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Conflit au Tigré : l'Éthiopie rejette les appels à une désescalade

Des hommes armés en Éthiopie.

Des membres de la milice Amhara, qui combat aux côtés des forces fédérales.

Photo : Getty Images / EDUARDO SOTERAS

Agence France-Presse

Le gouvernement éthiopien a fait état samedi d'avancées militaires dans la région dissidente du Tigré, restant sourd à la pression internationale pour une désescalade de ce conflit qui a causé la fuite de dizaines de milliers de personnes et fait craindre un désastre humanitaire.

Nos forces sont en train d'avancer vers Mekele, la capitale de la région dissidente, a déclaré samedi un média gouvernemental, Ethiopia State of Emergency Fact Check. Mekele est le fief du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui dirige la région.

Prix Nobel de la paix en 2019, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclenché le 4 novembre cette opération contre le TPLF, l'accusant de chercher à déstabiliser le gouvernement fédéral et d'avoir attaqué deux bases militaires éthiopiennes dans la région, ce que nient les autorités tigréennes.

Selon l'agence gouvernementale, l'armée a par ailleurs pris le contrôle de plusieurs villes au Tigré, dont Aksoum et Adigrat, à quelque 117 km au nord de Mekele.

Répondre aux besoins humanitaires

Le TPLF a fait état d'un intense bombardement sur Adigrat dans un communiqué, sans indiquer quel camp avait désormais le contrôle de la ville.

Aucune des affirmations de l'un ou de l'autre camp n'est vérifiable de source indépendante, le Tigré étant quasiment coupé du monde.

Abiy Ahmed.

Abiy Ahmed, premier ministre de l'Éthiopie

Photo : Reuters / Tiksa Negeri

Dans un communiqué samedi, le premier ministre éthiopien a salué l'avancée de l'armée. Nos forces ont désormais pleinement libéré la ville d'Adigrat de la milice du TPLF.

Ensemble, avec le reste de l'Éthiopie, nous allons faire en sorte de répondre à tous les besoins humanitaires, a-t-il ajouté.

La sécurité de tous et le bien-être de la population du Tigré sont d'une importance primordiale pour le gouvernement fédéral, et nous allons faire le nécessaire pour faire prévaloir la stabilité dans la région.

Abiy Ahmed, premier ministre de l’Éthiopie

Tentative de médiation

Le premier ministre n'a jusqu’à présent pas répondu aux appels internationaux à la désescalade.

L'Union africaine (UA) a désigné trois anciens présidents comme envoyés spéciaux en Éthiopie pour tenter une médiation, a annoncé vendredi soir le chef de l'État sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui assure actuellement la présidence tournante de l'UA.

Il s'agit de Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, d'Ellen Johnson-Sirleaf, ancienne présidente du Liberia, et de Kgalema Motlanthe, ex-président d'Afrique du Sud.

L'UA n'a toutefois pas précisé à quelle date les trois émissaires seront en mesure de se rendre sur place.

L'agence Ethiopia State of Emergency Fact Check a indiqué que le premier ministre rencontrerait ces émissaires. Elle a néanmoins contredit M. Ramaphosa en déclarant que les informations selon lesquelles les envoyés spéciaux se rendront en Éthiopie pour une médiation entre le gouvernement fédéral et les forces criminelles du TPLF sont fausses.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déploré que jusqu'à présent, il n'y ait aucun accord des autorités éthiopiennes pour une médiation externe.

« Des centaines de morts » en trois semaines

L'opération militaire d'Addis-Abeba a dépassé les frontières du Tigré, avec des tirs de roquettes du TPLF qui ont visé au nord la capitale de l'Érythrée, Asmara, et au sud-ouest la région d'Amhara.

Après avoir dominé durant 15 ans la lutte armée en Éthiopie contre le régime militaro-marxiste du Derg, renversé en 1991, le TPLF a dirigé d'une main de fer durant près de trois décennies l'appareil politique et sécuritaire du pays, avant d'être progressivement écarté par M. Abiy depuis qu'il est devenu premier ministre en 2018.

Aucun bilan précis des combats, qui ont fait des centaines de morts depuis le 4 novembre, n'est disponible de source indépendante.

Plus de 36 000 Éthiopiens ont déjà gagné le Soudan, selon la Commission des réfugiés du Soudan.

Antonio Guterres a demandé l'ouverture de corridors humanitaires pour venir en aide à la population prise au piège des combats.

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