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Les libertés prises par The Crown avec la réalité historique

« Quand on regarde The Crown, il faut être conscient qu’il ne faut pas prendre la série au pied de la lettre. C’est une fiction avec des choses basées sur des faits réels et des choses inventées. »

Il porte un costume sombre et elle porte une blouse bleue.

Le prince Charles et Diana dans «The Crown»

Photo : des willie/netflix / Des Willie

Fanny Bourel

Depuis son lancement sur Netflix le 15 novembre, la quatrième saison de la série The Crown passionne les fans, mais suscite des critiques quant à l’inexactitude de certains éléments historiques racontés. 

Alerte divulgâcheur : Si vous n’avez pas vu la série The Crown, cet article révèle des éléments de lintrigue.

Ce début de saison est marqué par la mort de Lord Mountbatten, le père de substitution du prince Charles. Dans la série, avant d’être tué par l’Armée républicaine irlandaise (IRA) en 1979, il écrit une lettre à ce dernier dans laquelle il se montre critique envers ses choix de vie et sa relation avec Camilla Parker Bowles. Ces mots s’avèrent déterminants dans la décision du prince Charles de se marier avec Diana.

Il n’y a pas de trace de cette lettre. D’ailleurs, Peter Morgan [le créateur de The Crown] l’a reconnu dans le balado officiel de la série, affirme le journaliste français Pierre Trouvé, qui a coécrit The Crown, le vrai du faux.

Dans cet ouvrage, qui sort ce mois-ci en librairie, Pierre Trouvé ainsi que ses collègues se sont livrés à une rigoureuse vérification des faits présentés dans les trois premières saisons de The Crown, fouillant dans les archives et confrontant le récit fait par cette populaire série à la réalité historique. 

Je pense que tout ce qui est dans la lettre écrite par Mountbatten à son petit-neveu Charles représente son point de vue, selon tout ce que j’ai lu et les personnes à qui j’ai parlé, s’est défendu Peter Morgan. 

Autre critique adressée à The Crown : la représentation erronée du rapport qu’entretenait la reine avec la première ministre britannique Margaret Thatcher.

Les gens vont désormais croire que la reine détestait Margaret Thatcher et qu’elle voulait que la planète le sache, ce qui est absolument faux, a dit à CBC News Hugo Vickers, historien et auteur de The Crown Dissected

C’est scandaleux parce que les gens le croient, car The Crown est très bien faite, a-t-il ajouté. C’est somptueusement produit. C’est magnifiquement joué. Et c’est bien écrit. Alors, bien sûr, on ne peut pas juste l’écarter comme si c’était une nouvelle de journaux à scandales.

Elle parle à des journalistes.

Gillian Anderson dans le rôle de Margaret Thatcher dans «The Crown»

Photo : des willie/netflix / Des Willie

La très attendue rencontre de Diana et Charles

Pierre Trouvé et ses coauteurs ont mis trois mois à écrire leur livre. Impossible donc pour eux d’avoir décortiqué ces nouveaux épisodes en seulement une semaine. 

Toutefois, ils peuvent déjà affirmer que la rencontre entre Diana et Charles ne s’est pas exactement déroulée comme le raconte le premier épisode de cette nouvelle saison. Diana n’était pas déguisée et, selon ce qu’elle a déclaré plus tard en entrevue, les deux futurs époux se sont rencontrés dans un champ. 

La tonalité de cette rencontre est plutôt juste, dit Pierre Trouvé. Mais il y a toute une part de romance qui a été calquée sur la chronologie.

La comédienne est vêtue d’une réplique de la robe de mariée de Diana Spencer lors de son mariage avec le prince Charles.

Emma Corrin incarne la princesse Diana dans la quatrième saison de «The Crown».

Photo : Netflix

Au Royaume-Uni, une partie de la presse et des spécialistes de la vie royale se sont émus de la manière dont cette quatrième saison de The Crown donnait le mauvais rôle au prince Charles. 

Ils pensent que Charles a été très durement dépeint et que Diana est, en effet, décrite comme une sorte d’ange, a déclaré à CBC News Camilla Tominey, correspondante royale pour le journal britannique The Daily Telegraph.

[La série] décrit la relation [entre Charles et Diana] comme étant difficile dès le début. En fait, ce n’est pas le cas, a-t-elle ajouté.

Une fiction, et non un documentaire 

Il ne faut pas s’attendre à ce que The Crown soit un documentaire; cela reste une fiction, souligne Pierre Trouvé. 

