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Une Première Nation reçoit 91 M$ d’Ottawa qui avait utilisé sa terre comme champ de tir

Yekau Lake sous la neige.

La Première Nation et Ottawa ne sont pas d'accord sur le type de bombes utilisées à Yekau Lake.

Photo :  CBC / Dave Bajer

Radio-Canada

Le gouvernement fédéral versera 91 M$ à la Première Nation crie Enoch pour avoir utilisé sa terre à Yekau Lake, à l’ouest d’Edmonton, comme champ de tir d’entraînement durant la Deuxième Guerre mondiale.

L’accord, signé le 13 novembre, prend en compte le traumatisme vécu par les personnes vivant à proximité, le besoin de remise en état du terrain et la perte de revenus.

Un terrain de golf avait été aménagé à cet endroit par la Première Nation, mais il avait dû fermer en 2014 pour des raisons de sécurité.

Le chef de la Première Nation crie Enoch, Billy Morin, estime que jusqu'à 100 000 munitions ont été utilisées sur ce champ de tir de 1942 à 1944.

Le chef Billy Morin.

Le chef Billy Morin fait partie de ceux qui négocient avec le gouvernement fédéral depuis 5 ans.

Photo :  CBC / Dave Bajer

Il explique que le gouvernement fédéral louait le terrain à la Première Nation, mais qu’il n’y avait pas eu de référendum organisé auprès des membres. Billy Morin ajoute également que la Première Nation réinvestissait cet argent dans l’effort de guerre. C'était une façon d'œuvrer ensemble pour le bien commun. Et, à l’époque, le bien commun c'était de faire front ensemble et de défendre ce pays.

Selon Billy Morin, il est impossible de mettre un prix sur le traumatisme vécu par la Première Nation. Il se dit heureux de clore ce chapitre, même si aucune somme d'argent ne pourra permettre à cette terre de redevenir ce qu’elle était

À la fin de Deuxième Guerre mondiale, lorsque le gouvernement fédéral n’a plus eu besoin du terrain, la Première Nation a pu le récupérer. 

Des conséquences à long terme

Toutefois, explique Billy Morin, elle ne pouvait plus y chasser, car le terrain était dangereux et qu’il n’y avait plus de poissons dans le lac. De plus, Yekau Lake était la seule source d’eau pour ceux qui vivaient-là. Or, si les membres de la Première Nation voulaient en sortir, il fallait qu’ils demandent l’autorisation au gouvernement fédéral en accord avec la Loi sur les Indiens. 

Ils ont vraiment été blessés, dit Billy Morin. 

Garin Morin, qui vivait près de Yekau Lake dans les années 1950, se souvient que les gens avaient peur d’y aller. La peur a pris beaucoup de leur liberté, déplore-t-il.

Gary Morin.

Gary Morin, aujourd'hui âgé de 71 ans, se souvient de la vie à Yekau Lake dans les années 1950.

Photo :  CBC / Dave Bajer

Garin Morin, 71 ans, se souvient qu'il trouvait de temps en temps ce qui ressemblait à une grosse balle en métal, alors qu’il chassait avec les anciens. Il se rappelle aussi les chevaux sauvages qui tombaient dans les cratères laissés par les bombes et le lac qui semblait perdre sa végétation, sans doute à cause de la pollution due aux munitions. 

M. Morin dit que les animaux qu’il avait l’habitude de voir, les cougars, les lynx, les lapins, ne sont pas revenus. 

Gary Morin est de ceux qui ont pris part au projet d'aménagement du terrain de golf Indian Lake. Billy Morin explique que la Première Nation avait décidé d'utiliser le terrain, car on leur avait dit que seules des bombes d'entraînement y avaient été utilisées, donc des bombes ne représentant pas un grand danger. 

Quel type de bombes?

Dans une déclaration envoyée à CBC/Radio-Canada, le ministère de la Défense nationale assure qu’on n’a rien trouvé démontrant que d’autres munitions ont été utilisées

Le ministère ajoute que lors de fouilles approfondies effectuées en 2007, en 2009, en 2010 et en 2014 seules trois bombes d’entraînement qui n’avaient pas explosé ont été retrouvées. Il estime que le terrain peut être utilisé sans danger, mais il souhaite que le public soit informé de ce à quoi il a servi avant de l’utiliser. 

En 2011, une enquête indépendante effectuée à la demande de la Première Nation crie Enoch avait révélé la présence d’explosifs actifs à charge lourde. Toute la zone avait été déclarée dangereuse. 

Malgré tout, Billy Morin estime que l’accord signé est une bonne chose. En fin de compte, le gouvernement fédéral et [ses] négociateurs n’ont pas à vivre ici. Nous, oui. Et nous devons trouver une façon satisfaisante pour mes membres d'aller de l’avant, dit-il. 

Je crois que c’est sans danger pour notre peuple ici, indique Billy Morin. Je crois que nous faisons tout ce qu’il faut pour que ce soit sécuritaire, sinon nous n'aurions jamais signé l’accord. 

Dans une déclaration, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, assure que le gouvernement fédéral reste à la disposition de la Première Nation crie Enoch si elle avait besoin d’une aide particulière afin de continuer à remettre le terrain en état. 

Avec les informations de Kyle Muzyka

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