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Leamington : la « capitale de la tomate » a tourné la page sur la guerre du ketchup

Deux tracteurs font la récolte de tomates dans un champ de Leamington.

Les Fermes Palichuk ont continué à produire des tomates de transformation malgré le changement de propriétaire à l'usine de Leamington en 2014.

Photo : Soumise par Wayne Palichuk

Thalia D’Aragon-Giguère

Plus de six ans après avoir mis la clé sous la porte de son usine ontarienne de Leamington, la compagnie américaine Kraft Heinz fabriquera à nouveau du ketchup au Canada. Cette fois-ci, l’entreprise a misé sur la Belle Province.

Si l’ajout de cette chaîne de production dans les installations de Kraft Heinz à Montréal annonce un nouveau chapitre dans la saga de la tomate, la petite ville de Leamington a depuis longtemps enterré la hache de guerre.

Une gigantesque tomate se trouve au coin d'une rue de Leamington.

La municipalité de Leamington est située dans le Sud-Ouest de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Thalia D'Aragon-Giguère

En 2014, le géant alimentaire a délocalisé une partie de sa production aux États-Unis, forçant la fermeture de son usine centenaire de Leamington. Plus de 700 personnes ont perdu leur emploi.

L'usine de transformation a aussitôt été rachetée par le consortium canadien Highbury Canco, qui a su donner un second souffle au principal poumon économique de la région.

Bien que le départ de Heinz ait laissé un goût amer dans le Sud-Ouest ontarien, la municipalité de Leamington s’est avérée être la grande gagnante de la guerre du ketchup et voit d’un bon œil le retour au pays du géant alimentaire dans ce secteur de la transformation.

Faire la paix avec le passé

J’ai appris la nouvelle par un communiqué de presse, relate Hilda MacDonald, mairesse de Leamington. J’étais étonnée de leur retour.

Malgré les profondes cicatrices laissées par la fermeture de l’usine Heinz dans sa communauté de 27 595 habitants, Mme MacDonald refuse de ressasser de vieilles histoires. Nous avons laissé cela derrière nous, confie-t-elle. Nous regardons maintenant vers l’avenir.

Hilda MacDonald se tient devant une maison.

Hilda MacDonald, mairesse de Leamington

Photo : Radio-Canada / Stacey Janzer

Pour Rakesh Naidu, président de la Chambre de commerce régionale de Windsor-Essex, c’est un récit à succès qui a défilé sous ses yeux après le départ de Heinz de Leamington. La population a été très résiliente, mentionne-t-il. Nous avons rapidement trouvé un excellent partenaire d’affaires en Highbury Canco.

Avec le recul, c’est toujours difficile de perdre l’un de ses principaux employeurs, mais le dénouement a été bénéfique.

Une citation de :Rakesh Naidu, président de la Chambre de commerce régionale de Windsor-Essex

Il reconnaît toutefois que Kraft Heinz demeure un joueur important dans la région. Nous avons entretenu une bonne relation, précise M. Naidu. C’est un client important de Highbury Canco.

En 2019, une entente pluriannuelle a été signée entre Kraft Heinz Canada et Highbury Canco garantissant la production à Leamington de plusieurs produits du géant alimentaire, notamment les haricots en conserve, le jus de tomate et la sauce pour pâtes.

Des conserves de produits Heinz dans des boîtes de carton.

Kraft Heinz est l'un des principaux clients du consortium canadien Highbury Canco.

Photo : La Presse canadienne / Paul Sakuma

Nous faisons toujours partie de la communauté de Leamington, souligne Av Maharaj, directeur administratif de Kraft Heinz Canada. Nous utilisons près de 175 millions de leurs tomates chaque année dans nos produits.

Nous achetons plus de tomates de Leamington que tout le marché de ketchup de détail combiné.

Une citation de :Av Maharaj, directeur administratif de Kraft Heinz Canada

M. Naidu espère que la multinationale américaine aura tout de même une pensée pour les agriculteurs de la région au moment de s’approvisionner en tomates pour sa production de ketchup à Montréal.

Ils savent très bien que nous cultivons certaines des meilleures tomates au pays, fait-il valoir. Ce n’est pas pour rien que Leamington est la capitale canadienne de la tomate.

