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Québec lance des enquêtes sur le réseau de collèges privés

Le gouvernement Legault est « très préoccupé », clame la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

Affiche du Collège M du Canada

Le Collège M du Canada est dirigé par Caroline Mastantuono, une ex-employée de la Commission scolaire Lester B. Pearson, qui a été accusée de fraude par l'UPAC.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« On va agir, c’est certain », confie à Radio-Canada la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, qui promet des actions concrètes de la part du gouvernement pour préserver l'intégrité des systèmes éducatif et d'immigration du Québec.

La semaine passée, Radio-Canada révélait des pratiques douteuses ayant cours dans différents collèges privés du Québec. Depuis quelques années, une vive concurrence s’est créée entre établissements opérant dans ce marché lucratif, notamment pour attirer des milliers d’étudiants indiens.

Le nombre d’étudiants indiens ayant obtenu un permis d’études est passé d’environ 2000 en 2017 à près de 13 000 l’an passé.

De nombreux témoignages obtenus par Radio-Canada ont également fait état de doutes concernant la qualité réelle des cours suivis, mais aussi des techniques utilisées par des firmes de recrutement, qui promettent avant tout une immigration vers le Canada, par le biais d’attestations d’études collégiales, contre environ 25 000 $.

Gros plan de Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur.

Ex-ministre de la Santé, Danielle McCann est à la tête du ministère de l'Enseignement supérieur depuis juin.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Vos reportages ont suscité beaucoup de questionnement dans notre ministère. On veut vraiment le plus rapidement possible faire la lumière sur ces situations et prendre les mesures, assure Danielle McCann.

On fait des enquêtes actuellement sur les collèges privés non subventionnés, lance-t-elle.

C’est très, très préoccupant. On a commencé un processus d'enquête de ces collèges. C’est un phénomène qui a pris de l’ampleur ces dernières années. On veut faire la lumière là-dessus.

Une citation de :Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur

Derrière de nombreux collèges privés, on retrouve par exemple des personnes accusées récemment par l’UPAC de fraudes et qui ont participé au recrutement d’étudiants indiens pour la Commission scolaire Lester-B.-Pearson (CSLBP). Ces individus ont cessé leurs activités avec cet établissement public en 2016, avant de se lancer dans le marché des collèges privés.

L’une de ces firmes, Rising Phoenix International, s’est déjà retrouvée devant les tribunaux et des étudiants indiens ont récemment déposé une demande d’action collective pour dénoncer leurs pratiques.

Comme le premier ministre le dit, ça ne sent pas bon. On est assez inquiets, souligne l’ex-ministre de la Santé.

Suspension des demandes d’immigration

Jusqu'à nouvel ordre, plusieurs collèges privés ne pourront plus recruter d'étudiants étrangers. Le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) a décidé de suspendre temporairement le traitement des demandes de certificats d’acceptation du Québec (CAQ) pour le Collège Matrix, Collège Aviron, Ascent Collège, le campus montréalais du Cégep de la Gaspésie et des Îles, le Collège M du Canada, CDE Collège, ainsi que de tous les collèges gérés de près ou de loin par les trois personnes arrêtées par l’UPAC, explique Flore Bouchon, porte-parole de la ministre Nadine Girault.

Cette dernière fait référence à Naveen Kolan, du Groupe Hermès, ainsi qu’à Caroline Mastantuono et sa fille Christina Mastantuono, qui dirigent Rising Phoenix International.

Ce CAQ, délivré par Québec, est indispensable pour les étudiants, afin, ultimement, d'avoir un permis d’études délivré par Ottawa.

Un resserrement de la loi envisagée

Que va faire le gouvernement du Québec? Rien n’est exclu, explique Danielle McCann. On va agir, c’est certain.

Alors que des voix réclament un resserrement de la Loi sur l’enseignement privé, la ministre garde la porte grande ouverte. Cette loi pourrait être modifiée, admet-elle, pour prévenir des phénomènes comme ça dans le futur.

Des collèges privés pourraient aussi fermer leurs portes. C’est toujours possible pour un ministre d’aller jusqu’à la révocation du permis si la situation le demande, ajoute-t-elle, soulignant travailler également avec le ministère de l’Immigration et sa collège Nadine Girault sur ce dossier.

