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Le sexto, illégal mais populaire auprès des jeunes bas-laurentiens

Une femme tient en main un téléphone intelligent.

Au Bas-Saint-Laurent, un jeune sur trois a déjà envoyé un sexto (archives).

Photo : iStock

Radio-Canada

Envoyer une photo intime à sa douce moitié peut sembler inoffensif, mais pour les jeunes de moins de 18 ans, cette pratique peut mener à une accusation au criminel. Au Bas-Saint-Laurent, un jeune sur trois s'expose à de telles poursuites, souvent sans le savoir.

C'est ce que démontre l'étude Connaître les jeunes et leurs perceptions pour mieux prévenir la prostitution et l’exploitation sexuelle. Cette étude, à laquelle la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent a participé, a été financée par le ministère de la Sécurité publique du Québec.

En entrevue à l'émission Bon pied, bonne heure!, la professeure de psychologie à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Karine Côté, qui a codirigé l'étude, explique que 1200 jeunes, majoritairement âgés de 15 à 19 ans, ont été interrogés sur leurs expériences sexuelles, de sextage et de consommation de pornographie, ainsi que sur leurs expériences avec la prostitution et l'exploitation sexuelle et leur perception de ces enjeux.

Environ un jeune sur trois a déjà fait un film ou une photo de lui-même nu ou semi-nu, dans une position sexuellement implicite, et environ un sur trois l'a déjà envoyé.

Karine Côté, psychologue, chercheuse et professeure à l'UQAC

C'est vraiment alarmant parce que ça veut dire qu'un jeune sur trois s'expose potentiellement à des poursuites criminelles, ajoute Mme Côté.

Les conséquences juridiques du sextage (le fait d'envoyer du contenu sexuel comme des photos ou des vidéos montrant de la nudité par messagerie texte) sont particulièrement méconnues par les jeunes, selon Mme Côté.

On parle de personnes mineures, donc on parle vraiment de pornographie juvénile. La possession, la production et la distribution de pornographie juvénile, c'est sensible à la possibilité de poursuites au criminel, indique la professeure.

Une femme couchée sur un lit regarde un téléphone cellulaire.

Les conséquences juridiques du sextage seraient particulièrement méconnues par les jeunes (archives).

Photo : Getty Images / Delmaine Donson

Les résultats montrent aussi que les jeunes ont tendance à faire une distinction entre la prostitution et l'exploitation sexuelle, alors que la loi canadienne ne fait pas de distinction entre les deux et considère que toute forme de prostitution est une forme d'exploitation sexuelle, qu'elle soit exercée par les jeunes ou des personnes adultes, souligne Mme Côté.

Elle précise que les jeunes ont rarement de mauvaises intentions lorsqu'ils adoptent ces comportements. Or, la loi canadienne ne fait pas de différence entre un service de prostitution offert par un proxénète et une photo intime de soi envoyée volontairement.

Se sortir de la prostitution, sans accusation

Les lois entourant la prostitution sont également méconnues, selon la professeure.

Un jeune sur 10 connaît quelqu'un qui a déjà fait de la prostitution et un jeune sur 10 a déjà eu recours ou acheté des services sexuels.

Karine Côté, psychologue, chercheuse et professeure à l'UQAC

Mme Côté explique que le fait de connaître quelqu'un qui vend des services sexuels est l'un des facteurs qui peut pousser une personne vers la prostitution.

Depuis décembre 2014, il est illégal d'acheter des services sexuels, mais la vente de ses propres services sexuels est décriminalisée, rappelle-t-elle.

C'est pour cette raison qu'on encourage les personnes dans le milieu de la prostitution, si elles ont besoin d'aide, de ne pas avoir peur de contacter les différentes ressources d'aide, parce qu'elles ne peuvent plus être accusées du fait d'avoir été prostituées, explique Mme Côté.

Elle insiste donc sur l'importance d'informer les jeunes et la population en général sur ces lois, mais aussi sur les autres façons de séduire la personne qui nous plaît.

Sachant que jusqu'à présent, les campagnes de sensibilisation ne semblent pas avoir porté fruit autant qu'on pensait, c'est important de continuer à parler des conséquences potentielles du sexting, avance la professeure.

Depuis vendredi, des graphiques éducatifs sont d'ailleurs partagés sur la page Facebook de la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent afin d'informer le public sur la prostitution et l'exploitation sexuelle.

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