Kraft Heinz Canada affirme avoir déjà fait part de son intérêt pour les tomates du Sud-Ouest de l’Ontario. Nous examinons toutes les chaînes d'approvisionnement disponibles au Canada et, bien sûr, nous allons voir si c’est possible d’utiliser les tomates de Leamington, indique M. Maharaj.

Av Maharaj pose devant la caméra.

Av Maharaj, directeur administratif de Kraft Heinz Canada

Photo : Soumise par Av Maharaj

La mairesse Hilda MacDonald doute quant à elle de la loyauté de Kraft Heinz envers sa municipalité de Leamington. Nous sommes assez loin de Montréal, soutient-elle. Ce sera avant tout une question de prix, car c’est toujours ce qui motive le marché.

Le Québec souhaite également tirer son épingle du jeu en matière d'approvisionnement local alors que la province accorde un prêt de 2 millions de dollars à la compagnie américaine.

Dans l’immédiat, Kraft Heinz Canada confirme que ce sont cependant des tomates américaines qui se retrouveront dans leur populaire condiment en raison des ententes en vigueur avec les producteurs agricoles au sud de la frontière.

Sortir vainqueur des hostilités

Pour Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l'Université Dalhousie, le retour de Kraft Heinz a fort probablement remué le couteau dans une plaie qui date de plusieurs années à Leamington.

L’annonce de la fermeture de l’usine Heinz, en 2014, avait révélé toute la fragilité de l’économie locale. Nous avons rapidement compris que Leamington n’est rien sans le secteur de la transformation, explique M. Charlebois.

Sylvain Charlebois en entrevue près d'une balustrade dans l'atrium d'un bâtiment.

Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l'Université Dalhousie

Photo : Radio-Canada

Selon lui, la communauté avait tenu pour acquis l’ancrage de la multinationale Heinz dans la région. Son usine de ketchup, ouverte en 1909, faisait rouler l’économie depuis plus d’un siècle, accueillant des générations complètes de travailleurs.

Heureusement, Highbury Canco a pu ressusciter la communauté de Leamington, et c’est devenu une étude de cas à succès, note M. Charlebois. Les gens ont compris que mettre tous ses œufs dans le même panier n’était pas payant à long terme.

Auparavant, la communauté était extrêmement vulnérable puisque sa destinée était contrôlée par une seule compagnie, soit Heinz. Aujourd’hui, elle est plus en mesure de répartir les risques avec Highbury Canco.

Une citation de :Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l'Université Dalhousie

Le consortium canadien Highbury Canco a ainsi permis de diversifier la clientèle désireuse de se procurer la fameuse tomate de Leamington en tissant des liens avec plusieurs compagnies, notamment French’s.

S’il perd un client, il ne perd pas tout, précise M. Charlebois. Il a développé un modèle d’affaires durable, et c’est ce dont les producteurs de la région avaient besoin.

Wayne Palichuk est bien placé pour témoigner de ce changement de garde à l’usine de transformation de Leamington. Son fils est la quatrième génération à prendre la relève familiale de l’exploitation agricole de tomates.

La devanture du complexe industriel Highbury Canco à Leamington. Il est inscrit « Highbury Canco » sur un bâtiment et « Heinz » sur une cheminée d'usine.

Le nom de la compagnie Heinz figure toujours sur une cheminée d'usine du complexe industriel Highbury Canco à Leamington.

Photo : Radio-Canada / Thalia D'Aragon-Giguère

Il y a toujours eu des rumeurs selon lesquelles Heinz pouvait nous quitter un jour, se rappelle M. Palichuk. La décision de se retirer a certainement laissé un goût amer en bouche.

Il assure toutefois se sentir entre bonnes mains depuis l’arrivée de Highbury Canco dans la région. C’est une compagnie qui a une compréhension globale des affaires, dit-il.

Je crois qu’aller de l’avant avec une nouvelle compagnie a été très positif. Highbury Canco est ici à long terme et encourage la culture de la tomate en travaillant avec les producteurs de la région.

Une citation de :Wayne Palichuk, propriétaire des Fermes Palichuk à Leamington

Pour l’expert en agroalimentaire Sylvain Charlebois, il ne fait aucun doute que Leamington a remporté la guerre du ketchup.

C’est elle qui a gagné à long terme puisqu’elle n’est plus aussi dépendante, mentionne-t-il. À mon avis, c’est une belle histoire.

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