•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Contacter le 911 via texto dans le Grand Sudbury

Une répartitrice du service 911 au travail devant un ordinateur équipé de quatre écrans.

Le 911 de prochaine génération doit permettre aux services des urgences de recevoir plus de renseignements et de se rendre plus rapidement sur les lieux exacts (archives).

Photo : Gracieuseté/Dave Wilson

Ezra Belotte-Cousineau

La municipalité du Grand Sudbury s'apprête à modifier son système de réponse du service d'appel 911, en rendant possible l'utilisation de messages texte en cas d'urgence.

Le conseil d'administration du Service de police du Grand Sudbury a eu une présentation de la nouvelle technologie, le NG911, cette semaine.

Elle sera implantée au cours des prochaines années, au fur et à mesure que les systèmes d'opération du service 911 sont mis à jour au travers du pays.

Plusieurs étapes restent encore à franchir selon Paul Notman, le gestionnaire des services de l'information du Service de police du Grand Sudbury.

Notamment, il faudra modifier les systèmes téléphoniques complets des centres de contrôles d'urgence et former le personnel.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a fixé une date butoir en mars 2024 pour la mise hors service du système actuel.

Des messages en temps réel

Selon M. Notman, les opérateurs du 911 pourront voir les lettres apparaître au fur et à mesure qu'elles sont tapées [sur le téléphone].

[Un individu en détresse] n'aura pas à taper tout le message et appuyer sur envoyer. Le texto en temps réel est crucial pour les personnes qui ne sont pas en mesure de parler lors d'un incident.

Paul Notman, gestionnaire des services de l'information du service de police du Grand Sudbury

De plus, M. Notman explique que bientôt, avec certaines améliorations technologiques, le multimédia sera aussi disponible et nous serons en mesure d'obtenir des vidéos ou des images de la scène

Avantages et inconvénients

Alain Normand, expert en matière de mesures d'urgence et enseignant en communications en situations d'urgence à l'Université York, pose un regard nuancé sur l'arrivée de cette nouvelle technologie à Sudbury.

Portrait d'Alain Normand.

Alain Normand, expert en mesures d'urgence.

Photo : Avec l'autorisation d'Alain Normand

Il reconnaît que cette technologie pourrait avoir des avantages, notamment en ce qui concerne les cas de violence conjugale.

Une personne a juste besoin de débuter un message et un policier arrivera rapidement.

Alain Normand, expert en matière de mesures d'urgence.

Toutefois, en fonction de la nature de la situation ou de l'incident, bien que des messages précomposés soient disponibles, M. Normand souligne qu'il peut être plus inconvénient de devoir rechercher un message texte adéquat dans une banque que d'avoir une conversation téléphonique organique.

Il y a des contraintes. Ce n'est pas aussi facile de répondre à un texte que ce ne l'est qu'avec la voix.

Alain Normand, expert en matière de mesures d'urgence

Amélioration de la précision de la position

Grâce à la nouvelle technologie, les services d'urgence seront aussi en mesure d'obtenir une position précise de l'appelant en détresse, sans qu'il ait besoin de la dire à haute voix.

Toutefois, M. Normand rappelle que les services 911 ont déjà accès aux données GPS d'une personne qui place l'appel avec son téléphone intelligent.

Certains vont vous dire que c'est Big Brother, on ne peut aller nulle part sans être surveillé... c'est l'envers de la médaille. Mais effectivement, ça permet de repérer quelqu'un qui est dans le trouble même s'il ne peut envoyer un message complet.

Alain Normand, expert en matière de mesures d'urgence

Il souligne toutefois que beaucoup de régions éloignées demeurent mal desservies par les réseaux téléphoniques notamment chez les Premières Nations.

Dans le Grand Nord, même dans le nord rapproché, il y a beaucoup de points morts, des endroits où il n'y a pas d'antennes. La technologie n'est pas rendue là.

Alain Normand, expert en matière de mesures d'urgence.

Le dossier de l'accessibilité du 911 dans les régions éloignées est toujours un enjeu qui préoccupe les intervenants du milieu pour leurs territoires.

