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Beauce : le chant du cygne de la maison de Béatrice Vachon

La maison de la dame de 93 ans a été démolie mercredi matin comme plus de 400 autres au centre-ville de Sainte-Marie, en Beauce, en raison des inondations

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Béatrice Vachon devant sa résidence de Sainte-Marie.

Béatrice Vachon quitte sa résidence avec des souvenirs heureux.

Photo : crédits: Louis Gagnon

La maison de Béatrice Vachon, 93 ans, a été démolie mercredi matin avec près de 400 autres situées au centre-ville de Sainte-Marie. Avant de recevoir les pics des démolisseurs, la façade de la résidence a mis de l'avant 325 noms de personnes qui l’ont habité, visité, côtoyé. Un chant du cygne orchestré par son fils afin que la résidence ne tombe pas dans l’anonymat.

C'est une façon pour que les gens se rappellent de cette maison-là. Qu'elle ne passe pas dans l'oubli, explique Louis Gagnon, le créateur derrière cette œuvre éphémère.

Sa mère Béatrice Vachon commençait à se sentir bien seule dans sa résidence de la rue Saint-Louis. L’époque où elle pouvait observer de sa fenêtre les enfants qui jouaient dehors, ou les voisins qui entretenaient leur cour est révolue.

Je suis rentré j’avais 26 ans et je sors à 93 ans. Des années de bonheur, relate-t-elle.

Les souvenirs d’autrefois ont toutefois laissé place à des scènes plus difficiles. Sa maison est devenue, dans les derniers mois, le théâtre de la démolition de plus de 400 résidences, jugées trop endommagées par les crues printanières de la rivière Chaudière.

C'était triste. Tous les jours, tu entends que des maisons se faire démolir. Elle perdait tout son entourage, ses amis, témoigne Louis Gagnon.

La résidence de Béatrice Vachon

La résidence de Béatrice Vachon a été construite en 1947.

Photo : crédits: Louis Gagnon

Avec comme voisin des terrains laissés vacants, Mme Vachon s’est résolue, à contrecœur, à faire démolir sa maison et à aller vivre dans une résidence pour ainés. Elle a complété son déménagement il y a deux semaines.

Il n'y a plus rien de pareil. Je serais restée seule dans ma rue. Ce n’est pas intéressant. Je crois que j'aurais été expropriée, affirme-t-elle pour expliquer son départ.

Une maison à l'image d'une génération

Louis Gagnon n’a pas voulu que la démolition de la maison de son enfance passe sous silence.

Il a soigneusement apposé les noms de toutes les personnes qui l’ont habité, des proches et amis de la famille et aussi toutes les personnes qui habitaient la rue Saint-Louis.

La rue Saint-Louis, c'est une rue où les gens s'installaient et ne bougeaient plus. C'était tous des cas comme mes parents. Ils se sont mariés. ils ont acheté la maison et n'en sont jamais déménagés. On se connaissait tous, raconte M. Gagnon.

Louis Gagnon devant son oeuvre.

Louis Gagnon a voulu que la maison de sa mère ne tombe pas dans l'anonymat.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Louis Gagnon a mis deux jours avec ses sœurs pour apposer les noms sur la façade de la maison.

Pour moi c'est un peu comme une page blanche. Avec les lignes, c'était un peu comme un exercice d'écriture quand j'étais enfant, raconte le designer de métier.

C’était ma maison

Béatrice Vachon aurait préféré finir ses beaux jours dans la maison où elle a eu de bons enfants et été très heureuse

.On aimait rester dans nos choses, mon mari et moi. On mettait ça à notre gout et on était très heureux. Je n'aurais pas aimé ça déménager pour une plus grande ou une plus belle. Non, c'était ma maison, dit-elle.

Mais la maison située au cœur de la zone inondable recevait la visite de plus en plus fréquente de la rivière Chaudière au printemps. Les inondations historiques de 2019 auront finalement eu raison de la détermination de Mme Vachon.

S’il n'avait pas défait toutes les maisons, j'aurais été prête à continuer quelques années. Maintenant je suis rendue au Château Sainte-Marie, se désole-t-elle.

Béatrice Vachon observe le terrain de son ancienne résidence depuis son logement.

Béatrice Vachon peut observer le terrain de son ancienne résidence depuis son logement.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Mme Vachon n’a pas assisté à la démolition de sa résidence mercredi matin. Elle préfère rester chez elle et ne pas voir ses vieux souvenirs devenir poussière.

Du haut de la colline, je vois ma maison. J’essaie de ne pas être trop triste. Je trouve que j'ai de beaux souvenirs. Les plus beaux souvenirs prennent le dessus, conclut-elle.

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