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Éthiopie : les dirigeants tigréens « prêts à mourir » après l'ultimatum d'Abiy Ahmed

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed avait donné dimanche 72 heures aux dirigeants de la région dissidente du Tigré pour déposer les armes.

Deux membres armés des forces spéciales d'Amhara.

La région du Tigré est très largement contrôlée par les forces fédérales, a déclaré lundi un porte-parole du gouvernement éthiopien qui conduit une offensive dans la zone depuis près de trois semaines.

Photo : Getty Images / EDUARDO SOTERAS

Agence France-Presse

Le président de la région dissidente du Tigré a déclaré lundi que son peuple était « prêt à mourir », au lendemain de l'ultimatum lancé par le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed accordant 72 heures aux dirigeants tigréens pour se rendre.

Près de trois semaines après le début de cette opération militaire visant à restaurer son autorité, Addis Abeba projette d'encercler Mekele, capitale du Tigré et siège du gouvernement local du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Il y a dix jours, M. Abiy avait lancé un premier ultimatum aux soldats tigréens, les appelant à faire défection au profit de l'armée fédérale. Quelques jours plus tard, il avait annoncé que l'intervention entrait dans sa phase finale.

Combien de fois [Abiy Ahmed] a-t-il dit trois jours? Il ne comprend pas qui nous sommes. Nous sommes un peuple de principes et prêt à mourir pour défendre notre droit à administrer notre région.

Debretsion Gebremichael, le président du Tigré et chef du TPLF

Il s'agit de camoufler la défaite qu'ils ont subie aujourd'hui sur trois fronts. Afin d'avoir du temps pour se regrouper, a-t-il ajouté. M. Debretsion n'a toutefois pas précisé de quels fronts il parlait.

Le Tigré, quasiment coupé du monde

La vérification sur le terrain et de source indépendante des affirmations de l'un et de l'autre camp est très difficile, le Tigré étant quasiment coupé du monde depuis le début de l'opération, le 4 novembre.

Aucun bilan précis des combats, qui ont fait au moins des centaines de morts, n'est non plus disponible. Plus de 36 000 habitants de la région ont déjà fui au Soudan voisin.

Des réfugiés, femmes, enfants et personnes âgées, se trouvent derrière des grillages, tandis qu'on leur distribue de la nourriture.

Le déclenchement du conflit dans la région du Tigré en Éthiopie a laissé quelque 2,3 millions d'enfants dans un besoin urgent d'assistance et des milliers d'autres en danger dans les camps de réfugiés, selon l'ONU.

Photo : afp via getty images / ASHRAF SHAZLY

Dimanche, dans un communiqué adressé aux dirigeants du TPLF, M. Abiy, premier ministre depuis 2018 et lauréat du prix Nobel de la paix l'année suivante, a donné à ces derniers 72 heures pour se rendre.

La route vers votre destruction touche à sa fin, et nous vous demandons de vous rendre dans les 72 prochaines heures, a-t-il notamment écrit.

Le gouvernement affirme contrôler la localité d'Edaga Hamus, à 100 km au nord de Mekele, tandis que l'armée disait la semaine dernière contrôler Mehoni, à 125 km au sud. Ces deux villes se trouvent sur la principale route menant à la capitale régionale.

Samedi, l'armée a prévenu de l'imminence d'une virulente attaque contre Mekele, qu'elle entend encercler avec des chars. L'un de ses porte-parole a invité son demi-million d'habitants à se sauver, annonçant qu'il n'y aurait aucune pitié.

Traiter toute une ville comme une cible militaire ne serait pas seulement illégal, cela pourrait également être considéré comme une forme de châtiment collectif, a notamment réagi dimanche sur Twitter Laetitia Bader, directrice de Human Rights Watch (HRW) pour la Corne de l'Afrique.

Tirs de roquettes

Le premier ministre a accusé dimanche le TPLF d'avoir détruit de nombreuses infrastructures au Tigré, dont l'aéroport d'Aksoum, qui est contrôlé par l'armée, selon Addis Abeba, ainsi que des écoles, des centres médicaux, des ponts et des routes qui étaient des biens du pays.

Deux habitants ont déclaré lundi à l'AFP que des tirs avaient touché à l'aube la ville de Bahir Dar, capitale de l'Amhara, région voisine du Tigré.

Trois roquettes sont tombées sur la ville près de la zone de l'aéroport. Nous ne savons pas s'il y a des victimes ou des dégâts, a déclaré l'un de ces habitants.

Deux jeunes garçons jouent dans des décombres d'immeubles.

Des enfants jouent devant un hôtel endommagé par des tirs de mortier, à Humera, en Éthiopie, le 22 novembre 2020.

Photo : Getty Images / EDUARDO SOTERAS

L'aéroport de Bahir Dar a déjà été touché deux fois par des roquettes. Le TPLF avait revendiqué le premier tir, le 13 novembre, affirmant que cette infrastructure était utilisée par l'armée fédérale.

Il avait également revendiqué un tir de roquettes contre les aéroports de Gondar en Amhara, et d'Asmara, la capitale érythréenne. Contacté, le TPLF n'a pas réagi.

L'opération militaire d'Addis Abeba a dépassé les frontières du pays lorsque, au nord, les tirs de roquettes du TPLFont visé la capitale de l'Érythrée, Asmara.

Le TPLFF accuse les autorités érythréennes de laisser les forces d'Addis Abeba utiliser leur territoire, et l'armée érythréenne de prêter main-forte à celles-ci dans des combats au Tigré.

Des mois de tensions au Tigré

Un char militaire endommagé est abandonné sur une route.

Des centaines de personnes sont mortes au cours de ces trois semaines de conflits.

Photo : afp via getty images / EDUARDO SOTERAS

Les tensions entre Addis Abeba et le TPLF, qui a contrôlé d'une main de fer durant près de trois décennies l'appareil politique et sécuritaire éthiopien, ont culminé avec l'organisation au Tigré d'un scrutin qualifié d'illégitime par le gouvernement fédéral.

En envoyant l'armée au Tigré, M. Abiy affirme avoir répondu aux attaques de deux bases militaires de la région par les forces du TPLF, ce que nient les autorités tigréennes.

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