Je pense que dans un horizon pas trop lointain, on va devoir probablement prendre des mesures pour que les choses soient faites dans les règles de l’art, reprend Danielle McCann.

C'est un dossier extrêmement prioritaire pour notre ministère et on veut vraiment le plus rapidement possible y remédier.

Une citation de :Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur

En 2019, la Colombie-Britannique s’est déjà penchée sur des pratiques similaires. Le gouvernement Horgan, pour prévenir le blanchiment d’argent, a interdit aux universités et aux collèges de recevoir de l’argent liquide. Une pratique qui perdure au Québec.

Des milliers de dollars peuvent ainsi être déposés par des étudiants étrangers dans un établissement privé, pour le paiement des frais de scolarité, avec le risque que ces sommes ne soient ultérieurement pas déclarées.

On va regarder aussi toutes ces questions-là. On est en train vraiment d’analyser ce dossier, précise Danielle McCann.

Le Québec, seule province à permettre une immigration par ces diplômes

Depuis 2012, le Québec permet aux étudiants étrangers, dans le cadre d’une entente avec le gouvernement fédéral, d’avoir accès à un permis de travail à l’issue de certaines formations professionnelles courtes. Aucune autre province n’offre de tels avantages, précise le ministère fédéral de l’Immigration.

Ainsi, avec un diplôme d’études professionnelles (DEP), un diplôme d’études collégiales (DEC) ou une attestation d’études collégiales (AEC) d’au moins 900 heures, soit l’équivalent de huit mois d’études, il est possible de rester travailler au Canada, par le biais d’un permis de travail ouvert. Celui-ci est d’une durée de trois ans si la formation est de 1800 heures.

Le campus montréalais du Cégep de la Gaspésie et des Îles est situé dans le quartier Ahuntsic

Le campus montréalais du Cégep de la Gaspésie et des Îles est situé dans le quartier Ahuntsic, au 577 boulevard Henri-Bourassa Est.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les cégeps aussi dans la mire de Québec

Certains cégeps publics sont aussi dans la mire de Québec. Particulièrement ceux faisant affaire avec des firmes de recrutement pour attirer des étudiants étrangers.

Depuis 2015, le Cégep de la Gaspésie et des Îles a une entente afin d’ouvrir un campus à Montréal avec le groupe Matrix, dirigé par l’homme d’affaires ontarien Naveen Kolan, qui a été accusé par l’UPAC pour son rôle auprès de la CSLBP.

Les formations se donnent uniquement en anglais, contre environ 14 000 $ par an. Le Cégep et Matrix – qui a recruté près de 1500 étudiants indiens pour l’établissement – ont refusé de dévoiler leur entente à Radio-Canada.

Une porte-parole du Cégep précise cependant que l’établissement ne paie aucun loyer auprès de Matrix, qui fournit les infrastructures qui servent au bon déroulement du campus de Montréal.

On est en lien avec eux. On veut faire la lumière sur les ententes de partenariat qu’ils ont avec ces firmes. Tout est sur la table, soutient la ministre McCann, qui indique vouloir prendre les mesures nécessaires autant au niveau privé que pour nos établissements publics.

Le Cégep Marie-Victorin, dans l’est de Montréal, a également un partenariat avec Matrix. L’entente de partenariat stipule un partage des revenus à 50/50, affirme une porte-parole de l’établissement, qui se dit préoccupée par les accusations de l’UPAC.

Nous évaluons différents scénarios, dont la possibilité de suspendre temporairement les activités de recrutement des étudiants en provenance de l’Inde prévues avec Matrix afin de nous permettre de mieux évaluer la situation et de prendre, par la suite, les décisions qui s’imposent.

Une citation de :Nathalie Baumgartner, porte-parole du Cégep Marie-Victorin

De son côté, Rising Phoenix International a un contrat avec le Cégep de Rivière-du-Loup depuis 2018 afin de recruter des étudiants chinois.

Avant de signer l'entente, nous n'étions pas au courant que l'UPAC enquêtait sur ces personnes et nous n'avons pas été informés de cette situation par le gouvernement du Québec. Nous analysons présentement toutes les possibilités qui s’offrent à nous relativement à cette entente, confie Jérémie Bouchard, coordonnateur au sein du Cégep.

Cependant, précise-t-il, aucun étudiant n’a encore été recruté par cette firme, notamment en raison du refroidissement des relations Chine-Canada.

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