Projet de loi 75

En mai 2019, France Gélinas, députée provinciale néo-démocrate de Nickel Belt, a déposé le projet de loi 75, visant à étendre l'accessibilité du 911 à toute la province.

J'ai présenté le projet de loi 75 suite à la mort de trois personnes dans mon comté. 

France Gélinas, députée de Nickel Belt, NPD Ontario, porte-parole en santé
France Gélinas en conférence de presse à Queen's Park, aux côtés de 3 autres personnes.

La députée du NPD, France Gélinas, a présenté en 2017 un projet de loi qui vise à réformer les services d'urgence du 911 (archives).

Photo : Radio-Canada

Aujourd'hui, la porte-parole pour la santé pour le NPD souligne que les gens ne savent même pas qu'il y a des grandes parties de l'Ontario où le 911 n'existe pas!

Pour 90% de la superficie que je représente, le 911 n'existe pas! Il faut mémoriser des numéros 1-800 pour faire des appels d'urgence. [...] Le problème, c'est qu'à partir de la 2e année, on enseigne à tous les enfants à composer le 911 s'il y a une urgence et ils vont venir t'aider.

France Gélinas, députée de Nickel Belt, NPD Ontario, porte-parole en santé

Mme Gélinas explique que dans son comté, chaque année, des gens viennent faire du camping, de la motoneige, et malheureusement, quand ils ont des avaries, ils appellent le 911 et ça répond : ce numéro n'est pas disponible.

Elle estime que ces lacunes du service d'urgence ont eu des conséquences dévastatrices presque à chaque année.

Le cas de Kathryn Missen

La technologie du service 911 par messages texte aurait peut-être pu aider dans le cas du décès de Kathryn Missen, pense France Gélinas. 

Nous avons le savoir-faire et la technologie en Ontario. Il faut que ça avance. Il faut que ça change.

France Gélinas, députée de Nickel Belt, NPD Ontario, porte-parole en santé

Alors qu'elle était en état de détresse médicale, l'appel de Kathryn Missen au 911 a été dirigé à North Bay, où l’opératrice du 911 pouvait l’entendre, mais n’était pas en mesure de comprendre ce dont elle avait besoin.

Kathryn Missen regarde droit devant elle.

Kathryn Missen a appelé le 911 lors d'une crise d'asthme sévère en 2014, mais il a fallu deux jours avant que son corps ne soit retrouvé à son domicile à Casselman (archives).

Photo : Famille Missen

Mme Missen n'a jamais été en mesure de verbaliser sa position à l'opérateur du 911 en raison de sa crise d'asthme qui lui coupait le souffle.

Son appel a alors été transféré au centre d’appels de Smiths Falls, à environ 100 km de la résidence de la dame de 54 ans, qui habitait seule à l’époque, mais en vain.

Le corps sans vie de Mme Missen a été retrouvé deux jours plus tard en raison d'une crise d'asthme qui, faute de secours, lui a coûté la vie.

Des recommandations en 2017

Une enquête avait été lancée suite au décès de Mme Missen. Déjà en 2017, le jury du coroner avait formulé 27 recommandations concernant le délai de réponse du service d'urgence 911 en Ontario.

France Gélinas porte un veston mauve.

France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt a porté le projet de loi 75 (archives).

Photo : Radio-Canada

Toutefois, le dossier n'avance pas au goût de la députée de Nickel Belt dans les régions éloignées qui sont desservies par le service d'urgences de la Police provinciale de l'Ontario.

Selon elle [le projet de loi 75] obligerait tous les services de la province à faire des changements à leur système d'urgence 911.

Plusieurs municipalités vont faire [les changements au service 911] car c'est la bonne chose à faire, mais le gouvernement provincial a quand même un rôle à jouer pour l'étendre partout où l'on se retrouve [...] dans les territoires non organisés, ce qui représente la majorité du territoire du Nord de l'Ontario.

France Gélinas, députée de Nickel Belt, NPD Ontario, porte-parole en santé

Mettre quelques sous sur la table pour encourager les municipalités à faire [ces changements] serait, selon Mme Gélinas, faire preuve d’une volonté politique qui fait défaut selon elle, afin d’améliorer la situation de l'accès au 911 à grande échelle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !