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Analyse

Huawei au Canada : le fruit est presque mûr pour une décision d’Ottawa

Le gouvernement évite de trancher depuis une année dans ce dossier délicat.

Un logo de Huawei affiché dans un magasin de détail à Pékin.

Le gouvernement Trudeau n’a pas encore annoncé s’il permettra à Huawei de développer le réseau 5G au pays.

Photo : Getty Images / FRED DUFOUR

Faut-il bannir ou non Huawei du réseau de téléphonie 5G au Canada? Le gouvernement Trudeau réfléchit à cette question depuis plus d’un an. Il jongle avec des balles commerciales, politiques, diplomatiques et de sécurité. Un numéro qui pourrait bien tirer à sa fin.

Ottawa joue à l’équilibriste, avec d’un côté, les intérêts commerciaux des compagnies de téléphonie cellulaire canadiennes, dont certaines avaient déjà mis leurs œufs dans le panier de Huawei, et qui exigeaient des compensations si la compagnie était bannie du Canada.

De l’autre, les considérations internationales de ses alliés du Groupe des cinq (États-Unis, Grande-Bretagne, Australie et Nouvelle-Zélande) qui ont tous limité la participation de Huawei dans leur pays respectif, et qui pressaient Ottawa de faire de même afin de ne pas compromettre le partage de renseignements secrets.

Pour qu’Ottawa sente qu’il peut prendre une décision claire sur Huawei, de nombreux astres doivent s’aligner. Et sans contredit, l’astre qui exerce le plus d’effet gravitationnel au dossier est le trou noir de l’affaire Meng Wanzhou et des deux Canadiens détenus arbitrairement par Pékin.

Le Canada évite donc depuis un an de prendre position, parce qu’il attend la fin d’un examen de la technologie 5G émergente et des considérations sécuritaires et économiques qui y sont associées, qui inclura les conseils de nos agences de sécurité, et tiendra compte des décisions de nos alliés et partenaires.

Or, une série d'événements récents au Canada et aux États-Unis laisseraient croire que les conditions sont réunies pour qu’Ottawa songe à sortir de son immobilisme.

Meng Wanzhou

Meng Wanzhou quitte sa résidence le 23 novembre pour se rendre à la Cour suprême de la Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Marissa Tiel

Concurrence

Premier poids dans la balance : Bell, Rogers et Telus, qui avaient déjà tissé des liens d’affaires avec Huawei, exigeaient des compensations d’Ottawa si elles étaient forcées de les détricoter.

Les trois principales compagnies canadiennes de téléphonie cellulaire ont finalement choisi d'elles-mêmes de ne pas collaborer avec Huawei pour leur réseau 5G. Un renversement de situation généré par les tergiversations d’Ottawa et les pressions américaines.

Les trois entreprises se sont jointes à l’alliance Clean Network (réseau propre) aux États-Unis, un groupe de compagnies sécuritaires qui refusent de faire affaire avec des entreprises jugées compromises comme Huawei.

Les partis d’opposition diront que Justin Trudeau a attendu tellement longtemps qu’il a forcé les compagnies à prendre une décision qui leur déplaisait. Mais la requête de compensation directe n’étant plus (officiellement) sur la table, l’argument monétaire devient moins un facteur pour Ottawa.

Sécurité et politique

Deuxième poids : quatre des membres du Groupe des cinq considèrent Huawei comme un risque à leur sécurité nationale, en raison de ses liens avec le régime chinois. Le Canada n’a pas encore franchi ce pas. Mais le plus récent rapport du Centre de la sécurité des télécommunications, rendu public la semaine dernière, cite pour la première fois la Chine comme une des plus grandes cybermenaces stratégiques ciblant le Canada.

Troisième poids dans la balance, et probablement le moindre : une motion adoptée aux Communes la semaine dernière, qui donne 30 jours pour prendre une décision sur Huawei et se doter d’un plan robuste pour lutter contre l'ingérence chinoise. C’est une motion non contraignante, mais elle pourrait quand même contribuer à donner un semblant de couverture politique aux libéraux.

Gros plan sur le visage souriant de Joe Biden.

Joe Biden deviendra en janvier 2021 le 46e président des États-Unis.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Et finalement, le poids dont la masse demeure encore inconnue : l’élection de Joe Biden. Le président élu ne relâchera probablement pas les pressions commerciales et diplomatiques sur la Chine, puisque les démocrates et les républicains sont plutôt unis dans ce dossier.

Toutefois, il est envisageable que la nouvelle administration adopte une approche moins conflictuelle. Si Joe Biden choisit une stratégie plus nuancée, il pourrait considérer la situation peu enviable dans laquelle se trouve le Canada depuis l’arrestation de Meng Wanzhou, et peut-être même mettre un frein à sa demande d’extradition.

C’est loin d’être certain, mais c’est un facteur qui pourrait donner à Ottawa un peu plus de marge de manœuvre, alors que le gouvernement fédéral continue de jongler avec les conséquences de bannir ou non Huawei du pays.

À moins qu’Ottawa estime que puisque les trois principales compagnies de téléphonie canadiennes ont laissé tomber Huawei de leur plein gré, la jonglerie n’est plus nécessaire pour tenir le public en haleine.

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