyens une plage horaire pour se faire vacciner.

On a eu entre autres la problématique des files d'attente. Il va falloir vraiment qu'ils gèrent les cas prioritaires en premier et deuxièmement être capable de rejoindre l'ensemble de la population, suggère aujourd’hui Yves Bolduc.

On a appris à bien organiser la vaccination, un peu comme une chaîne de montage. En dedans de quelques mois, on avait vacciné plus de la moitié de la population du Québec. On avait vacciné 80 % des personnes de 65 ans et plus et 80 % du personnel de la santé, ajoute la médecin spécialiste en santé publique et directrice du Centre de recherche Charles-Le Moyne, Maryse Guay.

Quelques dizaines de personnes debout dans un couloir.

Des citoyens attendent en ligne lors d'une séance d'immunisation contre la grippe H1N1 à Winnipeg, au Manitoba, le samedi 28 novembre 2009 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Winnipeg Free Press / Joe Bryksa

Manque de personnel?

S’il affirme que la gestion du personnel dans les centres de vaccination s’est bien déroulée à l’époque dans la métropole, David Levine craint que la situation ne soit différente lors de la prochaine campagne de vaccination contre la COVID-19.

On n'avait pas de problème de main-d'œuvre. On a pris de la main-d'œuvre d'autres activités, mais aujourd'hui, notre main-d'œuvre est affaiblie. Plusieurs ont attrapé le virus. Ils sont fatigués. Nos soins intensifs sont occupés avec la deuxième vague, on a transféré du personnel dans les CHSLD. Ça va être plus difficile d'assurer la main-d'œuvre, illustre-t-il.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, et le directeur de la santé publique, le Dr Alain Bolduc.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, et le directeur de la santé publique, le Dr Alain Bolduc, lors d'une conférence de presse sur la H1N1 en 2009

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Onze ans après la première campagne de vaccination de masse contre une pandémie au Québec, Yves Bolduc offre ce conseil aux organisateurs de la prochaine.

Préparez-vous au fait que ce que vous allez penser ne sera pas nécessairement ce qui va se mettre en place. Il faut vivre avec les incertitudes et s'ajuster au fur et à mesure que les nouveaux éléments apparaissent, dit-il.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Bruno Savard en visioconférence avec Yves Bolduc.

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