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Cul-de-sac en vue pour la «rue de la Colonisation» à Fort Frances

Sur le bord d'une rivière, un chemin avec une pancarte où on voit le nom des rues Colonisation et Second street.

La rue de la Colonisation pourrait changer de nom si le conseil municipal vote sur une telle résolution le 14 décembre prochain.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Douglas Judson, conseiller municipal de Fort Frances, a abordé le dossier de la dénomination de la «rue de la colonisation» au conseil du 23 novembre.

Fort du soutien qu'il a reçu de la population durant les deux dernières semaines, M. Judson estime qu'il est temps de relancer un vote sur la résolution qui avait déjà fait l'objet au conseil de discussions avortées en 2017.

Lors de la réunion du conseil lundi, l'avocat de formation a fait valoir l'importance, le pouvoir et la puissance des mots qui sont choisis et utilisés.

[Les mots] établissent les paramètres de nos relations sociales et le cadre dans lequel s'inscrit notre mémoire collective, et la façon dont on la raconte.

Douglas Judson, conseiller municipal Fort Frances
Le conseiller municipal de Fort Frances, Douglas Judson.

Le conseiller municipal de Fort Frances, Douglas Judson (archives).

Photo : Twitter / Douglas Judson

Le conseiller municipal estime que la notion du racisme intrinsèque de ce type de toponymie est selon lui déjà bien établie et acceptée.

Premièrement, il est clair que le débat concernant si l'utilisation du terme colonisation est appropriée ou pas sera limité. C'est un concept raciste, et cela restreint nos efforts à faire de Fort Frances une communauté inclusive et ouverte sur l'avenir.

Douglas Judson, conseiller municipal Fort Frances

Bonne foi du conseil

Au lendemain de son intervention, le conseiller municipal se dit satisfait de la réaction de ses collègues. Un seul aurait, selon M. Judson, proposé de reporter le vote de façon définitive au-delà du mandat du présent conseil.

Les commentaires étaient de bonne foi, et les critiques avancées portaient sur des considérations pratiques [du projet].

Douglas Judson, conseiller municipal Fort Frances

Les enjeux et problématiques potentielles des changements d'adresse des résidents de la rue de la Colonisation ont notamment été évoqués.

Toutefois, mardi matin, M. Judson a indiqué que Postes Canada a confirmé avoir des procédures en place pour de tels chantiers et que le service de renvoi de courrier serait offert gratuitement aux résidents de la rue en question pour une période d'un an.

Un vote le 14 décembre ?

La résolution, présentée une première fois en 2017, aurait comme effet la création automatique d'un comité afin de lancer un processus de consultation publique pour déterminer la nouvelle appellation de la rue de la Colonisation.

Toutefois, après avoir consulté ses confrères, M. Judson a aussi présenté un plan alternatif lundi, qui obligerait tout d'abord le comité à émettre une recommandation pour ou contre le changement de nom. Cette résolution prendrait en compte l'ensemble des contraintes, des inquiétudes et des motivations pour aller ou non de l'avant.

Mon espoir est qu'en reportant un vote sur cette résolution à notre session du 14 décembre, les membres du conseil auront eu plus d'un mois pour consulter leurs électeurs et faire leurs propres recherches.

Douglas Judson, conseiller municipal Fort Frances

Si le conseil municipal accepte, une consultation publique sera lancée.

Entre mémoires collectives et individuelles

Le conseil municipal a aussi reçu des lettres de citoyens concernant le dossier du changement. Notamment Cody Carmody, un ancien résident de Fort Frances, qui s'y retrouve souvent pour voir sa famille.

Si M. Carmodi soutient le changement du nom de la rue, son intervention (Nouvelle fenêtre) a illustré le dilemme moral que lui et d'autres vivent entre la reconnaissance de la mémoire collective et celle qui lui appartient.

De la neige abondante sur une rue.

