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Les invisibles du secteur de l’événementiel, grands oubliés de la crise sanitaire

La reprise de la pandémie freine celle de l'événementiel et des réceptions lucratives.

Des professionnels discutant debout.

La reprise de la pandémie freine celle de l'événementiel et des salons.

Photo : Getty Images / SolStock

Radio-Canada

S’il y a un secteur chamboulé par la crise sanitaire, c’est bien celui de l’événementiel. Les conférences sont annulées, les réceptions et autres grands raouts, bannis. Les projets deviennent rares, mais certains professionnels s’échinent à trouver des solutions pour se maintenir à flot.

Au début, on ne pensait pas que ça durerait, se souvient Alexis Arslanian, directeur général chez Robert Alexis Traiteur. Son entreprise survit grâce à une activité annexe : la préparation de plats surgelés à destination des entreprises, à défaut d’offrir un service de traiteur pour les mariages et les événements d'affaires.

On se disait qu’on allait faire ça en attendant, en espérant revenir à ce qu’on faisait avant, dit-il.

Huit mois après le début de la pandémie, Alexis Arslanian continue de proposer des plats surgelés et fait l’amer constat d’avoir perdu environ 95 % de son chiffre d'affaires. Sans beaucoup de perspective, puisque les événements sur lesquels il travaillait sont annulés.

En mars, son entreprise est passée de 27 employés à temps plein... à 3.

Le marché est saturé, c’est difficile de se démarquer, reconnaît-il. Il faudrait qu’on vende des dizaines de milliers de plats de prêt-à-manger pour combler des événements de 1000-1500 personnes.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Face à la flambée des annulations, sa stratégie commerciale reste humble : travailler pour perdre le moins d’argent possible et tenter ainsi de couper l’hémorragie.

Comme plusieurs de ses confrères interrogés par Radio-Canada, M. Arslanian déplore que le secteur de l’événementiel, souvent associé aux activités d'affaires, fasse partie des grands oubliés de la crise.

On voit beaucoup de compétiteurs fermer leurs portes, on ne veut pas que ça nous arrive, on va se battre jusqu’à la fin.

Alexis Arslanian, directeur de Robert Alexis Traiteur.

Steve Côté, lui, a choisi de se consacrer entièrement à la planification d’événements en ligne. Se réinventer? Pas son choix de vocabulaire, affirme-t-il. J’ai parlé avec mes clients, regardé leurs objectifs pour trouver les meilleures solutions et répondre à leurs besoins, analyse le planificateur. Contre mauvaise fortune, il a donc choisi l’approche pragmatique.

Steve Côté à son ordinateur.

Steve Côté, planificateur d'événements et travailleur autonome

Photo : Radio-Canada

En virtuel, l’expérience est aussi importante; on veut que les gens aient du fun, on met l’accent sur l’utilisation de la plateforme, mais aussi le contenu, pour que ce soit fort, solide et intéressant. Un défi de taille au moment où les entreprises acculent leurs employés aux écrans, chez eux.

J’ai plus l’impression d’organiser des émissions de TV que d’organiser un party.

Dans la transposition au digital, l'important est de réussir à capter l'attention de public ainsi que son engagement. Le contenu, c'est le nerf de la guerre, résume Ianik Lajeunesse, consultant en événementiel. Il ne faut pas qu'on passe d'un événement humain et chaleureux à un autre, froid, met-il en garde.

Moins cher, l’événement virtuel? Pas forcément, prévient-il, mais l'investissement est mieux placé dans la mesure où il finance une création de contenus réutilisable ultérieurement.

Détresse psychologique

En attendant une aide salvatrice, surtout pour les travailleurs autonomes comme lui, Steve Côté dit s’inquiéter surtout de la santé psychologique de ses collègues.

Il mentionne plus précisément les derniers maillons de l’événementiel, moins bien lotis que lui, dit-il, ceux à qui l'on pense quand il reste du budget, fournisseurs et loueurs de décors.

Quand on discute avec des gens du milieu, c’est difficile de poser la question : Comment ça va? On a peur de la réponse de l’autre côté, puisqu’on a notre propre situation personnelle à gérer.

Steve Côté, planificateur stratégique.

Restera la peur des gens de se retrouver en groupe, anticipe M. Côté. Ça aussi, il va falloir prouver qu’on met les mesures en place pour que ce soit sécuritaire pour tout le monde.

Un employé au travail.

DX mobilier événementiel promet à ses clients le respect d'un protocole strict respectant les règles sanitaires liées à la lutte contre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Pierre-Étienne Chamard, lui, en a habilement fait un argument commercial. Le président de DX mobilier événementiel, spécialisé dans la location de décors, vante auprès de ses clients le respect d’un protocole sanitaire strict avec force détails concernant le nettoyage et la désinfection du matériel loué avec un pulvérisateur électrostatique.

Son entreprise vivote après avoir supprimé un bureau sur trois, 50 emplois sur 65. Elle doit composer avec une dette mensuelle d’environ 75 000 $, confie M. Chamard. L’entrepreneur espère une aide gouvernementale qui financerait ses frais fixes : les dépenses relatives au loyer, au chauffage et aux assurances, entre autres, qui ne cessent d'aggraver son endettement.

La tempête de la crise sanitaire due à la COVID-19 finira bien par retomber, avance le patron, optimiste. Mais en attendant, le cadre corporatif de certains événements permettrait bien de mettre en place un dispositif sanitaire sécuritaire pour les participants, assure-t-il. Ça rouvrirait nos revenus.

Avec les informations de Marie-Josée Paquette-Comeau

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