•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Indignation en France après le démantèlement violent d'un campement de migrants

Les violences sont survenues tout juste avant que les élus ne se prononcent sur la controversée proposition de loi sur la « sécurité globale », qui vise à pénaliser la diffusion malveillante d'images de policiers.

Un gendarme français tire sur une tente, près d'une foule.

Un gendarme français déplace une des tentes installées par des demandeurs d'asile sur la place de la République.

Photo : Getty Images / AFP/MARTIN BUREAU

Agence France-Presse

Des responsables de l'opposition de gauche mais aussi de syndicats et d'associations d'aide aux migrants ont vivement dénoncé mardi le démantèlement violent par la police, lundi à Paris, d'un campement de migrants, en majorité afghans et en errance, fustigeant une « dérive liberticide ».

Plusieurs centaines de migrants et leurs soutiens, qui avaient installé lundi soir des tentes place de la République, à Paris, pour réclamer des places d'hébergement d'urgence, ont été dispersés sans ménagement par les forces de l'ordre.

Après avoir évacué ce campement informel en arrachant les tentes à des migrants qui se trouvaient parfois encore à l'intérieur, les forces de l'ordre ont usé de gaz lacrymogènes et de grenades de désencerclement dans le centre de la capitale française pour disperser les groupes de migrants et de militants associatifs.

On est là pour montrer qu'on n'a nulle part où aller. On ne veut pas vivre comme des animaux, on est juste venus demander l'asile.

Murtaza, Afghan de 20 ans

Le campement hébergeait essentiellement des hommes afghans qui réclamaient un hébergement d'urgence après un précédent démantèlement la semaine dernière. La violence de la scène a suscité une vague d'indignation dans le milieu associatif et politique en France, jusque dans les rangs de la majorité.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé mardi avoir demandé à l'IGPN, la police des polices, de remettre ses conclusions sous 48 h. Dans la nuit, il avait évoqué des images choquantes et demandé un rapport circonstancié au préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Des gens circulent parmi des rangées de tentes. À l'avant-plan, deux hommes discutent devant leur tente.

Le campement hébergeait essentiellement des hommes afghans qui réclamaient un hébergement d'urgence après un précédent démantèlement la semaine dernière.

Photo : Getty Images / AFP/MARTIN BUREAU

Après l'évacuation, la semaine dernière, d'un camp insalubre géant de migrants près de Paris, plus de 3000 personnes avaient bénéficié d'une mise à l'abri. Mais selon les associations, entre 500 et 1000 exilés ont été laissés sur le carreau.

Les ministres de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, et du Logement, Emmanuelle Wargon, ont demandé mardi une prise en charge sans délai pour les centaines de migrants de nouveau forcés à l'errance.

Dénonciation à gauche, approbation à droite

Gauche et écologistes ont dénoncé des images insupportables après le démantèlement du campement.

Les images sont extrêmement choquantes, on a vu des violences vis-à-vis de réfugiés en situation extrêmement difficile, a critiqué l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, y voyant l'illustration d'une dérive liberticide qui est dangereuse.

J'ai trouvé cela scandaleux, hallucinant, les gens occupent pacifiquement une place avec des tentes, ils ne font de mal à personne, tout simplement parce qu'ils ont un problème de logement, il n'y a pas de solution de relogement et il y a une intervention qui est totalement disproportionnée.

Laurent Berger, leader du syndicat CFDT, sur France 2

Pour Philippe Martinez, chef du syndicat CGT, c'est une façon de faire scandaleuse qui pose la question de l'accueil des migrants qui sont déplacés, chassés. Quand on les traite comme ça, c'est digne d'un pays qui n'est pas la France.

Des hommes filment des policiers avec des téléphones cellulaires.

Plusieurs personnes ont filmé les gendarmes qui procédaient au démantèlement du campement, lundi, place de la République.