Cody Carmody a vécu ses premières expériences de la vie à Fort Frances (archives).

Photo : Douglas Judson

Dans sa lettre, il décrit l'attachement émotionnel à la rue de la Colonisation, où il a fait [ses] premiers pas [ses] premières balades à vélo, virtuellement toutes [ses] premières expériences de la vie humaine.

Je n'aime pas l'idée que l'on m'enlève [ces souvenirs]. J'ai l'impression que tous ces souvenirs qui me sont chers, sont non seulement significativement altérées, mais sont aussi ternies. Mais aussi, j'ai l'impression que je devrais avoir honte de garder ma maison, la rue de la Colonisation si près de mon coeur.

Cody Carmody, ancien résident de Fort Frances

Le conseiller Judson reconnaît la légitimité d'un tel attachement émotionnel face au nom d'une rue de cette importance.

À ce sujet, M. Judson souligne la réflexion d'une de ses chroniqueuses favorites sans la nommer, qui affirmait que : l'histoire est dans la renomination ! Personne n'oubliera les anciens noms. M. Judson poursuit en affirmant que : les gens se souviendront de la rue de la colonisation, comme le moment où la communauté s'est rassemblée et a emprunté un chemin différent.

Le conseiller municipal rappelle que cette question est actuellement largement abordée ici au Canada, mais aussi aux États-Unis où on déboulonne plusieurs statues associées au passé esclavagiste du pays.

901 rue de la Colonisation

C'est en passant en voiture devant le nouveau poste de police de Fort Frances, situé au 901 rue de la Colonisation, que le conseiller municipal a eu un déclic et pris la décision de ramener la résolution au conseil municipal raconte-t-il.

Douglas Judson estime qu'il aurait dû y penser auparavant, mais sur l'enseigne du poste se trouvent inscrits le numéro d'immeuble et le nom de la rue : rue de la colonisation.

Ici encore, nous voyons le terme colonisation associé à une forme de pouvoir institutionnel qui n'a pas été une source d'expérience positive pour tout le monde dans notre communauté.

Douglas Judson, conseiller municipal Fort Frances

Il rappelle que d'autres communautés ont déjà eu ces discussions et c'est pour cette raison qu'il est allé de l'avant avec la résolution.

Des précédents légaux

Parmi les documents présentés au conseil se trouve une réponse de la Commission ontarienne des Droits de la Personne, à l'intention du conseiller Judson.

L'organisme encourage l'initiative de Fort Frances, et joint à sa missive, une lettre envoyée à 40 municipalités en mai 2019 à propos des conséquences néfastes des logos d'équipe sportive à référence autochtone utilisés dans les installations sportives municipales.

Des joueurs des Eskimos d'Edmonton, des Redskins de Washington et des Indians de Cleveland

Les logos des Eskimos d'Edmonton, des Redskins de Washington et des Indians de Cleveland font face à un débat sur leur utilisation (archives).

Photo : Presse canadienne et Getty Images

Elle cite notamment un règlement hors cours (Nouvelle fenêtre) obtenu par la municipalité de Mississauga, qui l'obligeait a retiré des noms d'équipes sportives jugées discriminatoires envers les Premières Nations.

Toutefois, M. Judson, avocat de formation, ne pense pas qu'une loi forçant les municipalités à modifier leur toponymie soit la meilleure voie à suivre.

Je pense qu'il y a une courbe d'apprentissage. C'est une opportunité d'avoir une discussion sur ce que la réconciliation veut dire dans notre contexte local. [...] C'est pourquoi je ne suis pas en faveur d'une approche [légale].

Douglas Judson, conseiller municipal Fort Frances

Les résultats obtenus par l’éventail de recherches présentées par la Commission ontarienne des droits de la personne indiquent que l’utilisation d’images à référence autochtone nuit de nombreuses façons (Nouvelle fenêtre), à la fois directes et indirectes, et au fonctionnement psychique des personnes autochtones.

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