Comme ses collègues et lui le rappellent en introduction de leur livre, l’extrême soin apporté à la reconstitution des décors ainsi que des costumes et la conscience aiguë de l’histoire de la famille royale et du Royaume-Uni qu’a développée le créateur de la série Peter Morgan – il notamment écrit le scénario du film The Queen dans lequel Helen Mirren a incarné Élisabeth II en 2006 – ne suffisent pas à faire de The Crown une biographie filmée à valeur historique. 

Les personnages de la famille royale existent vraiment, le contexte est vrai dans les grandes lignes, mais quand on se penche sur les détails, on constate que certains personnages sont inventés, que des libertés sont prises avec certains personnages et qu’il y a des anachronismes, ajoute celui qui encourage les téléspectateurs et téléspectatrices à aller plus loin que le simple fait de consulter Wikipédia.

Quand on regarde The Crown, il faut être conscient qu’il ne faut pas prendre la série au pied de la lettre. C’est une fiction avec des choses basées sur des faits réels et des choses inventées.

Pierre Trouvé, coauteur de The Crown, le vrai du faux

Une réalité souvent romancée

Parmi les raccourcis pris par The Crown au cours des trois premières saisons pour renforcer l’intérêt dramatique de la série, on trouve les tromperies du prince Philip plusieurs fois évoquées dans le scénario. Cela constitue l’arc narratif de toute la deuxième saison alors qu’il n’y a jamais eu une seule preuve des infidélités du prince Philip, explique Pierre Trouvé. 

Dans la troisième saison, la princesse Margaret se rend en voyage aux États-Unis, en 1965, avec pour mission d’amadouer le président américain Lyndon Johnson afin que le Royaume-Uni, en difficulté sur le plan financier, obtienne un prêt du Fonds monétaire international (FMI). En réalité, le prêt avait déjà été négocié deux mois auparavant, dit-il. Et le rapide baiser échangé entre la princesse Margaret et le président dans The Crown n’est que pure invention. 

Un homme et une femme dansent.

Dans la réalité, le dîner officiel auquel ont participé la princesse Margaret et le président Lyndon Johnson a été plus sobre que ne le montre la série.

Photo : Netflix / Des Willie

Autre entorse à la réalité historique : la relation entre Jackie Kennedy et Élisabeth II, qui aurait été jalouse de la première dame des États-Unis. Dans The Crown, la reine dit avoir le même âge que Jackie Kennedy, qui paraît plus jeune. Or, la reine est née trois ans plus tôt. Et cette dernière n’est pas partie en voyage officiel au Ghana dans le but de surpasser Jackie Kennedy, puisque ce déplacement était prévu de longue date. Dans The Crown, la rivalité entre les deux femmes est fantasmée, précise Pierre Trouvé.

Quant au documentaire sur la famille royale tourné en 1969, il n’a ni fait l’objet de très mauvaises critiques ni été interdit de rediffusion comme le dit la série. Mon collègue est allé voir dans les archives de la presse [britannique] et il n’a pas trouvé de traces de critiques scandaleuses, indique Pierre Trouvé. Et surtout, le documentaire a arrêté d’être rediffusé, car au bout d’un moment, il devenait trop vieux.

Enfin, toutes les scènes relatant les échanges entre la reine et les chefs du gouvernement britannique sont de la pure fiction, aucune autre personne n’étant présente lors de ces rendez-vous. 

Des vérités

Par contre, certaines anecdotes rapportées par The Crown sont vraies. Par exemple, la dispute entre le prince Philip et Élisabeth II lors de laquelle cette dernière jette une raquette de tennis à son mari a bien été filmée par des journalistes alors que le couple était en voyage en Australie en 1954. C’est vrai que leur entourage est allé récupérer les bobines auprès des journalistes, affirme Pierre Trouvé.

Et la femme du premier ministre britannique Macmillan avait bien un amant.

Selon Pierre Trouvé, les libertés prises par The Crown avec la vérité n’invalident pas pour autant l’ensemble de la série : Le caractère des personnages est plutôt fidèle à la réalité.

Ainsi, dans l’épisode « Pater Familias », qui se concentre sur la relation entre le prince Philip et son fils Charles, ce dernier déçoit les espoirs paternels placés en lui et semble souffrir d’être rabaissé par son père. Cela correspond à ce que le prince Charles et certains de ses proches ont raconté par la suite au biographe Jonathan Dimbleby.

Avec les informations de CBC News

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