Photo : Getty Images / AFP/MARTIN BUREAU

Le chef de file des députés Insoumis (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon a dénoncé des moyens d'une sauvagerie exceptionnelle déployés selon lui par les forces de l'ordre.

Il a demandé de suspendre le vote à l'Assemblée nationale de la proposition de loi sur la sécurité globale, dénonçant à nouveau le point particulièrement controversé de ce texte qui pénalise la diffusion malveillante de l'image des policiers.

Le député a fustigé le ministre de l'Intérieur : C'est lui qui est responsable de tout ça, il se lève le matin et est choqué par des images, et veut l'après-midi interdire la possibilité de faire des images.

J'ai été sidéré par ce que j'ai vu, a réagi le secrétaire national du Parti socialiste, Olivier Faure, appelant l'exécutif à renoncer au texte. C'est un gouvernement qui perd les pédales dans son rapport aux libertés publiques, à l'éthique, a renchéri le porte-parole du parti, Boris Vallaud.

La droite et l'extrême droite ont au contraire apporté leur soutien aux forces de l'ordre et au préfet de police de Paris.

Une polémique qui en teinte une autre

La polémique sur cette violente évacuation d'un campement de migrants vient percuter le vote prévu mardi par les députés français de la proposition de loi controversée sur la sécurité globale qui pénalise la diffusion malveillante de l'image des policiers.

« Liberté d'expression quand ça vous arrange », peut-on lire sur une pancarte brandie par une manifestante entourée de quelques autres personnes derrière des barrières de sécurité.

Des Français protestent contre la loi sur la « sécurité globale », mardi devant l'Assemblée nationale.

Photo : Reuters / GONZALO FUENTES

Les députés doivent donner leur feu vert, lors d'un vote solennel sur l'ensemble du texte présenté par le parti présidentiel (LREM) et son allié Agir, mais les images de policiers brutalisant des migrants et un journaliste viennent apporter de l'eau au moulin de ses opposants et semer le doute au sein de la majorité.

Les images d'hier n'ont pas aidé, relève une source parlementaire LREM. Je pense qu'on s'achemine vers environ 40 abstentions, par contre très peu de votes contre, pronostique-t-elle.

De son côté, la députée de gauche radicale Clémentine Autain a ironisé à l'adresse du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin : Elles servent ces images, vous qui avez voulu leur interdiction.

L'article 24 de la proposition de loi a cristallisé passions et antagonismes dans ce texte.

Pour protéger ceux qui nous protègent, jetés en pâture sur les réseaux sociaux, la majorité souhaite pénaliser d'un an de prison et 45 000 euros d'amende la diffusion de l'image du visage ou tout autre élément d'identification de membres des forces de l'ordre en intervention, quand elle porte atteinte à leur intégrité physique ou psychique.

L'initiative est plébiscitée par les syndicats policiers, mais suscite une levée de boucliers à gauche et chez les défenseurs des libertés publiques, qui y ont vu une atteinte disproportionnée à la liberté d'informer.

Des déclarations tous azimuts de Gérald Darmanin, plaidant pour un floutage des forces de l'ordre ou pour l'accréditation obligatoire des journalistes devant couvrir une manifestation, avant de se raviser, n'ont rien arrangé à l'affaire.

Si bien que gouvernement et majorité ont voulu déminer la controverse en réécrivant l'article incriminé.

Au bout de quatre heures de débats denses, l'Assemblée a adopté par 146 voix contre 24 la mesure, qui spécifie dorénavant que le futur délit ne peut porter préjudice au droit d'informer et que l'intention malveillante contre les forces de l'ordre doit être manifeste.

Des personnalités de la société civile et des milliers d'opposants ont manifesté samedi dans toute la France pour réclamer le retrait d'un texte jugé liberticide.

Même Bruxelles fait les gros yeux. La Commission européenne a rappelé lundi que les journalistes devaient pouvoir faire leur travail librement et en toute sécurité.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !